HISTOIRE DE BESSAN

d’Etienne Clapiés (1923)


 

CHAPlTRE PREMlER

PÉRIODES CELTIQUE, ROMAINE, WISIGOTHE ET CARLOVINGIENNE

(Des origines jusqu'en 843, année de la signature du traité de Verdun)

Etymologie du mot " Bessan " ; sa signification celtique. - La source de la " Fontaine ". – Les premiers peuples du Midi. - Lce Grecs à Agde et à Saint-Thibery. - Passage d'Annibal. - La conquête romaine ; ses vestiges : " La Mounédieiro " et la " grange des fées ". -Les invasions : Ies Vandales, 1es Wisigoths. - La Septimanie : occupation franque

 

Après avoir visité Pézenas, cité gallo-romaine et l'un des premiers séjours du grand Molière, le voyageur, Amoureux des choses du passé, pense tout naturellement à porter ses pas vers Agde, la vieille colonie phocéenne.

Une route longue de 18 kilomètres s'offrira à lui, mais cette route ne le distraira pas de ses rêveries, car chaque localité rencontrée sur son passage lui rappellera une nouvelle page d'histoire.

Ici, c'est Nézignan-L'Evêque, souvenir des évêques - comtes d'Agde, seigneurs en toute justice du lieu ; plus bas c'est Saint-Thibery, l'antique Cessero. qui fut j adis, dit-on, capitale d'un royaume ; et voilà qu'après avoir laissé à sa droite le volcan éteint des Monts-Ramus, lui apparaîtra, répandu dans la plaine de l'Hérault, un gros village, tout entouré de vignes,1'air presque neuf, montrant cependant avec une certaine fierté un vieux clocher, son meilleur titre de noblesse.

Ce gros village, c'est Bessan !

On peut définir en quelques mots sa situation actuelle ; il a 3.100 habitants et vit de la vigne.

Mais quel est son passé ? qui l’a fondé ? comment s’est-il développé ?

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I1 est une méthode généralement employée par les historiens pour expliquer les origines d’une cité, c’est celle qui consiste à rechercher la signification de son nom.

Que veut dire le mot " Bessan " ?

Dans le Bulletin de la Société archéologique de Béziers (t. III, , 2ème série, année 1865), Carou, considérant que dans la langue celtique le mot " Bes " " Bouleau ", se demande s'il ne conviendrait pas de reconnaître là, l’étymologie de Bessan.

" les mots celtes, dit-il, se retrouvent sûrement dans les désignations d’un grand nombre de localités de la France, et le radical " Bes " paraît avoir donné le nom à certaines de ces localités. Nous avons Bessac dans l’Angoumois, Bessas dans le Vivarais, Bessat dans le Forez, Bessay ou Bessé dans le Bourbonnais, le Poitou, l'Angoumois, le Périgord, l'Anjou, Besse dans l'Auvergne, la Provence, le Dauphiné, Besset dans le pays de Foix, Bessancourt dans l'Ile-de-France "

Bessan pourrait donc rentrer dans cette catégorie et signifier une forêt de bouleaux. un lieu largement planté de ces arbres.

Ainsi, notre village remonterait à l'époque celtique, à la plus haute antiquité par conséquent, puisque les Celtes (Celtæ, Galatæ, Galli), issus de la grande famille aryenne ou indo-européenne, sont considérés comme les premiers habitants de la Gaule.

Alors chose étonnante, Bessan serait plus ancien que Béziers. plus ancien qu'Agde.

En effet, peu à près l'arrivée des Celtes, le Midi de la France fut envahi d'une part par les Ligures Alpini, qui, après avoir franchi la chaîne des Alpes, se répandirent dans la Provence, traversèrent le Rhône et occupèrent le Bas-Languedoc, et, d’autre part, par- les Ibères, qui venus d'Espagne, fondèrent, si l'on en la tradition, Béziers et Ambon. l'Agde primitive.

Mais, l'histoire scientifique émet les doutes les plus sérieux sur l'origine ibérique de Béziers et d’Agde, à plus forte raison serions-nous taxés d'exagération si nous prétendions faire remonter l'origine de Bessan à l’époque celtique.

Au surplus, Bessan pouvait être une forêt de bouleaux, sans que son territoire fût déjà peuplé.

Il est cependant une chose qui, à notre avis, aurait pu retenir les premiers peuples , d’une façon assez constante sur l’emplacement de Bessan, c’est la source de " la Fontaine ". Cette source, aujourd’hui voûtée et surmontée d’une maçonnerie rectangulaire, dont la construction remonte à l’époque de la Restauration, a été de tous temps, l’objet des préoccupations des Bessanais qui, successivement, y ont apporté tous leurs soins pour conserver la limpidité de ses eaux.

Comme les peuples primitifs de la Gaule recherchaient de préférence, pour établir leurs habitations, les terrains situés près des rivières ou des sources, il ne serait pas surprenant que " la Fontaine " ait incité de bonne heure un groupe de Celtes, de Ligures ou d’Ibères à venir se fixer près d’elle.

Quoiqu’il en soit, ce qui est généralement admis par l’histoire, c’est que Bessan a une origine romaine.

Comme les nombreux villages du Bas-Languedoc, dont le nom possède la désinence " an " Marseillan, Vendémian, Nissan, Paulhan, Nézignan, etc, le mot " Bessan " désignerait une villa, une grosse ferme, qui portait le nom de son propriétaire. C’était le bien de Bessus qu’en latin on dénommait Bessianus fundus, de même que l’on disait Nezignanus fundus, Paulhanus, fundus (Voir l’ouvrage Lieux historiques de France par Longnon).

Et en effet, il est des preuves sérieuses dénotant le passage des Romains à Bessan.

Quant à ce Bessus, propriétaire de Bessan, qui était ce ? un officier romain, un général de Jules César ? ou plus simplement, un habitant déjà en possession de cette terre à l'arrivée des Romains. Peut-être même un Celte qui portait le nom du bouleau ?

Ce serait alors concilier ce qu'il y a de celtique et de romain dans le nom de Bessan.

Mais il faut abandonner le domaine des suppositions pour entrer définitivement dans celui des faits.

Qu'était Bessan à l'époque de la conquête romaine, c'est-à-dire environ un siècle avant l'ère chrétienne ?

Et tout d'abord nous avions à six kilomètres du village la ville phocéenne d'Agde.

Les Phocéens sont venus dans le midi de la France 6oo ans avant Jésus-Christ. Un navigateur phocéen, Protes ou Euxène, abordant à cette époque tout près de Marseille, y rencontra une tribu ligure, les Segobriges, dont le chef Nann lui donna sa fille Gyptis en mariage et un emplacement pour construire Marseille. Les compatriotes de Protes ou Euxène, avisés de cet excellent accueil donné à l’un des leurs, s’empressèrent de venir en grand nombre le rejoindre. Montés suer des galères à 50 rames portant à leur proue une tête de phoque sculptée, ils quittèrent les rivages d’Asie, leur patrie, emportant avec eux des vivres, des semences, des plants de vigne et d’olivier, des armes, du feu sacré destiné à leurs autels et une statue de Diane remise par la pythonisse d’Ephèse (Voir l’ouvrage Histoire de la Marine française par De la Roncière).

Peut-être faut-il voir là, l’origine de la plantation de la vigne dans le Midi, quoique certains prétendent que la vigne existait déjà dans nos contrée à cette époque.

Dans tous les cas, l’exode des phocéens s’accrut encore, surtout lorsque Cyrus fit la conquête de la Phocée, et bientôt les nouveaux venus peuplèrent les côtes du Languedoc et de Provence, fondant de nombreuses villes, Nicaea (Nice), Antipolis (Antibes), Carcabaria (Saint-Gilles), Agathé (Agde), Emporiae (Ampurias), etc.

Donc à quelques kilomètres au sud de Bessan, existait aux Vème et IVème siècle avant Jésus-Christ, une colonie phocéenne, grecque par conséquent, puisque les Phocéens étaient des Grecs, et qui vivait en étroites relations avec Marseille, son aïeule.

L’histoire nous apprend d’autre part, qu’à 4 kilomètres au nord de Bessan, il y avait une autre colonie grecque, le royaume de Cessero (aujourd'hui Saint-Thibery). La tradition nous a même conservé les noms de ses deux derniers rois, Momorus et Atépomarus, qui régnaient simultanément 35o ans avant Jésus-Christ.

Nous n'avons aucun renseignement précis sur l'étendue de ce royaume ; peut-être n'était-il pas plus grand que les cantons de nos jours !…

De quelle colonie ou de quel royaume dépendait alors Bessan, en supposant même que Bessan existât déjà ?

Certains auteurs avancent que notre localité était à cette époque un repaire de brigands qui attaquaient les marchands et les voyageurs se rendant d'Agathé à Cessero ...

C'est une pure invention que rien ne permet d accréditer...

Nous devons ;ajouter que, concurremment avec les Grecs d'Agathé et de Cessero, vivaient dans notre région les Volces Tectosages. peuple essentiellement agricole et ayant même origine que les Celtes. Ils habitaient le Haut et le Bas Languedoc jusqu’aux rivages de l'Hérault. tandis qu'une autre branche de la même famille, les Volces Arécomiques, se répandait au delà de cette rivière jusque au Rhône.

Les Bessanais. si adonnés à l'agriculture, ne descendraient-ils pas des Volces Tectosages ?

Mais reprenons la suite des événements.

Nous venons de parler du royaume grec de Cessero gouverné 35o ans avant Jésus-Christ par les rois Momorus et Atépomorus. Ce royaume s'était mis du côté des Rhodiens en guerre avec les Grecs de Marseille. Mal lui en prit, car Marseille fut victorieuse, s'annexa Cessero, tandis que Momorus et Antépomorus prenaient la fuite.

Une tradition veut que ces deux rois, à la suite de leur défaite aient remonté le Rhône et soient allés fonder la ville de Lyon.

Voilà donc Marseille complètement maîtresse de la région. Elle paraît à l'apogée de sa puissance lorsque sa jalousie envers Carthage la jette dans les bras des Romains.

Fntre temps, un grand conquérant s'avance de l'Espagne. c'est Annibal qui, héritier de la haine d'Amilcar. son père, contre Rome. marche, en l'an 125 Av .J.-C., à la tête d'une immense armée. II emprunte le chemin, devenu plus tard, après la conquête romaine, la via Domitiana, passe par conséquent, entre Bessan et Saint-Thibéry, traverse l'Hérault sur un pont de pierre, à l’endroit même où les Romains devaient bâtir un pont dont nous pouvons encore voir cinq arches, et après avoir franchi les territoires de Florensac, Pinet et Castelnau se porte vers le Rhône, évitant l’hostilité de Marseille.

Rome fut finalement victorieuse d'Annibal et des Carthaginois. Dans son triomphe, elle oublia vite l'aide que lui avait jadis donnée Marseille.

Invoquant les services rendus, Marseille avait fait appel à Rome dans sa lutte contre les Ligures transalpins.

Les Romains accoururent ... mais, une fois le danger écarté, ne s'en allèrent plus. Sous le couvert de leur alliance avec Marseille ils fondèrent Aix (124 ans av.J.-C.), occupèrent Narbonne (118 ans av. J.-C.) se répandirent dans le Biterrois, et finalement, Jules César, prit Marseille et annexa à l'empire romain notre territoire devenu une partie de la province de la Narbonnaise.

Bessan n'a pas eu l'heureuse fortune, comme Narbonne, comme Orange, comme Saint-Thibery même, de voir édifier sur son sol des monuments romains impérissables qui font aujourd'hui l'admiration de tout le monde.

Les vestiges de la conquête romaine se réduisent à peu de chose : un champ où gisent des débris de poterie romaine, et, si l'on en croit la tradition, le tombeau (tumulus) d'un officier romain.

Le champ de poteries romaines est situé derrière le cimetière actuel au ténement dénommé " Mounedieiro " ;

ce dernier nom, qui signifie "dép6tde monnaie " viendrait de ce qu'une quantité de pièces romaines ont été trouvées sur l'emplacement (Etude de M. Aibram parue dans l’Hérault Historique).

Quant au tumulus, il s'élève à une cinquantaine de mètres avant d'arriver au croisement des routes de Bessan à Agde et de Vias à Florensac, sur un exhaussement de terrain. C'est une construction rectangulaire de six mètres environ de longueur, de trois mètres de largeur et de hauteur, surmontée d'une voûte cintrée à briques rouges, pareilles à celles de l'époque gallo-romaine, et complètement enfouie dans la terre à l'exception de l'entrée, protégée par une porte de bois ordinaire et très usée.

Ce monument aurait été bâti par les armées romaines en l'honneur de l’un de leurs chefs qui y aurait été enseveli avec son cheval.

De nos jours, on le désigne sous le nom de "Grange des Fées ", à cause, sans doute, de quelque famille nomade qui l'aurait habitée pendant un assez long temps (En 1970, M. Casthilet, fils, membre d’une commission nommée par le préfet de l’Hérault pour faire des recherches utiles à l’histoire du Languedoc, émit l’avis que la " Grande des Fées " était bien un tombeau romain. Sur sa demande, la Municipalité invita les habitants à remettre à la mairie les urnes cinéraires, jarres, bouteilles et tous autres objets intéressants que l’on pourrait trouver dans les environs de cet emplacement.)

La conquête romaine se prolonge durant de nombreuses années sans qu'aucun événement remarquable ne vienne illustrer la région.

Les empereurs romains se succèdent : d'abord les empereurs de la famille d'Auguste (de14 à 68 ap. J.C.), ensuite les Antonins (96-192), puis, après un siècle d'anarchie militaire, Dioclétien (284 à 305), Constantin (306-337), Théodose (379-395) et nous assistons alors à l'invasion de la Gaule par les Barbares.

Les Vandales arrivent les premiers : ils remontent l'Espagne, envahissent le midi de la France, assiègent Agde sans succès, mais font périr sous leurs coups, saint Venuste, premier évêque de cette ville, et, saint Thibery avec ses compagnon Modeste et Florence.

Quatre siècles plus tard, en l'an 780, un jeune seigneur nommé Attilio, ami de saint Benoît d'Aniane, devait, près du tombeau du martyr Thibery, fonder un monastère qui jusqu'à la Révolution. jeta un si vif éclat dans notre Bas-Languedoc.

Après les Vandales, voici les Wisigoths, sous la conduite de leur roi Alaric. Ils sortent de l'Orient, traversent la Grèce, pillent Rome et s'installent dans le midi de la France. Leur domination ne dut pas être des plus sévères, puisque. en l'an 506, un de leurs rois, Alaric II, bien que de religion arienne, laisse de nombreux évêques catholiques se réunir en concile à Agde.

Mais les peuples envahisseurs s'entrechoquent : Clovis, roi des Francs, attaque Alaric lI à Vouillé, près de Poitiers, le tue et s'empare de son royaume. Cette conquête ne reste pas cependant entière, car bientôt après, un fils d'Alaric II, Amalaric, réussit à arracher à Thierry, fils de Clovis, grâce à l'aide de Théodoric, roi des Ostrogoths d'Italie, une partie de la Narbonnaise, la Septimanie, la province aux sept grandes villes : Narbonne, Agde, Lodève, Béziers, Maguelonne, Carcassonne et Elne.

Les Wisigoths occupèrent cette province jusqu'en 752, date à laquelle elle fut conquise par Pépin le Bref.

Cette occupation ne fut pas des plus tranquilles. Une fois, c'est Wamba, roi d'Espagne, qui vient faire le siège d'Agde (673), une autre fois, ce sont les Musulmans qui envahissent la France et vont se faire battre à Poitiers par Charles Martel (732).

Le célèbre Carlovingien les talonne dans leur retraite et, pour éviter leur retour, brûle les villes qui pouvaient leur servir de refuge, Nîmes, Agde, Béziers et Maguelonne.

Réunie à l'empire franc, la Septimanie fut efficacement protégée. quoi qu'elle connût encore, à certaines époques, le retour des Musulmans plus connus, alors, dans notre région, sous le nom de Sarrazins.

Agde conserva le rang que lui avaient donné les Wisigoths et elle devint le chef lieu d'un comté ; de même que Béziers sa voisine. Le premier comte d'Agde, dont l'histoire fasse mention, est Gamacharius qui régnait en 541.

Mais, un événement remarquable se produit en France, c'est le traité de Verdun, passé en 843, entre les fils de Louis le Débonnaire, qui partage l'empire de Charlemagne en trois royaumes : la France à Charles le Chauve, l'Italie à Lothaire, l'Allemagne à Louis le Germanique.

La France constitue désormais une nation bien définie: nous entrons dans une nouvelle période.

CHAPITRE II

PÉRIODE FÉODALE

(De 843 à 1229, année de la réunion du Languedoc à la couronne de France)

Vicomtés d’Agde et de Béziers. - L'église Sainte-Marie de Bessan. - Touroulle et Coussergues. -L'église Saint-Pierre : conflit relatif à cette église entre Ies moines, de la Chaise-Dieu et les moines de Saint-Thibéry. –Les Premiers seigneurs de Bessan : Ratier. - La croisade des Albigeois.- Accord de 1210 entre Thédise et Amaury de Montfort.

 

Devenu roi de France, Charles le Chauve (843-877) a fort affaire. d'abord pour imposer son autorité :à tous ses sujets, et, ensuite, pour défendre son royaume contre de nouveaux envahisseurs.

I1 a à lutter à la fois contre les Normands au Nord et à l’Ouest, contre les Hongrois à l'Est, contre les Sarrazins au Sud, et, les gouverneurs de ses provinces, jadis si dévoués à son grand-père Charlemagne, mettent peu d'empressement à lui venir en aide.

Persuadé que ces gouverneurs protégeront mieux le territoire qui leur est confié s'ils luttent pour leur propre compte, il se décide à les attacher d'une façon définitive à leurs charges en leur conférant l’hérédité et en ne réservant pour lui-même qu'une puissance nominale (capitulaire de Kiersy-sur-Oise).

La France devient alors un assemblage de duchés, comtés, vicomtés, baronnies, seigneuries, réunis entre eux par des liens de vassal à suzerain. sous l'autorité lointaine du roi.

Nous avons vu que sous les premiers Carlovingiens, Agde et Béziers étaient chefs-lieux de comté.

En 897, Agde ne possède plus de comte, mais un vicomte, Boson, qui deviendra également vicomte de Béziers à la suite de son mariage avec Adélaïde, fille de Reynald, premier vicomte connu de cette ville.

Une descendante de Boson, Ermengarde, soeur de Roger III, comte de Carcassonne décédé sans postérité en 1067. réunira les vicomtés d'Agde et de Béziers aux vicomtés d'Albi et de Nîmes par suite de son mariage avec Raymond Bernard, souche des Trencavels.

Ces quatre vicomtés se trouveront dans la suite réparties entre les petits-fils d'Ermengarde : Bernard Aton, vicomte d'Agde, Raymond Trencavel, vicomte de Béziers, et Roger.

Roger étant décédé sans postérité en 1150, ses deux frères se partageront la succession et, à cette occasion, passeront un accord en vertu duquel les territoires situés sur la rive gauche de l'Hérault, Vias, Bessan, Saint-Thibery, Nézignan, Conas, Pézenas, Preignes et Coussergues, qui, jusque-là dépendaient de la vicomte d'Agde, seront annexés à la vicomté de Béziers.

Enfin, en 1187, Bernard Aton, vicomte d'Agde et de Nîmes, remettra la vicomté d'Agde à Pierre, évêque d'Agde, dont les successeurs conserveront ainsi le titre de vicomte d'Agde jusqu'à la Révolution, tandis que Béziers appartiendra aux descendants de Raymond Trencavel ,jusqu'en 1247.

La donation de Bernard Aton, effectuée solennellement devant l'autel de l'église de Notre-Dame du Grau, fut confirmée par Raymond, comte de Toulouse, qui devint suzerain de l'évêque.

Il est vrai qu'avant de recevoir la vicomté d’Agde, les évêques étaient déjà propriétaires, dans le diocèse, de nombreux biens qu'ils avaient acquis des libéralités de Charles le Chauve ou des largesses des vicomtes (En 848, Charles le Chauve à la requête du comte Appolonius avait donné aux évêques d’Agde le tiers des droits de péage, de tonlieu et de pêche dans le conté).

Ce court exposé des variations subies du IX ème au XII ème siècle par les territoires des deux vicomtés expliquera comment, au début de la période féodale, les seigneurs de Bessan, pour l'acquisition ou la transmission de leurs biens et de leurs droits, seront en relations tantôt avec les évêques d'Agde, tantôt avec tes autorités politiques et religieuses de Béziers.

Nous pouvons entrer maintenant dans le détail des événements particuliers à Bessan, tels que nous le connaissons d'après les documents qui nous sont restés.

En 940, Rodoald, évêque de Béziers, et son chapitre font donation au monastère de Saint-Pons de Thomières de l'église Sainte-Eulalie de Thomières et de l'église Sainte-Marie de Bessan.

Le comte de Toulouse venait de fonder ce monastère, devenu, plus tard, en 1317, siège épiscopal, et selon l'usage, il avait fait appel pour le doter à la générosité des évêques et des seigneurs de la région.

Ainsi donc, il y avait à Bessan, en 940, une église placée sous le vocable de Sainte-Marie.

Nous verrons plus loin que, dès l'an 1070, existait à Bessan une église dédiée à saint Pierre.

S'agit-il là d'une seule et même église qui dans une période de cent-trente ans n'a fait que de changer de vocable?

La chose est fort possible puisque, après 940, il n'est jamais plus question de l'église Sainte-Marie et que, par ailleurs, Bessan était une communauté trop peu importante pour pouvoir posséder deux églises à la fois.

Quelques années après la cession de l’église Sainte-Marie, exactement le 17 avril 969, l’évêque et les chanoines de Béziers font un échange de biens avec Itier et Pons frères, seigneurs de la région ; ils donnent à ces derniers le lieu de Pradines et recoivent par contre la moitié de .l’église Saint-Estève, dans le Narbonnais, l'alleu. c'est-à-dire la terre libre, de Bessan, le lieu Samprunian avec le tiers de l'église Saint-André, le tout au diocèse de Béziers.

En 940, à la suite d'un concile tenu à Narbonne, le vicomte de Béziers cède - ou restitue - à l'abbé de Saint-Thibery des biens situés à Coussergues et trois maisons de Touroulle, ainsi que les églises Saint-Jean, Sainte-Marie, Saint-Pierre et Sainte-Suzanne de Florensac.

L'histoire de Bessan nous montrera le développement pris au cours de moyen-âge par Touroulle qui possédait un château, une église, une communauté d'habitants organisée, et dont il ne reste plus aujourd'hui que les fondations en ruine d'un château, s'élevant sur un mamelon à un kilomètre de Bessan, en bordure de la route de Florensac à Vias.

Franchissons un siècle de plus ; c'est Béranger Ier, évêque d'Agde, qui en 1070, donne l'église Saint-Pierre de Bessan, avec ses revenus, à l'abbé de Saint-Thibery ; c'est également un autre évâque d'Agde. Bernard, qui, le 25juillet 1111 inféodeà Déodat de Bessan les redevances et usages qu’il possédait dans cette localité sous obligation de l'hommage et du serment de fidélité.

II nous faut ouvrir maintenant une lar5e parenthèse pour raconter un conflit qui occupa fort le midi de la France au cours du XIIème siècle, celui relatif à l'église de Bessan.

Béranger Ier, évêue d'Agde, avait, nous venons de le voir, fait donation en 1070, de l'église Saint-Pierre de Bessan à Déodat, abbé de Saint-Thibery. Les moines de ce couvent s'étaient naturellement empressés de prendre possession de leur nouveau bien. lls en jouissaient en paix depuis une trentaine d'années lorsque l'évêque donataire - est-ce par oubli ?- donna la même église à l'abbaye de la Chaise-Dieu en Auvergne.

Comme jadis Rodoald, évêque de Béziers, sa générosité avait été sollicitée en vue de doter cette abbaye que venait de fonder saint Robert, non loin de Brioude, dans la Haute-Loire.

Les moines de la Chaise-Dieu, nantis de leur titre de donation, se présentèrent à l’évêché d'Agde pour demander leur mise en possession de l'église de Bessan.

Béranger Ier, venait de mourir : son successeur, Bernard, ne put, en présence du titre présenté, que recevoir la demande des moines de la Chaise-Dieu et les installer dans l'église Saint-Pierre.

Lesbénédictins de Saint·Thibery se retirèrent, mais en protestant. La Chaise-Dieu avait un titre de donation, c'est entendu, mais eux n'avaient-ils pas un titre antérieur qui par conséquent devait prédominer ?

ll fallut juger le différent. Un plaid, c'est-à-dire une cour de justice, se réunit à Cabrils pour examiner l'affaire.

En présence de Bertrand, archevêque de Narbonne, son métropolitain, de certaines personnalités ecclésiastiques, des moines de la Chaise-Dieu, et des bénéictins de Saint-Thibery, Bernard, évêque d'Agde, reconnut que c'était à tort qu'il avait introduit 1es moines de Chaise-Dieu dans l'église de Bessan, car, d'après le témoignage de personnages authentiques, il avait appris que son prédécesseur Béranger avait déjà donné cette église à l'abbaye de Saint-Thibery.

En conséquence, il ordonna la restitution de l'église à Saint-Thibery.

Les moines de la Chaise-Dieu n'acceptèrent pas la sentence rendue. ll fallut encore rejuger leprocès, et un second plaid tut tenu â Corbian, en 1126 : y assistèrent Arnaud, archevêque de Narbonne, Adalbert, évêque d'Agde, Jean, évêque de Nîmes.

L'affaire fut examinée à fond. Les moines de Saint-Thibery produisirent des témoins qui répétèrent les déclarations faites à Cabrils par Bernard, évêque d'Agde et, pour la seconde fois, ils gagnèrent le procès.

Mais ceux de la Chaise-Dieu, une fois de plus, ne voulurent pas se considérer eomme battus, et ils en appelèrent à une nouvelle assemblée d'évêques. Cette fois, ce tut un véritable concile qui se tint à Loupian, à cet effet, en 1129. Sous la présidence d'Arnaud, archevêque de Narbonne, se réunirent, Adalbert, évêque d'Agde, Raymond Archidiacre d'Agde, Jean, évêque de Nîmes, Pierre, évêque de Lodève, Raymond, évêque de Maguelonne, Auger, abbé de Lodève et de nombreux autres religieux.

Etienne, abbé de la Chaise-Dieu, et Arnaud, abbé de de Saint-Thibery se rendirent à l'assemblée et y firent défendre leurs droits par le ministère de leurs avocats.

Les parties s'étant bien défendues, les allégations des deux côtés ayant été bien examinées, le concile de Loupian rendit sa sentence : Saint-Thibery avait raison.

Les moines de la Chaise-Dieu avaient un entêtement peu ordinaire : ils ne voulurent pas quitter l'église de Bessan : ce que voyant, Adhémar, successeur d'Arnaud, déposa une plainte entre les mains du pape Innocent Il qui justement était venu dans la région en 1130.

Le pape confirma l'arrêt du concile de Loupian.

II est assez plausible d'admettre qu'Innocent II vint à Bessan se rendre compte, sur place, de l'objet du litige, car, d'après une tradition, un pape serait passé à Bessan et à notre avis, ce sont les seules circonstances qui puissent expliquer une visite papale.

Mais deux plaids, un concile, un pape, ne vinrent pas à bout de l'obstination de l'abbaye de la Chaise-Dieu.

Ses moines étaient venus s'installer à Bessan, ils entendaient y rester envers et contre tous, au besoin par la force d'inertie.

Cela ne faisait pas l'affaire des bénédictins de Saint-Thibery. Adhémar, s'en plaignit vivement à Raymond, évêque d'Agde, nommé depuis peu à ce siège épiscopal.

Raymond prit fait et cause pour Adhémar et avant de recevoir la consécration des mains d'Arnaud, archevêque de Narbonne, il exigea que ce dernier fasse exécuter la sentence qu'il avait rendue à Loupian.

Le légat du pape, le cardinal Guy fut également saisi de cette affaire par les soins d'Adhémar ; surpris de la mauvaise volonté des moines de la Chaise-Dieu, il écrivit une lettre à Arnaud et à Raymond daus laquelle il exprima, et son étonnement et son affliction : " Vénérables frères, leur dit-il, afin que les ordres du Pape et votre sentence obtiennent la force de la confirmation, nous demandons à votre sagesse que, par respect pour le Bienheureux Pierre, sous la tutelle et la protection duquel le monastère de Saint-Thibery est placé, vous preniez ce monastère en considération dans un but de charité, que vous le mainteniez, que vous le défendiez des atteintes des hommes malhonnêtes et que sans délai vous fassiez exécuter et observer fermement le jugement rendu dans cette affaire ".

Les "  hommes malhonnêtes " ne bougèrent pas davantage. lls avaient en Auvergne des protecteurs puissants, ils firent tant et si bien qu'ils obtinrent du pape un nouvel examen de l'affaire.

Et Hugues, archevêque de Rouen, délégué par Innocent II, convoqua à Montpellier le 3 novembre 1134 une assemblée d'évêques.

II y avait là, Bernard, archevêque d'Arles, Arnaud, archevêque de Narbonne, Raymond, évêque d'Agde, Guillaume, évêque d'Orange, Pierre, abbé de Saint-Gilles et " des personnes religieuses en grand nombre ".

Adhémar, fort de son bon droit, fut présent au rendez-vous : mais l'abbé de la Chaise-Dicu se déroba. Il se contenta d'envoyer à l'archevêque Hugues, à Tarascon, des messagers porteurs d'une lettre par laquelle il signifiait qu'il ne pourrait venir au jour fixé "  parce qu'i! avait à célébrer quelque fête d'usage de chapitre avec ses frères et que, du reste, il ne pourrait se rendre à Montpellier en toute sécurité à cause de Pierre de Ribolte, son ennemi ".

" Vain prétexte ", lui répondit Hugues, " ne devons-nous pas nous-mêmes passer à travers des ennemis et des embûches manifestes que nous prépare ouvertement en maints endroits Ildefonse, le comte de Toulouse ? "

Dans ces conditions le procès ne pouvait pas mieux se présenter pour Saint-Thibery. L'évêque d'Agde s'avança le premier : assisté de ses clercs, il affirma que, d'après les déclarations de ses prédécesseurs, l'église de Bessan appartenait bien, en droit et en fait, à l'abbaye de Saint-Thibery; on produisit l'acte de donation de Béranger, on amena des témoins "  anciens et de bonne renommée " qui affirmèrent avoir vu les moines de Saint-Thibery posséder l'église de Bessan sans aucun trouble durant de longues annés avant que les moines de la Chaise-Dieu ne vinssent s'y installer.

L'archevêque de Narbonne et d'autres témoins authentiques rendirent compte des déclarations faites à Cabrils par Bernard, évêque d'Agde, et rappelèrent la lettre de recommandation du cardinal Guy.

L'abbé de Saint-Thibery produisit à son tour d'autres témoins ayant assisté au plaid de Corbian et au concile de Loupian savoir, Arnaud, archevêque de Narbonne, Ermangaldus,archidiacred'Agde, R"'sacriste, le maître Dulcianus.

La cause étant entendue, l'archevêque Hugues ordonna la possession à perpétuité de l'église de Bessan avec ses dîmes et tout ce qui en dépendait, en faveur d'Adémar, de ses successeurs et du monastère de Saint-Thibery.

Pour la quatrième fois, Saint-Thibery avait gain de cause !

Mais hélas,c'était, après tout, un jugement par défaut et les moines de la Chaise-Dieu étaient bien trop chicaniers pour s'incliner.

Cinq ans après, en1139, un nouveau concile est réuni à Uzès pour s'occuper de cette aft'aire interminable.

C'est le cardinat diacre Guy qui est chargé par le pape Innocent d'en finir.

II examine le conflit avec Guillaume, archevëque d'Arles, Pierre, évêque de Nice, Raymond, évêque d'Agde, Guillaume, évêque de Nîmes, Jean, évêque de Viviers, Etrald, ëvêque d'Uzès, Pierre, abbbé de Saint-Gilles, Jean, abbé de Saint-Allyre de Clermont, se fait remettre les pièces, entend les témoins et est prêt à rendre sa sentence. Mais il se rend compte que cettc sentence risque d'avoir le même résultat que les précédentes, et il propose de régler le litige à l'amiable, cc qui est accepté par les deux parties.

Les bénédictins de Saint-Thibery prendront possession de l'église de Bessan avec les dîmes et tout ce qui est connu lui appartenir, mais, chaque année, à la solemnité de la Pentecôte, ils paieront aux moines de la Chaise-Dieu quinze sous melgoriens. Un sou melgorien valait 0 fr. 40 de notre monnaie (Note : en 1923, date de publication de cet ouvrage).

Comme clauses accessoires il est entendu que les moines de la Chaise-Dieu conserveront la propriété des biens n'appartenant pas à l'église de Bessan qui auront pu leur être donnés par des personnes ayant pris l'habit relieieux, soit de leur vivant, soit à leur lit de tnort, avec l'intention de vivre sous le même habit au monastère de la Chaise-Dieu : ils conserveront également les biens qu'ils auront achetés à Bessan.

De leur côté, les moines de Saint-Thibery posséderont les biens que les la'iques dont le corps repose dans l'église de Bessan ou au monastère de Saint-Thibery ont laissé, à leur mort pour le salut de leur âme.

Enfin, pour le pâturage qui est dénommé " le Parc ", la Chaise-Dieu aura la rente achetée à des laïqucs, et Saint-Thibery, le produit de la terre (De Vic et Vaissette, Histoire dui Langurdoc, t. I1, preuves, col. 474 et 488).

Au cours de ce long procès,Raymond évêque d'Agde avait défnitivement placé l'église de Bessan sous la haute autorité de son diocèse en échangeant avec l'évêque Raymond, de Béziers, le 11 octobre 1133 quelques biens qu'il possédait à Corneillan, contre une partie de l'église de Bessan (L'acte d'échangc tait mention dc l'église Sts Pierre et Paul de Bessan en Agade:. Ce ne pouvait être que l'églisc Saint-Pierre) restée encore ta propriété du chapitre cathédral de Saint-Nazaire.

Voil1 donc les moines de Saint-Thibery en possession de l'église Saint-Pierre : ils en étaient les prieurs décimateurs, c'est-à-dire qu'ils en percevaient tous les revenus en assurant un traitement annuel à un prêtre qui remplissait les fonctions de curé.

Cette possession se prolongea durant de très longues années, car nous verrons à la veille de la Révolution que l'abbayede Saint-Thibery possédait encore à Bessan une dîme très importante (En 1238, Salomon, abbé dc Saint.Thibéry passa unc convention avcc Bertrand de Saint Just, évêque d'Agde, aux temes de Irauellc lcs abbés de Saint-Thibéry étaient tenus de présenter aux Evêques d'Agde des vicaires perpétuels pour servir aux églises de Bessan, Florensac, Saint-Thibery et Castelnau.).

Abordons maintenant l'histoire politique de Bessan.

Quels ont été ses premiers seigneurs ?

Nous avons déja cité :

1° Itier et Pons frères qui, en 940 - sous le règne de Louis d'Outremer -cédèrent aux évêques et chanoines de Béziers, l'alleu de Bessan.

2° Déodat de Bessan qui, en 1111 - sous Louis Vl le Gros - reçut de l'évêque d'Agde l'inféodation de redevances et usages que ce dernier possédait dans Bessan ;

Nous trouvons plus tard :

3° En 1127 - sous le méme Louis VI le Gros- Alfred de Bessan mentionné dans une charte d'accord passée entre Roland de Bison et Bernard Aton, vicomte de Béziers;

4° En 1150 - sous le règne de Louis VII le Jeune - Ratier de Bessan qui figure comme témoin, en même temps que Bertrand de Nébian, Pierre d'Armellano et Pierre de Meyanas, d'une donation faite par Roger Ier, vicomte de Béziers, et sa femme, au prieuré de Bonnefond, en vue de la fondation de l'abbaye de Villelongue : il sert également de témoin vers la même époque à Raymond Trencavel, lors de l'accord conclu avec Bernard Aton pour la succession du vicomte Roger,

5° En 1162, Pons de Bessan:, qui assiste au traité de paix conclu entre les seigneurs de Montpellier et de Pignan ; 6° En 1175, Auger dc Bcssan, qui se reconnaît vassal de Pierre, évêque d'Agde, pour le quart des dîmes de Bessan et de Touroulle, pour la huitième partie de celles de la Grenatière et pour une maison située au bourg Saint-Sever ;

7° En 1206, Pons de Bessan - sous le règne de I'hilippe-Aunuste - qui obtient de Raymond-Roger, vicomte de Béziers, l'autorisation de fortifier le lieu de Buat, mas de la commune de Saint-Pargoire ;

8° En 1210, Ratier de Bessan, exproprié de sa seigneurie de Bessan par Simon de Montfort.

ltier, Pons, Déodat, Alfred, Ratier et Auger,étaient-ils les seigneurs de la totalité de Bessan ou possédaient-ils seulement quelques biens dans cette localité ?

Nous pencherons plutôt pour cette seconde hypothèse étalit donnés les faits mentionnés dans les actes que nous venons d'énumérer.

I1 semble bien du reste en suivant l'ordre chronologique que durant un assez long temps coexistaient dans le même lieu les familles seigneuriales des Pons et des Ratier, cette dernière possédant la plus grande partie de la seigneurie de Bessan. En 1210, on peut mëme considérer les Ratier comme les vrais seigneurs de Bessan.

Se rattachant à l'histoire de Bessan, puisqu'il s'agit d'événements concernant en partie des lieux situés actuellement sur son territoire, nous mentionnerons un seigneur dénommé PonsDeusdet deTouroulle,qui,en 1119, assiste à un plaid relatif à l'église Saint-Martin de Caux; nous citerons encore un décret royal de Louis-le-Jeune qui, en 1173, confirma à Guillaume, évêque d'Agde, la possession de ce que ce prélat avait en l'église Saint-Martin de Caillan et Saint-Hippolyte de Majan et au territoire de Saint-Laurent de Touroulle, et lui donna en même temps Vias et Preignes.

Enfin,en 1216, une énumération des églises reconnues appartenir à l'abbaye de Saint-Thibery indique l'église Sainte-Marie d'Affrie.

Ratier était seigneur de Bessan lorsque le Languedoc devint le théâtre des terribles événements que l'Histoire a enregistrés sous le nom de Croisade des Albigeois.

Une nouvelle religion, la religion des Cathares avait pris naissance vers le XI° siècle parmi les Slaves de la Macédoine et s'était assez rapidement étendue à travers la Bulgarie, la Thrace, la Bosnie, l'lllyrie. l'Italie pour gagner à la fm du XII° siècle le midi de la France.

Les Cathares croyaient à deux êtres créateurs : Dieu, l'origine de tout bien, Lucifer, l'origine de tout mal.

Jésus-Christ n'était pas le fils de Dieu, mais le premier de ses anges.

Quant à l'homme, son corps était un instrument de souffrance destiné à éprouver l'âme céleste qui, punie à la suite de sa désobéissance envers Dieu, devait se puritier par l'épreuve avant de remonter au ciel.

Le pur5gatoire et l'enfer n'existaient pas. Si l'âme n'avait pas assez souffert dans un corps humain, elle devait retourner dans un autre corps jusqu'à ce qu'elle ait entièrement satisfait à sa punition. Mais elle acquérait le degré de perfectinn exigé sitôt qu'elte entrait dans le sein de l'église Cathare.

L'homme devait à cet effet recevoir le baptême appelé consolamentum et qui consistait en une simple impositlon des mains : il était alors un parfait. Pour se maintenir dans cet état, il devait mépriser toutes les choses d'ici-bas, ne pas manger de la viande, subir un jeûne rigoureux trois fois quarante jours par an et ne prendre que du pain et de l'eau trois jours par semaine. (Il devait également s'abstenir de toute effusion de sang même dans le cas de légitime défense.

Cette morale si sévère ne paraissait pas faite pour attirer de nombreux adeptes dans le Midi. Mais les Méridinaux avaient tourné la diffculté : ils recevaient le consolamentum et devenaient parfaits à leur lit de mort.

Quoi qu'il en soit, l'église Cathare était assez florissante dans le Languedoc au début du XIIIème siècle : elle avait ses évêques, ses diacres... et peut-être même, un pape.

Les habitants de notre région, quoique essentiellement catholiques dans leur grande majorité, s'accommodaient assez bien du voisinaae de gens n'ayant pas les mêmes croyances.

Mais il ne fut pas de même pour la Papauté, toujours attentive à faire disparaître toute hérésie.

Elle employa tout d'abord la manière douce : elle envoya dans le Midi des légats, des moines, en particulier Saint·Dominique, qui s'efforcèrent de prêcher, répricnander et exhorter les dissidents et les seigneurs qui les soutenaient.

Mais toutes ces interventions ne donnèrent que de bien maigres résultats. Les affaires se gâtèrent lorsque à la suite de malheureuses circonstances, le légat du pape, Pierre de Castelnau, fut assassiné.

Innocent III se retourna vers les seigneurs du Nord et leur demanda de venir combattre les seigneurs du Midi qui se refusaient à évincer de chez eux les hérétiques.

Les seigneurs du Nord, mûs autant par leur désir de faire des conquêtes que par leurs sentiments catholiques, répondirent à l'appel du pape et formèrent une armée de croisés ayant à sa tête Simon de Montfort. Originaire de Montfort l'Amaury près de Rambouillet.

Effrayé par eette invasion, le comte de Toulouse, Raymond Vl se soumit et laissa attaquer ses vassaux.

L'un des premiers atteints fut Raymond-Roger, vicomte de Béziers et de Carcassonne et petit-fils de Raymond VI.

Les croisés assiégèrent Béziers, dont ils firent périr par le fer et par le feu i 5 000 habitants, aussi bien catholiques qu'hérétiques et s'emparèrent de Carcassonne, de Pamiers et de Mirepoix.

Raymond Vl se décida à intervenir, avec l'aide du roi d'Aragon, mais il fut défait à la bataille de Muret (1213) et Simon de Montfort ajouta à ses conquêtes, Agde, Nîmes, le Vivarais et la Provence.

Bientôt après, les Conciles de Montpellier et de Latran reconnaissaient à Simon de Montfort la légitime possession du duché de Narbonne, du comté de Toulouse, des vicomtés de Béziers et de Carcassonne, sous la souveraineté du roi de France, Philippe-Auguste.

Ratier de Bessan avait pris fait et cause pour le vicomte de Béziers, de même que ses voisins immédiats, Etenne de Servian, seigneur de Montblanc et le seigneur de Florensac.

Nous ne savons pas si cette adhésion entraîna des conséquences malheureuses pour les habitants de Bessan, toujours est-il qu'en 1210, Ratier tut exproprié de sa seigneurerie par Simon de Montfort, de même que ses voisins.

Désireux de rentrer en possession de leurs biens, tous ces petits seigneurs s'empressent de faire amende honorable, et nous voyons en 1218, Ratier de Bessan assister comme témoin à la soumission d'Etienne de Servian dans le monatère de Saint-Thibery (Ratier de Bessan se porta garant pour 30 marcs d'argcnt et Gormon de Bessan pour 20 marcs).

Etienne de Servian y gagna la reprise des châteaux de Servian et de Montblanc et de leurs dépendances.

Quant à Ratier, il ne semble pas qu'il ait pu reprendre sa seigneurie de Bessan puisque l'année suivante cette seigneurie se trouve entre les mains de l'évêque d'Agde.

Mais les populations du Midi supportèrent mal la domination des seigneurs du Nord, et dès 1217, la guerre recommença dans le comté de Toulouse.

Raymond VI accourt à la voix de Toulouse soulevée, apprend la mort de Simon de Montfort, blessé mortellement au cours des opérations de siège de cette ville, et reprend à Amaury, fils et successeur de Simon, la plupart des villes perdues.

Amaury, aux abois, se rend à Paris et cède à Louis VIII, successeur de Philippe-Auguste, moyennant le titre de connétable, tous les droits qu'il a reçus de Simon sur le Languedoc.

Devant cette intervention royale, le Languedoc se soumet assez tacilement.

Au cours de la lutte engagée entre Raymond Vl et Amaury de Montfort, l’évêque d’Agde, Thédise, s’était rendu près de ce dernier à Castelnaudary, et, le 3 septembre 1219, en présence de la comtesse de Montmorency, du cardinal Bertrand, de I'évêque de Carcassonne et de plusieurs autres seigneurs, il avait conclu un accord moyennat lequel Amaury recevait en fief de l'évêque d'Agde; les châteaux de Florensac et de Pomerols, dans la vicomté d'Agde, les châlteaux de Bessan et de Touroulle dans la vicomté de Béziers, et la moitié du château des Vias.

En retour Thédise recevait d'Amaury tout ce que ce seigneur possédait dans Agde, ainsi que Marseillan, Loupian, Aumes, Mèze, Saint-Pons-de-Mauchiens, Castelnau-de-Guers, la terre de Bouzigues et des droits sur Montagnac.

Cet accord de 1219 devait conserver son plein effet pour les années à venir, malgré toutes les tractations qui intervinrent dans la suite entre, d'une part Raymond VI, et son fils Ray,mond VII, et d'autre part Amaury. et la Couronne de France.

C'est de là qu'est sortie la baronnie de Florensac qui devait, sauf quelques légères variations dans la personne des titulaires, subsister jusqu'à la Révolution.

De même en 1789, nous verrons les évêques qui seront encore seigneurs, pour la majeure partie, des localités que Thédise avait reçues d'Amaury.

Louis VIII ne put, en raison de la brièveté de son règne, achever la paciGcation du Languedoc : cette tâche incomba à Blanche de Castille qui, après une alternative de succès et de défaites, passa en 1229 avec Raymond VII, comte de Toulouse, le traité de Paris, véritable point final de la malheureuse croisade des Albigeois.

Louis IX recevait tout le pays s'étendant du Rhône aux frontières du diocèse de Toulouse (c'est-à-dire, le Gard, l'Hérault, la Lozère et l'Ardéche), le sud de l'Albigeois, une partie de l'Ariège.

Raymond VII restait maître du Rouergue, du nord de l'Albigeois, du Toulousain, de l'Agennais, mais il s'engageait à laisser ses domaines à sa fille unique Jeanne qui devait épouser un frère du roi.

Quant à l'ancien vicomte de Béziers, Raymond Trencavel Il, fils de Raymond Roger, il était dépossédé de tous ses biens. Il essaya de revenir à la charge, retrouva Béziers toujours fidèle (En 1222, les habitants de Florensac ct de Vias se révoltent contre Amaury de Montfort et sont excommuniés) , mais il fut vaincu définitivement : son ancienne capitale paya de terribles représailles ce dévouement.

Annexée à la couronne, Béziers fut le siège d'une viguerie ressortissant à la sénéchaussée de Carcassonne et comprenant les diocèses de Béziers,Agde, Lodève et une partie de celui de Narbonne.

Le Languedoc était réuni à la France.

Bessan, seigneurie d'Amaury de Montfort, fut placée sous la suzeraineté directe du roi Louis IX, lorsque Bertrand de Saint Just. 37° évêque d'Agde passa, en 1234, avec le roi un accord par lequel il lui remettait le chàteau de Montagnac, l'hommage (Amaury de Montfort posséda ses biens, comme " mouvant du roi ") des chàteaux de Florensac, Pomerols et Bessan et tous ses droits sur la chancellerie du comté de Toulouse.

CHAPITRE III

PÉRIODE ROYALE

(De 1229 à 1515, début du règne de François Ier)

Les succcesseurs d'Amaury de Montfort : Jeanne dc Lévis, Éléonore de Montfort, les Crussol d'Uzès. - L'expédition de Roger de Loria ; Ies Routiers. - Prise et dévastation de Bessan par le duc de Berry, oncle de Charles V1. - La communauté de Bessan ; sa charte, ses consuls ses fonctionnaircs municipaux, son église. Démélés de Bessan avec Touroulle. - Les Sarret à Coussergues. - Caillan.

Jusques en 1789, Bessan et les autres villages compris dans l'accord de 1219, c'est-à-dire Touroulle, Florensac, Pomerols et Vias, devaient avoir pour seigneurs les descendants ou les représentants d'Amaury de Montfort.

Du XIII au XVIIIème siècle. nous verrons, suivant le hasard des mariages ou des partages successoraux, chacune de ces localités appartenir à un seul et même seigneur, un Montfort, un Lévis, un Crussol, ou bien dépendre respectivement d'un seigneur particulier ayant cependant des relations de familles très étroites avec les seigneurs voisins.

Dès 1220, Amaury avait. donné la seigneurie de Florensac à Guy de Lévis, originaire de Lévy-Saint-Nom dans l'Ile-de-France, qui, dès le début de la croisade des Albigeois, avait suivi Simon de Montfort dans le Midi et était devenu maréchal de ses armées.

Guy de Lévis avait reçu également la seigneurie de Mirepoix dans l'Ariège. Mais les Florensacois du XIIIème siècle étaient des gens turbulents : ils s'étaient prononcés en faveur des Albigeois, avaient, de ce fait , encouru l'excommunication et leur village dut être occupé par des officiers royaux.

Guy de Léyis, rentra cependant en possession de cette seigneurie en 1261 sur un ordre spécial de la Cour de France.

Ce seigneur eut deux enfants: Philippe, qui transmit le nom de Lévis jusqu'au XVème siècle et Jeanne, qui se maria avec Philippe de Montfort, fils d'Amaury.

Dans les documents de 1279 cette Jeanne de Lévis est désignée sous le nom de seigneuresse de Bessan.

Du mariage de Jeanne de Lévis et de Philippe de Montfort naquit une fille, Éléonore de Montfort, qui en 1290 reçut en partage successoral, les châteaux de Bessan et de Vias.

Étéonore se maria avec Jean V, comte de Vendôme, et à sa mort, survenue en 1341, elle laissa à son fils Jean les châteaux et villes de Vias etde Bessan, avec 340 livres de rentes sur plusieurs autres domaines.

En 1353, c'est un Bertrand de Lévis qui est seigneur de Touroulle.

Enfin, au XVème siècle, une Jeanne de Lévis, descencendante de Philippe de Lévis, déjà nommé, se maria, par l'intermédiaire de Louis XI, encore dauphin, avec un Crussol d'Uzès apportant dans cette famille les seigneuries qu'elle possédait à Bessan, Touroulle et Florensac.

Au cours du chapitre suivant nous aurons à parler longuement des Crussol d'Uzès qui furent les derniers. . seigneurs de Florensac et de Bessan.

Pour reprendre la suite des événements que nous avons interrompus au règne de Louis IX, nous devons dire immédiatement que notre région qui avait tant souffert pendant la croisade des Albigeois ne retrouva pas encore, de sitôt, sa tranquillité.

Dès 1286, au grau d'Agde, débarque une forte expédition conduite par le fameux amiral Roger de Loria, de la marine de Pierre III, roi d'Aragon, contre qui la France luttait en soutenant la cause de Charles.d'Anjou roi des Deux-Siciles et frère de Louis IX.

L'armée de Loria compte cent cavaliers et deux mille hommes à pied. Elle est divisée en deux corps : le premier, sous les ordres directs de l'amiral prend d'assaut la ville d'Agde, passe au fil de l'épée tous les habitants mâles de quinze à soixante ans, brûle la ville n'épargnant que l'évêché et la cathédrale ; le second, marche sur Vïas, qui est pris de force, mis au feu et au pillage, ainsi que tous les environs.

Les habitants de Saint-Thibery, de Loupian et de Gigean se rassemblent en toute hâte et viennent porter secours à Agde ; mais ils sont battus près de Vias et obligés de prendre la fuite, avec une perte de quatre mille hommes.

Roger Loria séjourne encore quatre jours au port d'Agde pendant lesquels il continue de courir et de ravagaer le pavs.

Puis il fait voile vers Aigues-Mortes, où il s'empare de tous les bâtiments qu'il rencontre dans le port, et rentre enfin à Barcelone chargé d'un riche butin.

Quatre-vingts ans plus tard, sous le règne de Jean-Ie-Bon, le diocèse d'Agde est ravagé par les Routiers, bandes de brigands assemblés sous les ordres d'un chevalier ou d'un bâtard de noble famille en quête d'aventures.

Nous ne savons pas, d'une façon bien précise; dans quelle mesure Bessan eut à souffrir de l'invasion de Loria et du brigandage des Routiers.

P'ar contre, ce même Bessan fut complètement saccagé et brûlé en 1382, sous le règne de Charles VI, et cela pour un malheureux prétexte : le retard apporté au paiement des contributions royales.

Le duc d'Anjou, frère de Charles V, avait imposé à Bessan en 1375 une contribution extraordinaire. Les habitants se plaignirent à cause de la mauvaise récolte de l'année et obtinrent tout d'abord un délai pour payer.

Mais l'administration royale devint plus sévère lorsque le duc de Berry succéda à son frère dans le gouvernement du Languedoc.

Ce prince ne songeant qu'à satisfaire ses plaisirs et à réaliser ses rêves d'agrandissement, ne cessait d'imposer à la province des contributions de plus en plus lourdés : irrité des atermoiements des habitants, il n'hésita pas à recourir à la manière forte. Il s'en prit en particulier aux diocèses de Béziers et d'Ande ; la prise et la dévastation de Bessan est un des épisodes de cette terrible répression.

La cause des Bessanais était cependant juste puisque, sur la plainte des malheureuses victimes, Charles VI enleva au duc de Berry le gouvernement de la province du Languedoc.

Malheureusement, le roi avait l'esprit faible, et peu de ternps après, il rendit à son oncle la province qui avait eu tant à souffrir de ses exactions.

Jusqu'ici il n'était guère question dans le récit des événements intéressant notre région que des seigneurs et des évêques.

A partir de 1382, c'est la communauté de Bessan, c'est-à -dire l'ensemble de ses habitants, qui entre en jeu.

Dès le règne de Louis VI le Gros, c'est-à-dire, dès le XIIème siècle, les villes et villages avaient commencé à s'affranchir de la tutelle complète des seigneurs féodaux.

D'abord maîtres de tout. ces derniers, soit par la force de l'habitude, soit à prix d'argent, avaient laissé à leurs sujets une certaine liberté, particulièrement pour les affaires municipales. En vue d'éviter des retours malveillants, les communautés des habitants tinrent à faire constater leurs franchises par une charte, véritable contrat écrit passé entre le château féodal et la ville ou le village.

Les archives départementales de l'Hérault conservent la charte de Bessan, accordée, en 1482, aux habitants de cette localité par Jean Athon, seigneur de Bessan et de Vias, par l'intermédiaire de Pons Jourdan, viguier des- dits lieux et par devant François Guinard, notaire royal à Bessan.

Nous la reproduirons un peu plus loin, mais ce n'est pas la charte originale : c'est plut6t une transaction relative à des chartes précédentes.

En effet, dès 1278, il est fait mention de consuls de Bessan, c'est-à-dire des chefs de la municipalité du lieu, ce qui suppose, évidemment, l'existence ,d'une charte.

Le parchemin daté de 1278 – 17ème jour des calendes d'octobre - enregistre la promesse faite aux consuls de Bessan par le maréchal Pierre de Routhazaco de demeurer dans cette localité, de faire partie de " ladite communauté et univcrsité " à peine de cent sols pour le cas où il irait demeurer ailleurs.

Un autre parchemin daté du 27 avril 1418 rend compte des élections consulaires auxquelles a participé l'assemblée générale des habitants de Bessan : furent élus alors pour les nobles, noble Jehan de l'Isle, et, " pour le commun " Antoine Daydé, Pierre Maurin et Emile Gibert.

En 1435, furent élus consuls ; noble Jehan Viguier, pour les nobles, Emile Pallier, Pierre Corneillan, et Bertrand Rouch, pour la communauté.

Bertrand Rouch voulut refuser la charge, mais il fut condamné, par sentence à l'accepter. Persistant dans son refus, il fut arrêté et.emprisonné jusqu'à ce qu'il se décidât à prêter serment.

Ces préliminaires de la vie municipale rendent plus tacilement compréhensible la lecture de la charte de 1482 :

"  Le dernier février mil quatre cent huitante deux, entre les habitants de Bessan fut réglé et arrêté que, après que les consuls seront créés le jour de Pasques et qu'ils auront presté le serment ès-mains dudit seigneur ou de ses officiers, lesdits consuls éliront douze habitants dudit licu qui, idoines et capables pour leur conseil, lesquels après avoir presté le serment par devant que dessus ou devant le baille dudit Bessan seront tenus d'assister aux conseils durant l'année bien et dûment conseiller sans support : Lesdits consuls éliront un leur valet et précon habitant dudit lieu qui mandera au conseil juré lesdits conseillers et criera (convoquera) publiquement par les lieux accoustumés le conseil général, ira pour les affaires de la communauté partout dans le diocèse seulement, en lui administrant des vivres pour .ses voyages, fera tout ce qui dépend dudit office aux gages et profits accoustumés, prestera le serment devant le sieur baille ou son lieutenant, ne prendra rien des préconisations et licitations et ventes qu'il fera alinquant (à l'encan) pour les affaires qui regarderont la communauté, la fabrique et l'hospital. Mais des autres meubles ou immeubles qu il vendra alinquant aura sçavoir : pour la première livre du prix desdits biens vendus, un denier,et pour chasque autre de ladite vente un obole. Sera donné audit précon par lesdits consuls aux dépens de la communauté une robbe simple avec un capuchon moitié drap blanc et l'autre moitié drap vert de valeur deux livres.

" Lesdits consuls avec leurs conseits jurés, ou plus grande partie d'icelui esliront deux garde-terres qui n'auront jamais esté consuls ni conseillers dudit lieu, presteront serment devant ledit sieur baille ou son lieutenant, qui feront tout ce qui dépendra de leur charge comme il est porté par ladite, transaction. Auxquels pour leur travail astiendra (reviendra), la moitié des talles et bancs (amendes) appartenant à ladite communauté, et, outre ce, chacun d'eux aura trente cesticrs de blez, mesure raze de Bessan, payables de quatre en quatre mois, dix cestiers, la première paye commençant après quatre mois du commencementde leur gardiage. Et moyennant ce, garderont bien et loyalement ledit terroir, garniront (percevront) les talles (amendes) sur ceux qui les auront commises, sans faveur ni rancune à peine de faux.

" Feront escrire à leur greftier,qui leur sera baillé et nommé par les consuls et les conseils jurés et payé aux frais desdits garde-terres, chaque jour ou deux jours les bancs qui se comettront.

" Lesdits consuls avec leur conseil juré esliront un desdits conseillers pour estre greffier de ladite maison commune qui sera tenu durant l'an d'escrire toutes les délibérations dudit conseil, toutes impositions des tailles, les inventaires des biens de la fabrique, de l'église et de l'hospital, les clostures des comptes qui seront rendus des administrations susdites, assignations, mandements et descharges des sommes qui se dresseront à prendre sur le clavaire pour les affaires de la communauté, lesquelles assignations, mandements ct des charges. quelconque sommes que la communauté doive, ledit clavaire ne pourra acquitter qu'elles n'ayent été délibéré par le conseil juré et signées de la main dudit greffier, excepté les deniers royaux et la pention du seigneur dudit Bessan ; ledit greffier prestera serment devant ledit sieur baille ou son lieutenant de bien faire tout ce qui dépend de ladite charge.

a Esliront lesdits consuls quatre hommes chasque année pour compter le bestail gros et menu, aratoire et non aratoire, pour ëtre mis et cottizé aux tailles royaux courant au sol et livre, avec les biens immeubles descrits au compoix, et seront lesdits bestiaux gros aratoires ou non aratoires, comptés en ladite cottization en la forme suivant, sçavoir : chasque animal, gros, âgé de quatre ans ou au delà, soit boeuf, vache, cheval, jument, mule, mulet, asne, asnesse, pour deux livres tournois, ceux dc trois ans pour trente sols tournois, et ceux d'un an ou de deux ans, vingt sols tournois, et chasque animal menu d'un an ou plus. comme mouton, brebis, chèvre, bouc, pour trois sols neuf deniers tournois, et les porceaux ne seront aucuncment cottizés. Ledit bestail, gros et menu, ne pourra être cottizé qu'ils n'aient atteint un an complet, ladite cumputation et estime se fera dans quatre jours, sans autre délai ; et auront lesdits estimateurs et compteurs pour leur· travail sept sols six deniers chacun.

"  Les tailles royaux seront cottizés sur tous les habitants ct autres contribuables dudit lieu au sol et livre, selon la faculté des biens immeubles et bestaux gros et menus, aratoires et non aratoires, suivant le compoix et estime susdite sans toutefois qu’en ladite taille royale soit comprise aucun cappatge (Cappatge, impôt sur les maisons habitées).

"  seront imposés la queste annuelle, la pention du four, les robbes des consuls et de leur valet, les salaires et gages du fournier et du clavaire, sur les cappatges de chasqu’un des habitants dudit lieu, comptant chaque maison habitable, ou laquelle sera habitée, pour un cappatage tant seulement.

"  Et seront lesdites sommes également cotizées suivant le nombre desdits cappatges, à condition que les cappatges ne contribueront à aucune autre imposition et affaires tant royaux que municipaux dudit lieu, et de ce, sera faict un libre et délivré au clavaire. Si que s'y audit lieu se rencontroyent un, deux, ou plusieurs hommes fort vieux, valitudinaires, caduques et décrépts, ne pouvant gagner leur vie ou, s’il y a aussi des veuves, orphelins, mineures et autres mizérables personnes, sera eu égard, suivant la délibération du conseil juré ct apposition de la plus grande partie d'icelui.

"  Pour Ic paiement des affaires communes, comme pour voyages de consuls, gages et salaires des compteurs de bestiaux, auditeurs des comptes, danses au jour et feste de Saint-Pierre, joyes accoutumées, donner ledit jour et autres affaires quelconques, seront vendues les herbages dudit lieux aux herbassiers et autres estrangers, si Ies consuls et le Conseil général le trouvèrent bon, jusqu'aux sommes nécessaires audit effet, sans toutefois aucun destriment du bétail dudit Bessan. Et s'il n'y a lie de vendre les dits herbaigers ou s'ils étaicnt vendus, ou si ladite somme et autre revenu de ladite communauté, comme l'herbe du pred commun des contours des murailles, la taille ou queste annuelle de quatre francs d'or que noble François de Patau faict à ladite communauté, Jacques de Panès, de Pezenas, à cause des biens qu'ils possèdent audit Bessan suivant les transactions faites avec eux, et autres sommes qui pourraient appartenir à l'université n'estaient bastantes (suff'isantes) pour payer lesdites affaires, sera imposé un livre au sol et livre sur les habitants dudit licu suivant les biens lmmeubles descripts au compoix, auquel ne seront pas cottizés les cappatges ni bestaux quelconques, et levé par le Clavaire aux gages accoutumés.

" Pour le paiement des gages des garde·terres sera faict tous les ans un libre de soixante cestiers de bled sur les contribuables dudit lieu soyant des habitants ou estrangers selon le nombre des cesterées de terre descrites au compoix, ledit libre sera délivré au clavaire, et pour ses droits de lévée, constraindre les débitcurs et payer lesdits bandiers, seront inclus trois ceterées à bled, ledit libre sera baillé au clavaire avant la feste Saint-Jean-Baptiste afin qu'il puisse faire exécution sur les fruits pendants.

" Les Consul mettront trois escapouliers pour sonner Ics cloches tout le lon de l'année en temps de gresle et de tempeste pour la conservation des truits, aux gages accoustumés de trente sols pour chacun, qui seront imposés au libre dc la taille royale d'autant que les estrangers et habitants en retirent égal commodité.

" Lcs consuls achesteront les robbes pour le jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste, les porteront tous les jours du dimanche et feste pendant leur consulat pour l'honneur et décoration de la république, au moins à l'église, par la ville et ailleurs, et s'il arrive qu'ils aillent ensemble dchors ou deux, pour affaires de la communauté, à peyne de deux sols et six deniers tournois, chasque fois qu’ils manqueront, payables

sans grâce quelconque, au lumlnaire de salnt Pierre et Paul, et réserve que si la robbe estait simple et que ledit consul ou consuls en eussent de meilleures pour l'heure, pourront icelle porter avec toutefois délibération du consell juré, et ladite peyne sera exécutée incontinent après son retour et délivré à l'ouvrier qui aura la direction dudlt luminaire.

" Ledit règlement sera inviolablement observé pendant dix ans, et aux jours passés, les habitants qui seront pour lors, la pourront changer, annuler et de nouvéau ordonner sur les choses susdites, si elles ne sont pas utiles au public. "

Ainsi donc, Bessan avait aux XIIIème, XIVème et Xvème siècles, une organisation municipale à la tête de laquelle étaient placés des consuls remplissant d'une façon générale, les fonctions dévolues de nos jours aux maire et adjoints.

Au début, il y avait 4 consuls, dont un pour les nobles et élu par ces derniers, et 3, pour le commun, élus par les bourgeois, commerçants et cultivateurs.

Leur mandat était annuel et se renouvelait au jour de Pâques.

Nous avons une liste des nobles qui possédaient fiefs â Bessan le 24 août 1340 : c'étaient : Rugon Vassadel, Emile de Folivier, Pons de Valanquèsse, Guillaume de l'Isle. Gormond de Bessan et Aimery de Rogue Négado.

Nous pouvons encore citer :

Enormand, damoiseau de Bessan, mentionné dans un acte du 21 janvier 1344 à propos d'une sentence rendue en faveur des consuls contre Fabre ;

Jean de l'lsle, damoiseau de Bessan, mentionné dans un acte du 26 mars 1375 à propos d'un échange de terres avec le seigneur de Florensac et de Touroulle :

Guillaume d'Ensevir,damoiseau de Neyran, qui vendit, en septembre 1321 pour la somme de 12 livres aux consuls de Bessan, et du consentement d'Eléonore de Montfort sa suzeraine, la quatrième partie de toute la seigneurie, tous ses droits et actions qu'il avait sur une pièce de terre appartenant aux femmes d'Emile et Pons Laguier de Florensac. Cette pièce était située dans le terroir de Bessan et confrontait, dit l'acte de vente, " Guillaume Fabre et la rivière d'Airau " ;

Bertrand des Deux-Vierges, damoiseau de Bessan, qui eut certaines difficultés avec les consuls de Bessan au sujet du paiement des impôts. Les nobles étaient astreints au service des armes. Nous savons, par un parchemin daté du mois d’août 1340, que les nobles de Bessan avaient reçu commandement et injonction de se rendre armés à une convocation pour le dimanche devant le sénéchal de Carcassonne pour leur être ordonné " ce qu'il appartiendrait pour le service du roi ".

Bertrand des Deux-Vierges astreint, en vertu de cette servitude militaire, à " s'armer d'un cheval et d'un soldat pour le service du roi ", prétendait n'avoir pas à payer les tailles sur les terres qu'i1 possédait à Bessan.

Ceà quoi les consuls de Bessan répondirent qu'il y avait une transaction entre la communauté et les nobles de cette localité en application de laquelle les nobles devaient payer les tailles comme les autres.

L'affaire s'arrangea. Des Deux-Vierges s'engagea le 16 novembre 1367 à payer tous les ans pour les tailles de ses terres 40 sols pour un revenu de deux francs d'or. Et comme à cette époque tout pouvait servir prétexte à procès, la convention précisa les moindres détaits.

Si Bertrand des Deux-Vierges diminuait ses biens par ventes, donations et autres aliénations quelconques, i1 serait déchargé de ta taille proportionnellement à la diminution subie.

S'il venait à acquérir d'autres biens, il paierait la même taille que son vendeur.

S'il se décidait à fixer sa résidence à Bessan, il aurait droit comme tous les autres habitants, à la jouissance des herbagers et autres libertés.

Par contre il se désistait de toute demande d'indemnité pour les dommages qu'il prétendait avoir été commis par les habitants de Bessan à un certain pré et il donnait une fois pour toutes la somme de 9 livres pour toutes les réparations et constructions de murailles, fossés et forteresses du lieu. .

L'on voit comment les consuls de Bessan veillaient sur les intérêts financiers de la communauté.

Nous citerons encore plusieurs faits qui les montrent dans l'exercice de leurs fonctions : le 5 mars 1276, ils passent un accord avec Jeanne de Lévis, seigneuresse de Bessan et l'abbé de Saint-Thibery pour délimiter le territoire des deux communes. Un peu plus tard, nous les voyons faire appel contre le baille qui voulait condamner les habitants sans que les garde-terres les eussent trouvés en délit.

En 1309, les consuls, assistés de certains de lcurs compatriotes, s'étaient livrés à quelques excès contre la famille et le train du cardinal de Nivry. Nous ne savons pas pour quels motifs. La municipalité fut déclarée coupable et condamnée, par la cour royale de Béziers, à payer la somme de 800 livres. Naturellement -c'était dans les moeurs de l'époque - ils déclarèrent appel de la sentence rendue.

Mais comme leur mandat, durant les délais de l'instance, était arrivé à expiration, ils demandèrent à leurs successeurs de poursuivre l'affaire.

11 faut croire que les nouveaux consuls n'étaient pas au mieux avec les anciens, car ils répondirent à cette invitation que " si les requérants avaient fait la faute, ils en devaient supporter la peine, que les consuls comme les tuteurs, sont indemnisés en qu’ils font l'utilité du public, non faisant les dommages désavoués vu que lesdits excès avaient été commis sans délibération du conseil des habitants ".

Un siècle plus tard, le 20 août 1482, moyennant le paiement de trente écus, la Cour des aides faisait grâce aux consuls, clavaires et autres officiers publics de Bessan " de tous délits, maléfices et malversations sur le fait des tailles et autres administrations ".

La charte de 1482 nous apprend que les consuls élisaient douze habitants pour former le conseil juré de la Communauté, sorte de conseil municipal.

Elle nous indique aussi quels étaicnt les fonctionnaires municipaux :

Un valet ou précon élu par les consuls, chargé de convoquer les conseillers jurés, et tous les habitants au conseil général de la Communauté, et de procéder aux ventes à l'encan ; il percevait un certain droit sur le produit de ces ventes et recevait, en outre, aux frais de la Communauté, une robe avec capuchon moitié drap blanc et moitié drap vert ;

Deux garde-terres, élus par les consuls assistés de leurs conseillers jurés, qui pour la rémunération de leur service de garde-champêtre recevaient la moitié des amendes et trente setiers de blé ;

Un greffier, élu sous les mêmes conditions et enregistrant les procès-verbaux des garde-terres ;

Un autre greffier, choisi parmi les conseillers et ayant pour mission d'écrire les délibérations du conseil et le rôle des tailles ;

Quatre compteurs de bestiaux qui établissaient l'assiette de la taille royale et recevaient 7 sols 10 deniers chacun;

Trois escapouliers qui devaient sonner les cloches en cas de grêle et tempête et étaient payés trente sols chacun. Il devait y en avoir un pour la cloche de la maison consulaire, un pour l'église et un troisième pour l'hôpital ;

enfin un clavaire, sorte de percepteur receveur, fonctionnaire autant municipal que royal.

A côté de l'autorité municipale, it y avait l'autorité royale et féodale. En premier lieu, le seigneur de Bessan, qui, comme nous l'avons dit au début du chapitre était la plupart du temps, seigneur de Touroulle, Florensac et Vias.

I1 recevait de la Communauté de Bessan une pension annuelle et un certain nombre de droits, revenus et services personnels.

D'après un document du mois de mai 1322, les nobles de Bessan demandèrent que les habitants " plébéiens " fussent dédommagés d'un cheval que ces derniers avaient fourni à la dame Eléonore de Montfort, "  dame dudit Bessan " à Lombez, et cette dame " donna lettre par laquelle elle déchargeait les Bessanais de contribuer aux frais des nobles pour ledit cheval et service ".

Le seigneur avait un viguier à Florensac qui rendait la justice en son nom, mais Bessan contesta toujours cette juridiction voulant être jugé par la cour royale de B3éziers, ou, en cas d'appel, par la cour du sénéchal de Carcassonne

Par contre, il y avait à Bessan un baille, et un lieutenant de baille, particulièrement chargés de veiller sur l'administration de la seigneurie.

Nous connaissons la nature des impôts payés par les Bessanais au XVème siècle ; lcs tailles royales, perçues d'après les immeubles et le nombre et la qualité des bestiaux ; les cappatges, impôts par maison habitée, destinés à couvrir les frais de la pension du fournier municipal, les robes des consuls et du précon, les salaires et gages du clavaire.

La Communauté disposait, en outre, du produit des herbages et de plusieurs propriétés.

Le12 mars 1454, l'ahbé de Saint-Thibery lui avait fait cession des Crozes.

Nous avons vu comment au début du XIIème siècle l'église Saint-Pierre de Bessan avait excité les convoitises des moines de Saint-Thibery et de la Chaise-Dieu.

Si nous nous en rapportons aux renseignements fourris aux XIVème et XVème siècles, cette église ne jouissait pas d'un état bien prospère, et les relations entre les Bessanais et les autorités ecclésiastiques n'étaient pas des plus cordiales.

Le 14 juin 1322 l'évêque d'Agde confirme la décision qui permettait au curé de Bessan de s'emparer de tous les draps de pourpre et d'or que l'on mettait sur les morts.

Presque à la même époque le curé de Bessan avait obtenu des lettres d'excommunication contre ceux qui avaient voulu comprendre ses biens ruraux dans l'assiette des impôts; ces lettres d'excommunication furent assez vite rapportées.

Le 10 septembre 1334, l'église ayant besoin de réparations, l'évgque d'Agde accorde une indulgence à tous ceux qui contribueront à ces travaux.

Le 26 avril 1338, Bernard archevêque de Narbonne concède quarante jours d'indulgence à ceux qui visiteront l'église de Bessan - et sans doute déposeront une offrande - car l'église manque de tout. de linges de luminaires, etc.

La Bulle de Bernard qui accorde les indulgences contient un détail intéressant : elle rappelle que de nombreux miracles ont été effectués dans l'église. " Cum igtur ecclesia Sancti Petri de Becciano agathensis diocese in ab honorem ipsius santi multa et aperta miracla dns (dominus) prius … "

Le 13 juin 1368, les consuls de Bessan se trouvaient dans la nécessité de faire appel contre de nouvelles lettres d'excommunication lancées envers ceux qui laissaient les fruits pendants sur leur terre en vue de diminuer la valeur des dîmes. '

Le cimetière - situé près de l'êglise - se trouvant trop petit, l'archevêque de Narbonne avait autorisé la bénédiction d'un jardin pour servir de nouveau cimetière. Les consuls firent appel et, quelque temps plus tard (1358), l'archevêque de Narbonne rendait une ordonnance pour déterrer les morts et jeter leurs os à la voirie.

Par contre, nous rencontrons deux événements favorables à l'église : le 11 juin 1361, la fondation de la chapelle de Notre-Dame, et le 17 mars 1496, le don fait à la fabrique, d'une maison située au lieu dit " Lou Castel ", par Raymond de Tayrac et Catherine, sa femme, habitants de la ville d'Agde.

Nous ne possédons aucun renseignement précis au sujet de la configuration de Bessan pendant la période que nous envisageons. Nous savons bien que Bessan était fortifié, entouré de murailles et de fossés, et, nous voyons encore de nos jours de nombreux vestiges des remparts et certaines maisons assez anciennes.

Mais comme la date la plus éloignée qui figure au frontiscipe d'une maison est 1535, et que, par ailleurs Bessan a été détruit, en majeure partie, en 1587, au cours des guerres de religion, nous préférons traiter ce sujet dans le chapitre suivant, relatif à l'histoite de Bessan de 1515 à la veille de la Révolution.

Avant d'aborder une nouvelle période, nous parlerons des environs immédiats de Bessan, en particulier de Touroulle.

Comme Touroulle et Bessan étaient des localités très voisines, à peine distantes l'une de l'autre de 1000 mètres et comme elles appartenaient depuis 1219 à un seul et même seigneur, ou à des seigneurs de la même famille de fréquentes relations existaient entre elles. De nombreux Bessanais avaient des propriétés à Touroulle et de nombreux habitants de Touroulle, des propriétés à Bessan, d'oùl une source continuelle de conflits.

L'un de ces conflits rappelle par sa complexité et par sa longueur le litige de l'église Saint-Pierre.

A propos d'une question d'ordre pécuniaire, les consuls de Touroulle avaient porté l'affaire en la cour de Florensac, par devant le juge du sieur Guy de Lévis-Mirepoix, seigneur de Florensac et Touroulle, et obtenu gain de cause.

Les consuls de Bessan, qui contestaient cette juridiction, firent appel de la sentence rendue par devant le viguier et les juges royaux de Béziers (avril 1229).

Les juges royaux se déclarèrent compétents. Les consuls de Touroulle à, leur tour firent appel de cet arrêt de compétence devant le Sénéchal de Carcassonne.

Celui-ci confirma la sentence rendue par Béziers, et les consuls de Touroulle aussitôt, defaire appel devant le roi.

Le roi délégua pour connaître de l'affaire, le doyen de Saint-Martin de Tours et l'archidiacre de Bourges qui subdéléguèrent l'official de Narbonne.

L'official de Narbonne cassa l'arrêt du Sénéchal et du viguier de Béziers et déclara bien jugée. la sentence des juges de Florensac.

Mais, pourquoi s'arréter ?... les consuls de Bessan firent appel de la sentence rendue par l'official.

Nous ne savons ni quand, ni comment, le procès fut définitivement clos.

Dans tous les cas, une vive animosité régnait entre les habitants de Bessan et de Touroulle, et qui se manifestait en particulier, à propos des droits invoqués par chaque partie de faire paître ses troupeaux sur le territoire de l'une ou l'autre communauté.

On en arriva même à des meurtres, si bien que pour mettre un terme à cet état de choses la cour royale dut prononcer la mise sous séquestre, entre les mains du Roi, des territoires sujets à discussions.

Finalement un arbitragc fut rendu en 1299 qui divisa les terrains de pacage en trois catégories :

1° Les terrains mitoyens où les habitants de Bessan et de Touroulle pourraient " ensemblément ou séparément " faire paître leurs bestiaux, les abreuver et faire du bois.

Ces terrains allaient de l'Hérault au chemin de Bessan à Touroulle.

2° Les terrains bessanais où seuls les habitants de Bessan pourraient jouir des mémes facultés.

lls étaient situés entre le chemin de Touroulle à Bessan et le chemin public de Béziers.

3° Les terrains de Touroulle réservés, pour le pacage, aux habitants de cette communauté.

L'arbitrage prévoyaitque si les terrains de Bessan et de Touroulle venaient à être partagés entre les seigneurs de ces lieux, les gens de Bessan useraient du droit de pacage dans le territoire de Bessan qui serait divisé de celui de Touroulle, et réciproquement pour les gens de Touroulle.

Dix-neuf ans plus tard une nouvelle contestation surgit.

L'arbitrage de 1299 était-il tombé en annulation à la suite de nouveaux procès ?...

Toujours est-il que les consuls de Touroulle avaient obtenu défense contre les consuls de Bessan de faire paître leurs bestiaux dans le terroir de Touroulle. Les sergents exécuteurs de Touroulle, pour faire exécuter cette sentence, pignoraient, c'est-à-dire, saisissaient les bestiaux pris en flagrant délit.

Naturellement les consuls de Bessan firent appel au Sénéchal de Carcassonne qui leur donna raison. Les lettres de " maintenues " furent signifiées le troisième jour des nones de septembre de l'an 1318 à Guiraud del Royre, sergent exécuteur des habitants de Touroulle, par devant Béranger Vézian, notaire de Bessan.

Une enquête fut menée peu après par Bernard Alaman, notaire de Touroulle... les consuls de Bessan, qui n'en étaient pas à un procès près, firent appel de cette procédure.

Nouveau procès la même année, à propos des terroirs de l'Arenc et de Bolfiguier que les habitants de Touroulle voulaient interdireaux bestiaux des Bessanais.

Nouvel appel de Bessan devant le viguier de Béziers !

Les Bessanais viennent garder leurs troupeaux dans les terroirs de l'Arenc, de Bolfiguier et de l'Aumède; en prenant des armes et en se livrant à quelques violences.

Les consuls de Touroulle, les font condamner par Ic viguier de Béziers à 10 livres d'amende envers le roi et... les consuls de Bessan font appel (5 août 1354)·

Une autre fois, il s'agit d'impôts. Les consuls de Touroulle avaient obtenu des lettres les dispensant de payer la taille pour certaines terres possédée à Bessan. Appel des consuls de Bessan, et lettres de dispense révoquées par Philippi,commissaire député par le Sénéchal de Carcassonne. Les consuls de Touroulle, à leur tour, font appel devant le Sénéchal lui-méme.(9 novembre 1320).

Maintenan c’est Touroulle qui demande que Bessan paie le demi-sizain des fruits des terres possédées à Touroulle par les Bessanais. L affaire s'envenime, il y a de grandes disputes. Le viguier royal de Béziers met les droits sous le séquestre du roi et députe, pour exécuter son ordonnance, Laurent d’Auriac, notaire, qui se transporte à Bessan pour confier les biens séquestrés à un Bessanais et à un habitant de Touroulle. Les consuls de Bessan font appel de la procédure.

Une transaction intervient en 1323.

Les habitantsde Bessan ayant des terres dans le terroir de Touroulle seront quittes de toute contribution de sizain, vingtain, tailles et collectives ordinaires et extra-ordinaires en payant à la communauté de Touroulle,à chaque fête de Saint-Michel la somme de quatre livres dix sols. De même, ceux de Touroulle ayant terres à Bessan ne seront tenus à aucun sizain , vingtain, ni naissait.

Un procès venait à peine de s’éteindre qu’un autre naissait.

Bertrand de Lévis, seigneur de Touroulle, avait fait défense à toute personne de chasser sur le territoire de

cette seigneurie.

Mais les habitants deBessan soutenaient qu'ils avaient la liberté de chasser à l'Arenc et aux Garrigues de Tourroulle. Leurs consuls s'empressèrent de faire appel de la défense de Bertrand de Levis, et pour montrer l'énergie de leurs revendications, ils se transportèrent le 11 novembre 1353 sur la place publique de Touroulle, un jour que le seigneur n'y était pas, et là, par devant 1'église Sainte-Marie, ils proclamèrent leur opposition.

C'est le seul document qui, à notre connaissance, fasse mnention de l'église Sainte-Marie de Touroulle. Cela laisse supposer l'existence de deux églises au XIVème· siècle pour Touroulle, Saint-Laurentet Sainte-Marie.

En 1354, deux Bessanais Guiltaume Mourier et Jehan Thorolle étaient allés chasser au filet et avaient tiré à l'arbalète deux ou trois fois sur les pigeons domestiques et autres oiseaux, dans la juridiction de Touroulle. Ils furent condamnés à dix sols d'amende et à laconfiscation de leurs filets. Naturellement, les consuls de Bessan firent appel.

Les habitants de Touroulle ne furent pas les seuls à éprouver l'esprit frondeur des Bessanais, car en 1324, nous voyons les habitants de Florensac se plaindre devant la Cour royale de Béziers au sujet des habitants de Bessan qui avaient couru sus aux armes contre eux et avaient amené et détenu leurs troupeaux. Les Bessanais furent condamnés à cent cinq livres d'amende.

Vers la fin de la période qui fait l'objet de ce chapitre, exactement en 1494, le roi Charles VIII partant pour conquérir le royaume de Naples fit vendre un des fiefs appartenant à 1a Couronne et qui se trouvait à cheval sur les territoires de Bessan et de Monblanc, le fief de Coussergues, dont nous avons parlé à propos d'une donation faite en 990 par le vicomte de Béziers aux abbés de Saint-Thibery.

Coussergues fut adjugé à Pierre Raymond de Sarret, seigneur de Fabrègues, un des compagnons du roi dans son expédition (C'était le petit-fils de Pierre de Sarret, 1er du nom, seigneur du Poujet en 1351, établi vers la même époquc dans le Languedoc, le fils de Pierre de Sarret du Poujet, 2ème du nom et le 6ème aïeul du contre·amiral honoraire dc Sarret, baron de Coussergucs ct député dc l'Hérault, à qui Jordan, en 1824, dédia son histoire de la ville d'Agdc. (Armoirie) d'azur à deux lions affrontés d'or armés lampassés de gueulcs, surmontés d'unc étoile d'argent et posés fur un rocher dc six copéaux dc même.). Ce domaine appartient encore de nos jours à la famille de Sarret.

Un autre fief des environs de Bessan, Caillan. Etait à la même époque tombé dans la mense épiscopale d'Agde, et l'évêque avait sur la place, la grange et la seigneurie de Caillan, juridiction haute, moyenne et basse.

CHAPITRE IV

PÉRIODE MODERNE

Les guerres de religion : prise de Bessan. - Configuration de Bessan ; ses remparts, ses fossés, ses portes et ses tours. - L'église; lc château, les cimetières, l'hôtel de ville, les caserne, le presbytèr. Le trou de " l'Abcille ", l’impasse des " Mijoulanes ", " Las Cours ", le places publiques.-1e seigneur ; son viguier, ses droits et ses revenus, Ie domaine dc Touroullc.- Les consuls, Ie conseil général, le maire,les fonctionnaircs municipaux; la justice; la paroisse, les biens ecclésiastiques. La boucherie municipalc; les fours; le port fluvial : projet de Richelieu.- Les biens nobles : le moulin.

 

Nous avons vu Bessan mis à sac par le duc de Berry en 1382. La ville dut assez rapidement se relever de ses ruines, puisque, dès 1418, nous assistons à une élection consulaire effectuée dans les conditions habituelles.

Deux siècles s'écoulent sans que Bessan se trouve directement mêlé à quelque gros événement politique.

La guerre de Cent ans s'achève -1453 - après elle, les guerres d'Italie (1494-1515) et la lutte contre la maison d'Autriche (1521-1559), et voilà que commencent (1562) les guerres de religion qui pendant trente-six ans devaient ensanglanter la France, y compris notre région.

Dès le début des hostilités, c'est le seigneur de Bessan, de Touroulle et de Florensac, Jacques de Crussol, qui, dans le Bas-Languedoc, se trouve placé à la tête du parti protestant.

Toute la France est divisée en deux camps ; les catholiques ayant comme chefs les oncles du roi, François de Guise et le cardinal Charles de Lorraine ainsi que Montmorency, et les calvinistes ou huguenots commandés par Antoine de Bourbon, roi de Navarre, son frère, le prince de Condé, et l'amiral de Coligny.

Après la rixe de Vassy (1562), protestants et catholiques courent aux armes, et commencent à détruire respectivement, villes, villages, églises et châteaux.

Jacques de Crussol arrive à Montpellier comme lieutenant de Condé et se trouve aussitôt aux prises avec le duc de Joyeuse. Il s'empare de Marseillan et de Béziers, se fait battre à Pézenas, puis à Frontignan et se replie à Montpellier. De son côté Joyeuse saccage Florensac et Vias, prend Villeneuve-les-Béziers où les huguenots avaient renversé les autels et brisé les statues des saints, et menace Agde.

Une trêve intervient, la Paix d'Amboise (1562), suivie malheureusement, quatre ans après, de nouvelles luttes.

Et voilà que Jacques de Crussol, devenu l'homme de confiance de Catherine de Médicis, change de camp : bien que protestant. il prend la tête des catholiques et a comme adversaire le catholique Montmorency placé lui-même à la tête des protestants.

Nous sommes maintenant en l'an 1587, au cours de la guerre dite des trois Henri.

De Montmorency part de Montpellier et se dirige vers Castres pnur porter secours à la cité de Brugairolles assiégée par Antoine de Joyeuse, grand prieur de Toulouse et le jeune Mirepoix, lorsque de Joyeuse profitant de ce déplacement de troupes redescend dans le Bas-Languedoc et s'empare, le 30 octobre 1587, de Bessan qui avait pris parti pour Montmorency.

Ce fut la seconde - et la dernière fois - où Bessan eût à souffrir directement des horreurs de la guerre.

Bientôt après, Henri IV succède à Henri IIl, c’est l'édit de Nantes, et la paix pour la France.

Désormais Bessan vit sans alarmes, et comme les peuples heureux, il n'a pas d'histoire, ou du moins, aucun événernent de guerrc ne se déroule plus sous ses murs.

Nous pouvons désormais concentrer toute notre attention sur le développement de ses institutions municipales, et étudier, de près, ce que furent ses maisons et ses habitants.

II est assez aisé de nous rendre compte aujourd'hui de l'état matériel de Bessan pendant les deux ou trois siècles qui ont précédé la Révolution.

En maints endroits s'élèvent encore d'antiques murailles, vestiges des remparts de l'époque, qui nous permettent, avec l'aide des délibérations municipales, de reconstituer l'enceinte de l'ancien Bessan.

Cette enceinte partait de la Porte Saint-Pierre, suivait la rue que l'on appelle de nos jours la " Muraille ", côtoyait l'hospice actuel, touchait à l'extrémité de la rue de l'Hôpital qui débouche sur la Fontaine. remontait de là vers l'Hôtel-de-Ville, puis descendait dans le quartier des " Cours " pour, de là, rejoindre presque en ligne droite, le fond de l'église et la Porte Saint-Nierre.

Le terrritoire qu'elle enchâssait égale à peine la moitié des habitations élevées d " nos jours.

ll semble bien que jusqu'à la moitié du XVIIIème siècle aucune habitation n'ait été construite en dehors de cette ligne.

Certains prétendent que Bessan s'est trouvé, à une époque, encore plus réduit et qu'il ne s'est étendu jusqu'à l'enceinte décrite ci-dessus que lorsque les habitants du hameau de Caillan et du village de Touroulle, obligés par la guerre de quitter leurs demeures, vinrent vivre à Bessan.

D'après lesévénements que nous avons exposés, il faudrait situer cet agrandissement de Bessan, soit en 1382, après la répression du duc de Berry, soit, en 1580, à l'époque des guerres de religion.

Nous devons ajouter que les délibérations municipales de 1640 à 1789 font mention à maintes reprises, de l'insuffisance des maisons d'habitation.

Bessan était entouré de remparts et de fossés : l'emplacement de ces fossés est nettement marqué aujourd'hui, par la rue des Caves, pour la partie qui s'étend de la Porte Saint-Pierre à la Fontaine, et, par le ruisseau sur lequel sont bâtis les égouts, pour la partie qui borde le quartier " des Cours ".

Les murs de la ville étaient percés à l'origine de 4 por tes :

La porte Saint-Pierre qui faisait face à l'ancien chemin d’Agde à Pézenas et était reliée par un pont aux habitations du faubourg Saint-Pierre ;

la porte de l'Hôpital qui fait face de nos jours à la rue Lafayette ;

La porte de la Place, située près de l'Hôtel de Ville ;

La porte de Douilles qui donne sur le grand chemin de ronde reliant la route de Marseillan à Béziers à la route d'Agde.

Les murailles qui encadraient la porte de la Place furent démolies en 1750.

Les remparts comportaient, en outre, plusieurs tours de défense, une, tout près du presbytère actuel, qui , menaçant ruine, fut détruite et convertie en passage ; on la désigne sous le nom de " La Brèche " ; et une seconde, vis-à-vis de la Fontaine qui, sur le point de s'écrouler, elle aussi, fut rasée en 1765, et sur l'emplacement de laquelle fut établie la " Porte neuve " : c'est le porche qui est à l'entrée de la rue menant de la Fontaine à l'Hôtel de Ville.

En 1766, la municipalité vendit aux habitants les terrains qui s’appuyaient au mur de la ville allant de la Porte de la Place à la Porte neuve, afin d'ériger des maisons et des écuries, et se ménagea l'espace nécessaire pour relier le quartier aux chemins royaux de Béziers à Pézenas ; c'est l'origine de la Grand'Rue.

Un peu plus tard, exactement le 1er septembre 1793, la communauté aliène, pour bâtir des maisons, le terrain des caves et la muraille du " Tuadon ". C'était sans doute sur ce terrain que se trouvait la boucherie municipale.

Enfn, en 1805, la municipalité vendit, par lots, pour construire des maisons, les fossés de la Fontaine, au lieu dit " La Muraille ", et les fossés de la rue de Douille.

Cette vente, tout en augmentant les ressources de la communauté, répondait à un besoin d'hygiène et de salubrité, car les fossés étaient devenus des dépôts d'immondices.

Vers la même époque, la municipalité vendit également les promenades des Soleillers afin de se procurer les fonds nécessaires à la construction d'un égout.

Ces fonds étant devenus insuffisants, il fut créé un octroi municipal mis en ferme à un habitantEn deçà des terrains qui étaient devenus la Grand'Rue, se trouvait un terrain vague que la municipalité voulut utiliser en 1789 pour construire une glacière : elle emprunta à cet effet 1346 livres 5 sols à Jullian, marguillier de la fabrique de Bessan; mais cette glacière ne put jamais bien fonctionner et elle fut finalement abandonnée.

Nous devons mentionner également le jeu de ballon qui se trouvait placé depuis 1650, sur l'emplacement de 1a promenade actuelle, appuyé aux murs de la ville et qui était fréquenté par de nombreux joueurs de Bessan et des villes environnantes.

L'église Saint-Pierre de Bessan est vieille de 900 ans au moins, mais elle a subi de fréquentes et nombreuses variations, comme on peut le voir, de premier abord, en examinant sa structure.

Elle est mi-gothique et mi-romane et se singularise par un manque de symétrie entre le côté droit et le côté gauche.

L'abside est nettement romane : c'est la partie la plus ancienne qui doit remonter au XIème siècle, si l'on s'en rapporte à la superposition des pierres du mur, et à la forme des croisées. Vue du jardin du presbytère, elle présente un beau spécimen de l'art roman. avec ses trois ouvertures à plein cintre; malheureusement, deux ouvertures ont été masquées au cours des âges; par l'apposition des statues de Saint-Pierre et de Saint-Laurent. La troisième n'a été ajourée qu'en 1900, à la suite de l'enlèvement des orgues.

La nef est gothique, et doit dater par conséquent du XIIIème au XIVème siècle. Le passage du roman au gothique est marqué, d'une façon curieuse, par les fenêtres des deux bas-côtés du chœur, qui ont le plein cintre, vues de la rue, et l'ogive, vues du sanctuaire, et par la voûte qui sépare le chœur de la nef.

Si l'on se place successivement sur la place de l'église, dans la-rue qui descend à la Croix de la Mission et sous le clocher, l'on peut aisément distinguer les accroissements successifsde l'édifice: une tour au centre, surmontée d'un clocher plus récent, et complétée de constructions ayant formé les 7 chapelles des deux bas-côtés de la nef.

Au cours du récit des événements politiques intéressant Bessan, nous avons eu à parler du château de Bessan. Il en est fait mention pour la dernière fois en 1341.

Où se trouvait ce château?

Il existe bien un ténement à proximité, du village dénommé " Lou Castel " , mais l'on ne trouve là aucun vestige de construction. Une donation, datée de 1496, se rapporte à une maison située au lieu dit " Lou Castel " et possédée par des Agathois, mais à quoi correspondait cette désignation ?

II était dans les coutumes du. moyen âge que les villageois réunissent leurs maisons autour de la demeure du seigneur; cette considération rendrait assez plausible l'opinion de ceux qui prétendent que la tour de l'église de Bessan est l'ancienne tour du château et que l'église s'est agrandie aux dépens de la maison seigneuriale, le seigneur habitant de préférence le domaine de Touroulle.

Et, en effet, l'abside est bien petite pour l'ensemble de l'édifice. En rapprochant les dates, on peut donc admettre que le château fut détruit au XIVème· siècle-peut·être lors du sac de Bessan par le duc de Berry - qu'il ne resta debout que l'église primitive, c'est-à-dire. l'abside d'aujourd'hui et la tour du château, et que les habitants profitèrent de cette situation pour agrandir leur église.

Au début du XVIIIème siècle, 3 cimetières s'adossaient à l'église : le cimetière des pauvres, le cimetière clos et le cimetière Saint Jacques. Cet emplacement de cimetière était assez normal au moyen âge, et même de nos jours, it en est ainsi dans un certain nombre dc villages du Nord et de l'Est de la France.

Deux cimetières furent dans la suite supprimés " en raison du tort qu'ils faisaient aux murs de l'église et du mauvais air qu'on y respirait ".

Ce n'est que dans le courant du mois de janvier 1775 que la municipalité se décida à supprimer le troisième cimetière qui, évidemment présentait les mêmes inconvénients. II était en effet placé entre l'église et le presbytère actuel.

La municipalité projeta d'établir le cimetière derrière le mur de la ville entre l'hôpital et la Fontaine, c'est-à-dire en bordure du fossé " des Caves ".

Mais les-Bessanais, dont la demeure était â proximité de ce terrain firent la plus vive opposition au projet: les travaux étaient déjà commencés, lorsque, dans la nuit les fossés furent comblés. les murs des fondations détruits, et une pancarte laissée en évidence au milieu du terrain, avertissait la municipalité que cette opposition continuerait jusqu'à ce que l'on décidât de placer ailleurs le nouveau cimetière : c'est ce que fit la municipalité, pleine de sagesse ; son choix se porta sur un champ situé au ténement des Tuileries tout près du lieu de la " Mounédiero "; c'est le cimetière actuel.

Dès la construction du nouveau cimetière l'on cessa de faire des inhumations dans l'église ce qui, dès le XIème siècle,avait été très en usage pour certaines familles.

Parmi les monuments publics que contenait l'enceinte de Bessan, nous devons faire mention de l'Hôtel-de-Vllle.

Une inscription placée sur la clef de voûte de la fenêtre centrale de la mairie actuelle nous indique que ce bâtiment a été construit en 1777.

Dès 1775 les consuls de Bessan se préoccupèrent de réédifier la maison consulaire qui menaçait ruine.

La maison consulaire avait dû être installée au moyen âge dans une des tours qui défendaient la porte de la place.

Si l'on se réfère au tracé des remparts de la localité, il est facile de constater que l'immeuble n’était pas bien large et ne pouvait suffire à loger à la fois les institutions municipales, le tribunal de justice et les écoles.

Aussi, l'on saisit l'occasion de la vente des biens communaux faite vers la fln du XVIIIème siècle, pour reconstruire un bâtiment convenable, en ajoutant à la partie ancienne sise en dedans du rempart; une partie nouvelle placée en deçà des fortifications. La construction coûta 7.600 livres.

Dans Bessan se trouvait également, avant la révolution, une maison servant de casernes et pouvant loger la moitié d'une compagnie et 10 chevaux. Cette maison avait été louée par la municipalité à dame Gabrielle de Gaillac, veuve de Charles Pradines, seigneur de Popian.

D'après le registre des délibérations municipales de 1780 à 1789 ces casernes restèrent assez longtemps sans troupes.

Nous devons mentionner également l'ancien presbytère situé près de la Porte Saint-Pierre, en bordure du mur de la ville. Une délibération municipale du 17 juillet 1789 nous indique que le mur de la ville longeait Ie jardin du presbytère; le curé obtint de la municipalité de réparer à ses frais Ie mur qui menaçait ruine sous réserve de l'aligner jusqu'au coin du presbytère restauré.

De nos jours nous voyons encore des immeubles très anciens qui, en raison de la solidité de leurs constructions et de leur étendue relative, dénotent des maisons importantes du moyen âge.

L'un est situé dans une impasse dénomrnée " le trou clc l'Abeille " du nom de son ancien propriétaire, le sieur Abeille, négociant en draps à Béziers en 1760. La tradition voudrait que ce fut là le siège de la cour royale de justice, ce qui aurait eu pour conséquence de donner le nom de " Las Cours " au quartier qui l'environne.

A proximité du " trou de l'Abeille " l'on rencontre l'impasse des Mijoulanes, du nom d'une famille qui a donné plusieurs consuls à Bessan. C'est un cul-de-sac. également adossé aux remparts et sur lequel donne une maison aux larges escaliers qui fut, dit-on, une demeure seigneuriale.

Une autre demeure seigneuriale se trouvait la rue de l'hôpital faceà la petite rue " du Caza ". D'après la tradition, cette demeure était habitée par le seigneur Pons en 1382 lors du sac de Bessan. Aujourd'hui elle est divisée en plusieurs- petites maisons que domine un pigeonnier élevé.

Le Cazal, le trou de l'Abeille et l'impasse des Mijoulanes constituent vraiment l'ancien Bessan. II n'y a pas bien longtemps, au croisement des ruelles reliant ces emplacements, se trouvaient de très anciennes maisons, parmi lesquelles une maison appartenant à l'ordre des Templiers. Ces habitations ont été détruites lors de la construction de la place du Peyrou.

Pour donner une idée complète de la topographie de Bessan à la veille de la Révolution, nous ajoutons qu'en 1771 il y avait dans la localité trois places publiques : la place ou plan de l'église, la place de la Fontaine, de construction assez récente, et la place de l'Hôtel deVille ou du Champ-de-Bataille ou du Jeu-de-Ballon.

Nous pouvons maintenir reprendre l'étude des institutions féodales et municipales que nous avons laissée, au chapitre précédent, au début du XVIème siècle.

La seigneurie de Bessan faisait partie de la baronnie de Florensac (Bessan, Florensac, Vias, Pomérols et dépendances) et appartenait à un Crussol d'Uzès. Le dernier seigneur fut François-Emmanuel Bastet Crussol, duc d'Uzès.

Les consuls et les habitants de Bessan étaient tenus de prêter serment au duc d'Uzès, suivant une tradition très ancienne.

II était assez rare que le duc d'Uzès vienne à Bessan ou Touroulle : il se rendait de préférence à Florensac, siège de la baronnie, et c'est là que le serment lui était prêté par acte passé devant notaire.

Les consuls et autres notables, députés par la commune, juraient fidélité, promettaient d'être de " bons et loyals hommes " envers le seigneur, le reconnaissaient comme seigneur haut justicier de Bessan et le suppliaient d'accorder à la Communauté de continuer à jouir des privilèges dont ils étaient accoutumés à jouir " le tout, conformément à ladite prestation de serment du 4 mai 1346 effectuée envers Jean de Vendôme, un des ancêtres du duc d'Uzès et ancien seigneur de Bessan.

Représenté dans la baronnie par un viguier, le duc d'Uzès percevait à Bessan une quête annuelle (Cette quéte était servie au seigneur depuis fort longtemps. Suivant une délibération de la Communauté de l'année 1787, elle devait corrcspondre à certaines concessions faites par le Seigneur aux habitants, en particulier la jouissance du four.) de 63 livres, I5 sols, les censives, c'est-à-dire les druits de mutation sur les immeubles, diverses redevances en blé, froment, orge et argent d'une valeur de 225 setiers et demi par an, mesure de Béziers.

Le 2 novembre 1765 la Communauté lui proposa de remplacer tous ces droits par une rente annuelle de 2.425 livres, dont la moitié, payable à la Noël et l'autre moitié à Saint Jean. Nous n'avons pas trouvé trace que cette offre ait été·acceptée.

De plus, le seigneur recevait les revenus du greffe civil et criminel et les amendes au-dessus de 5 livres.

ll avait, par ailleurs, un certain nombre de fiefs nobles c'est-à-dire exempts d'impôts, sur le territoire de la Communauté, et en particulier le château et le domaine de Touroulle.

Le dernier fermier de ce domaine fut André Nicolas Canet qui à la date du 24 prairial an II (14 juin 1794) résidait en cette qualité à Touroulle depuis neuf ans sans interruption.

Les relations entre la Communauté (Commune de Bessan : Armoiries: Porte de gueule à un lion d'or tenant une fleur de lys de même et un chef d'argent chargé de trois fleurs de lys de sable. D'Hozier, t. XIV et XV, 1697 à 1704.) et le seigneur étaient des plus cordiales.

C'est ainsi que le 14 aoû 1763, le duc d'Uzès venant pour la première fois dans ses terres de la Baronnie, les consuls empruntèrent pour le fêter 100 livres " afin, disent-ils, dans leur délibération. de lui mieux faire connaïtre l'affection et l'amour dont nous sommes pénétrés pour lui ", et envoyèrent à Florensac, pour lui souhaiter la bienvenue, le maire, les consuls et les notables de Bessan, MM. de Bérard de Vestric Montalet, le chevalier de Vestric, Guinard de Cabreyrolles, le chevalier d'Alphonse et Sarret de Coussergues.

La mnunicipalité se composait, comme aux siècles précédents, de 3 consuls élus par la Communauté le jour de Pâques.

Chaque consul sortant présentait à l'élection deux candidats de son choix. Suivant les dispositions d’un édit du Roi, de mai 1766, ce choix devait porter, pour le premier consul, sur les habitants de première classe, taxés pour 30 livres au compoix, pour le deuxième consul, sur les habitants de deuxième classe taxés pour I5 livres et pour le troisième consul sur tes habitants de troisième classe taxés pour 10 livres.

Dès leur élection, les nouveaux consuls prêtaient serment, la main sur les évangiles, de "  bien et dûment s’acquitter de leurs fonctions " ; à l’origine ce serment était prêté entre les mains du juge du seigneur (transaction du 12 avril 1464), dans la suite, par devant le viguier de la Baronnie.

Ils recevaient alors les insignes consulaires - un chapperon, une robe et un rabat d'une valeur de 60 livres - les clefs de la villc, sous réserve de les laisser à la disposition du duc d'Uzès et de ses oficiers, et, accompagnés des anciens consuls, ils se retiraient â l'église paroissiale, où ils entraient dans le bnac consulaire, et adoraient le Saint-Sacrement.

Le lendemain à la maison consulaire, ils élisaient les douze membres du conseil politique, le premier consul en choisissant 6, le deuxième 4, et le troisième 2.

Au milieu du XVIIIème siècle, un changement assez important fut apporté dans le mode d'élection des consuls.

I.es réunions de la Communauté, auxquelles assistaient de droit les chefs de famille, étaient devenues par trop bruyantes, aussi le conseil politique demanda-t-il à l'intendant de la province que, par analogie du reste, avec ce qui se faisait chez les Communautés environnantes, les consuls soient choisis par le conseil politique renforcé du double, c'est-à-dire par vingt-quatre membres.

Satisfaction lui fut accordée en 1766, et il y eut à côté des conseillers politiques, douze conseillers du conseil renforcé pris parmi les plus notables et les plus forts contribuables.

L’expérience démontra que cette réunion de vingt-quatre membres présentait encore des inconvénients, et il fut décidé qu'il n'y aurait plus que 6 conseillers politiques et 6 conseillers renforcés, renouvelables par moitié après deux ans d'exercice, et élus sur la présentation des consuls le Samedi-Saint, les premiers, parmi les habitants des trois classes, les autres. parmi les habitants de la première classe.

A côté des consuls placés à la tête de la municipalité, nous trouvons, par intermittence au cours du XVIIIème siècle un magistrat portant tantôt le titre de maire perpétuel, tantôt celui de maire ancien, tantôt celui de maire mitriennal alternatif ; il y a eu même des lieutenants de maire.

De 1694 à 1700, c’est Jean Gay (son blason portait de gueule à la face d’argent chargée de trois geais se sable) qui est conseiller du Roy et maire perpétuel de Bessan.

Par lettres de provision datées du 20 décembre 1737, le Roi confie à Antoine Delmas l'offïce de maire ancien mitriennal de Bessan. Antoine Delmas est remplacé à sa mort, en 1740, par Antoine Martin.

En 1747, Mathieu Jullian est également nommé, par le roi, maire alternatif mitriennal de Bessan aux gages de 50 livres par an à payer par la Communauté.

Mactin et Jullian, tous les deux maires alternatifs, président une année chacun, de 1748 à 1756, les séances du conseil politique.

En 1772 un édit du roi, nomme maire perpétuel à Bessan, Antoine ]ullian, un édit suivant nomme Balsan lieutenant de maire.

Ces titres, essentiellement honorifiques, étaient accordés directement par le roi moyennant le paiement d'une certaine redevance : tantôt perpétuels, tantôt temporaires (mitriennal, pour la moitié de 3 ans), ils permettaient à leur détenteur de présider les séances du conseil, les exemptaient de certaines charges gênantes, en particulier, celle de loger des soldats.

Mais les communautés très jalouses de leur indépendance s'efforçaient d'obtenir la suppression de ces fonctionnaires royaux, et la plupart du temps, elles rachetaient leurs charges au roi tout heureux de faire argent de tout.

Il en fut ainsi pour Bessan puisque successivement de 1775 à 1789, le premier consul porte le titre de consul-mai re.

Le premier consul-maire est alors élu pour quatre ans, et les deuxième et troisième consuls, pour deux ans.

Le conseil de la communauté, composé du maire- lorsqu'il y en avait un - des consuls et des conseillers politiques, se réunissait périodiquemcnt à peu près tous les quinze jours, pour s'occuper dcs affaires municipales.

Les procès-verbaux de ces réunions font régulièrement mention, à partir du XVIIIème siècle, d'un nouveau dignitaire. Le syndic des habitants forains, toujours convoqué mais toujours absent. La création de cette charge avait été décidée par le roi en vue de tenir compte des intérêts particuliers des propriétaires résidant en dehors du village, dans les nombreux domaines situés sur le territoire de Bessan.1482, mais leur nombre est considérablement augmenté

Le valet des consuls ou précon qui recevait un traitement annuel de 36 livres; et à qui les consuls achetaient, chaque année, un chapeau, des bas et des souliers.

Le greffier consulaire qui, moyennant un traitement de 60 livres, assurait son service ordinaire de secrétaire du Conseil municipal, et en outre, établissait le rôle de la taille, fournissait le papier,1e timbre du rôle et des registres des déclarations et autres actes de la communauté :

3 escapouliers.

3 pignoreurs, chargés de saisir les bestiaux en voie de contravention.

1 marguillier.

1 notaire.

1 procureur des pauvres pour l’œuvre de la charité.

1 procureur des pauvres à l’hôpital.

2 estimateurs compéziateurs.

3 policiens.

3 auditeurs de compte.

Tous ces employés étaient élus par le conseil politique et changés à chaque renouvellement des consuls.

Au début du XVIIIème siècle,1a Communauté payait 60 livres à un médecin de Florensac pour assurer le service médical.

La municipalité élisait également le régent et la régente des écoles : elle se mettait au préalable d’accord avec le curé de la paroisse et demandait ensuite l'approbation de l'évêque d'Agde.

Le régent, comme la régente, percevaient chacun, 165 livres pour leurs gages, et le loyer de la maison servant d'école.

Bessan était depuis déjà longtemps le siège d'une justice royale. A côté du juge, l'on trouve successivement en 1757, un magistrat portant le titre de procureur juridictionnel de la justice de Bessan avec un substitut du procureur, puis en 1766, un procureur du roy es·hôtel-de-ville et police de la communauté, enfin, un procureur fiscal qui a le droit d'assister aux séances du conseil politique. En 1771, Martin fut élu procureur du roi pour une période de six années.

La justice était rendue dans une salle de l'hôtel de ville.

Lorsqu'en novembre 1790, l'Assemblée Constituante procéda à la réorganisation de la justice en France, Bessan se vit refuser le droit d'être siège de justice sous le prétexte qu'il n'avait qu'une population de 1848 habi·tants, alors qu'un minimum de 2000 habitants était nécessaire.

Mais la municipalité fit ressortir que Bessan avait bel et bien 2300 habitants, et la justice lui fut rendue jusqu'à la loi du 8 pluviose an X qui établit une justice de paix pour chaque chef-lieu de canton seulement.

Le dernier juge de Bessan fut Alexandre Aubin qui cessa définitivement ses fonctions le 3 décembre 1801.

Les archives de la justice de paix de Bessan furent versées à la justice de paix d'Agde.

En tant que paroisse, Bessan dépendait du diocèse d'Agde,1'un des plus petits de France, puisqu'il n'englobait que 22 municipalités, 25 paroisses, peuplées de 32000 habitants : savoir :

Agde (3 paroisses), Aumes, Bessan, Bouzigues, Castelnau, Cette (2 paroisses), Conas, Coussergues, Florensac, Loupian, Marseillan, Mèze, Montagnac, Nézig;nan, Pézenas Pinet, Pomérols, Saint-Martin-de-Craux, Saint-Pons-de-Mauchiens, Saint-Thibery, Vias, Villeveyrac.

L'évêque d'Agde était comte d'Agde, vicomte de Brescou, seigneur en toute justice de Marseillan et de Nézignan, baron de Mèze, seigneur haut-justicier de Bouzigues et d'Aumes.

Il possédait à Bessan de nombreuses propriétés affermées, et en particulier Caillan (" Manoir ou grange de Caillan dc contenance environ 320 sétérées dans lequel se trouve un jardin, confrontant le tout, de midi les terroirs de Florenssc et Bessan, du levant, du couchant, et du nord la rivière d’Hérault "), et le champ de la Sauzède (Champ noble, jadis pré et bois, tout joignant et confrontant " au levant : la Rivière, au couchant, le sieur Pierre Cavalier, au midi, le sieur Turgon, au nord, ladite rivière, 20 séterées, affermé à Roch et Fabre. Revenu 882 livres, 15 sols ").

Quant au chapitre cathédral, il possédait dans la même communauté, de nombreux biens. en particulier la dîme du fourrage; vin, blé, menus grains pour les terrains faisant partie de la grande dîme de Sainte-Croix et de Saint-Michel. Cette dîme s'étendait sur les territoires de Bessan, Agde, Marseillan, Plorensac et Pomérols, et donnait un revenu annuel de 14800 livres.

Les chanoines d'Agde percevaient aussi la dîme sur tous les fruits de Coussergues : jointe à la dîme sur les fruits de Vias et Podio, cette dîme donnait un revenu annuel de 1500 livres.

En retour le chapitre assurait le service divin de la paroisse de Coussergues en allouant au curé une congrue de ,730 livres.

En dehors de la dîme de Sainte-Croix et de Saint Michel, Bessan fournissait :

La dîme de la Méjeanne, fermier, en 1789, Gleyzes.

La dîme de Saint-Laurent, fermier, en 1789, Brun.

La dîme de Saint-Sylvestre, fermier, en 1789, Vidal.

Et la grande dîme: fermier, en 1789, Daurel, dont les revenus allaient pour les trois quarts à l'abbé de Saint-Thibery et pour l'autre quart, au curé de Bessan.

Le service paroissial de Bessan était confié à un curé et à un vicaire, qui recevaient, en dehors du produit de la grande dîme, une subvention annuellc de l'évêque d'Agde, pour assurer le service de Caillan : 100 livres pour le service divin, 30 livres pour l'administration des sacrements et 60 livres pour l'entretien de l'église et des ornements.

Le Conseil municipal, suivant une entente intervenue avec l'abbé de Saint-Thibery, en 1656, donnait chaque année, une somme de 100 livres pour le prédicateur (Cette allocation de 100 livres, ainsi que la fourniture d’une mesure d’huile à l’abbé de Saint-Thibéry, avaient remplacé la dîme de l’huile perçue par cet abbé en qualité de prieur preimitif de Bessan).

ll souscrivait en outre pour 12 livres pour une procession générale que les Bessanais faisaient à N.-D.-du-Grau d'après un voeu formulé en 1763.

La Communauté avait la propriété de la chapelle de Saint-Roch et des Fonts Baptismaux, et lesconsuls étaient collateurs de la chapelle Saint-Antoine. En 1765 cette chapelle fut dévolue par les consuls à l'abbé Louis D'Alphonse.

Les autres chapelles de l'église avaient aussi leurs propriétaires respectifs qui disposaient des nombreuses donations de vignes, champs et rentes, faites en l'honneur du saint de chaque chapelle.

Saint-Thibery arait un couvent de bénédictins, Agde, une douzaine de capucins à Notre-Dame-du-Grau, 3 ou 4 cordeliers,8 religieuscs de Sainte·Marie, des sœurs noires, des soeurs de Saint·Vincent de Paul, Plorensac, quelques cordeliers de l'Observance, Marseillan, 3 ou 4 récollets, mais Bessan n'avait pas de couvent.

Il avait, par contre, une confrérie de pénitents gris qui possédait une église particulière sise sur l'emplacement du presbytère actuel - en 1791, le prieur était Jean Redon, le sous-prieur Junior Taury - et une confrérie de pélerins ayant son siège dans l'église paroissiale.

Un détail intéressant à noter : Bessan avait en 1792, 18 chevaux de trait, 35 chevaux de selle, et 178 mules.

Parmi les institutions d'intérêt public de l'époque, nous signalerons la boucherie municipale, donnée par adjudication à un fermier et les fours bariés, dont une partie appartenait aux Cordeliers d'Agde et l'autre partie, à la commune qui en avait fait cession à un termier.

Ce dernier percevait, comme redevance sur les habitants, 1 pain sur 60 présentés à la cuisson.

Mais, comme les abus sont de tout âge, il se trouva que les employés du fermier, les fourgonniers, exigeaient à leur tour, une redevance semblable, que les femmes des fourgonniers voulaient couper les pains à cuire et recevoir aussi une nouvelle redevance, enfin, que les femmes qui avertissaient de l'heure de la cuisson réclamaient un pourboire.

Cela fit crier, et la municipalité y mit ordre.

L'ancien Bessan vivait, comme de nos jours, de la vigne, mais aussi et sur une plus vaste échelle, des céréales (blé, luzerne), des oliviers, et des troupeaux.

Les consuls, chaque année, fxaient les dates d'ouverture et de clôture de vendange. Quant au pacage, il était soumis à des règles étroites, en vue d'empêcher les empiètements sur les biens du voisin.

Lorsqu'un troupeau était surpris en flagrant délit de pacage illicite, les gardes saisissaient 2 ou 3 moutons en présence de pignorateurs jurés, avertissaient le procureur juridictionnel de la localité qui envoyait les parties devant le conseil politique afin d'entendre les témoins, déclarer la capture bien faite et condamner le berger à l'amende (ordinairement 10 livres).

Le produit de l'amende était donné, pour un quart aux pauvres de l’hôpital, pour un second quart, aux pauvres de la charité, et pour la moitié, aux pignorateurs.

Si l'amende n'était pas payée, les moutons saisis étaient vendus aux enchères sur la place publique.

Bessan était doté d'un port fluvial, situé sur la rive droite de l'Hérault au croisement actuel des routes de Vias à Florensac et de Pézenas à Agde.

Son activité était assez grande car il était un point de chargement des vin, eau-de·vie, blé et luzerne de la région.

A plusieurs reprises, les Etats du Languedoc votèrent des subsides pour son entretien et son développement.

A cause de ce port fluvial, les destinées de Bessan faillirent changer un jour.

C'était au mois d'octobre 1632; Richelieu était venu à Agde afln d'étudier la possibilité de créer un port militaire et commercial qui, dans la partie occidentale de la côte méditerranéenne, fût capable de remplacer Narbonne. désormais trop éloignée de la mer, et servir de pendant aux ports de Toulon et de Marseille.

Son projet comportait la construction d'une digue réunissant Brescou à Agde et le creusement de l'Hérault jusqu'à Bessan qui serait devenu un arrière-port important.

La chose paraissait facilement réalisable puisque l'Hérault Etait navigable d'Agde à Bessan.

L'on peut s'imaginer le développement qu'aurait pris cette dernière localité si les gros navires avaient pu ainsi remonter 8 kilomètres à l'intérieur d'une région si riche en produits d'exportation.

Mais, hélas, la digue de Brescou à Agde fut à peine commencée, et aucun travail préparatoire ne fut effectué au devant de Bessan... Richelieu mourut, les efforts des ingénieurs se concentrèrent sur Cette, et Bessan resta le pays agricole qu'il est aujourd'hui.

Avec l'apparition des chemins de fer, le port bessanais perdit petit à petit de son importance, si bien qu'actuellelnent c'est à peine si quelques chalands viennent charger au port, et à des intervalles de plus en plus espacés, les fûts de vin achetés dans la région.

Puisque nous avons quitté l'enceinte de Bessan nous pouvons terminer ce chapitre en jetant un coup d'oeil sur les domaines qui l'entourent.

Nous avons déjà parlé de Touroulle, qui ne conservait plus, à la veille de la Révolution, qu'un château, demeure passagère du seigneur, et quelques dépendances, maison du fermier, avec des champs, des vignes, des olivettes et des bois.

Nous avons vu le château et le domaine de Caillan appartenant à l'évêque d'Ande. Il était encore en sa possession à la veille de la Révolution.

Coussergues, baronnie de la famille de Sarret était commune et paroisse : le changement de Régime lui a fait perdre son autonomie municipale, mais il conserve son autonomie religieuse, quoique son église, placée sous le vocable de Saint-Martin, soit desservie par le clergé de Bessan.

Castelsec ou Montraisin était une métairie qui, chose singulière - possédait une justice de paix. Le greffier du juge était, en 1789, le greff'ier de la maison consulaire de Bessan.

La Guinarde du nom de son propriétaire M. de Guinard, possédait une chapelle romane dédiée à Saint Claude et qui dépendait de l'abbé de Saint-Thibery. Un chapelain y était entretenu. ,

Le domaine de Naffrie, dont lechapitre cathédral d’Agde retirait 98 livres pour droits féodaux, avait un ermitage.

Le 5 novembre 1790, le frère Augustin y décéda après y avoir séjourné pendant environ trente ans et y avoir mené une vie austère. Sur l'invitation de la municipalité, Ie curé de Bessan alla procéder à son inhumation.

Voici du reste, en dehors de ces derniers domaines, une liste des biens privilégiés, soit nobles, soit ecclésiastiqes, soit communaux, que Bessan possédait en novembre 1789 :

Les Méjeries de Vias, enclavées dans le territoire de Touroulle et appartenant au duc d'Uzès;

La Valmalle et ses dépendances ;

Le Pesquier (pour une partie) ;

Moure de Bouc ;

Mermian (pour une partie) ;

Les Monts Ramus et dépendances ;

Le Moulin, avec ses dépendances, soit : un champ appelé bois du Moulin, une îIe et un îlot au-dessus du moulin (Le moulin de Bessan a été construit en 1271 par les soins de Pierre Béranger, évêque d'Agde)

Un bac (En 1650, la communauté avait cédé la gérance du bac au seigneur qui devait en assurer l'exploitation sous réserve de percevoir pour chaque Bessanais 0 fr. 25 par voiture chargée de fruits.

Par tontre les étrangers payaicnt :

0 fr. 05 par personne et par voyagc.

0 fr. 10 pour chaque passage à chcval.

0 fr. 25 par charrette et par collier.

0 fr. 05 par tête de boeuf ou de veau.

1 fr. 25 pour 100 bêtes à laine.

0 fr. 02: par cochon.

En 1791, cette gérance fut continuée, dans le: mêmes conditions, par Aubin, avec l'autorisation de la Commune.) à traille établi sur l'Hérault dans la direction du chemin de Bessan à Florensac ;

Les terres nobles comprises depuis la carrière Vacaresse ;

Le bois grand ou bois des Maréchaux :

Les fiefs, censives, lods et autres charges réelles appartenant, soit au duc d'Uzès, soit à :VI. D'Alphonse, soit à l'hôpital ;

Les rentes foncières ecclésiastiques ;

Les fours publics;

Les emplacements baillés par la communauté à des particuliers ;

Le courtage ;

La rente foncière dite des Mascraux.

CHAPlTRE V

PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE

Abolition des privilègcs féodaux. - Nouvclle organisation administrative : Bessan dcmande à être chef-licu de canton. Nouvelle organisation municipale ; formation de la garde nationale. - Le premier 14 juillet : le serment civique, la société des "amis de la Constitution et de l’Egalité ". Poncet, curé constitutionncl. La journée du 29 mai 1791; le départ du curé Mazuc. Les volontaires pour l’armée.- Municipalité Aubin : dénonciations, déportation de l’abbé Clapiés : municipalité Caron : troubles causés par les canonniers; nouvellcs levées, la levée en masse : mission du député Boissel. - Municipalité Balsan : le club des Sans-Culottes; adresses à la Convention à l'occasion dc l'assassinat de Marat contre Robespicrre et Collot d'Herbois; démolition du château de Touroulle Le culte de la Raison ct le temple de l'Etre suprême; fêtes révolutionnaires ; réquisitions, emprisonnemcnts. - Le 9 thermidor: mission de Girot-Pouzot; détentc. - Nouvelles convulsions. - Le Consulat.

 

Lorsque Ic 5 mai 1789, les Etats généraux se réunirent à Versailles en vue d'examiner les réformes que comportait la situation de la France, Bessan avait à la tête de sa municipalité, Mathieu Jullian comme maire et premier consul, Jean-Pierre Aldias et Bernard Alauzet comme deuxième et troisième consuls.

L'excitation qui dès les premiers jours s'était emparée de l'esprit public, dans tout le royaume, en prévision des graves événements qui allaient s'accomplir, avait déjà sa répercussion dans notre région. Malheureusement, comme d'habitude, des malfaiteurs avaient profité de cette période de trouble pour dévaster le pays.et il n'étalt pas de jour que l'on n’aperçût en maints endroits les fruits naissants des vignes méchamment saccagés.

Aussi le comte de Périgord, commandant en chef le Languedoc, autorisa-t-il, 1e 17 mai, 1es communautés à organiser des milices bourgcoises.

Le maire et les consuls de Bessan, se considérant comme chefs-nés de la milice, dressèrent un état de la milice locale laquelle devait comprendre quatre compagnies à 50 hommes chacune avec un commandant et un certain nombre d'officiers.

Ils demandèrent, en outre, au comte de Périgord l'autorisation d'acheter des fusils dans quelque arsenal, et, sollicitèrent les pouvoirs nécessaires pour prononcer contre les délinquants des peines pécuniaires et de la prison.

Enfin, comme cette période de trouble faisait obstacle à la marche normale du commerce, 1a municipalité craignant pour le ravitaillement de la commune demanda à !'intendant de créer un grenier d'abondance pour le cas de disette.

Cependant les évènements se précipitent à Paris : le 20 juin, c'est le serment du Jeu de Paume, 1e 14 juillet, la prise de la Bastille; le 4 août, l'abolition des privilèges féodaux.

Pour l'exécution de cette dernière mesure, la municipalité de Bessan désigna trois experts qui devaient déterminer les biens précédemment privilégiés et dorénavant privés de franchise d'impôt·

Les trois experts nommés furent : Alicotin, bourgeois de Vias, Marès, géomètre-arpenteur, habitant Bessan et Valette.

Mais quoique simple formalité, cette première opération n'alla pas sans difficulté.

Un jour, ce fut Belpel qui protesta et obtint l'annulation des experts : on nomma alors Gleyzes, ancien notaire, et Marès.

Un autre jour, il fallut envoyer à Agde des experts pour faire valoir les droits de Bessan sur le domaine de Caillan. La municipalité d'Agde finit par reconnaître le bien-fondé de la demande de Bessan, et, le 17 janvier 1790, Mazuc, curé, Bérard, comte de Montalet et Bouffard, furent députés auprès de l'évêque d'Agde pour recevoir sa déclaration sur le château de Caillan et les biens privilégiés qu'il possédait dans le territoire.

Vias, à son tour, protesta contre les déclarations faites par le duc d'Uzès au sujet de l'incorporation, à la commune de Bessan, de ses terres et droits réels sur Touroulle. Bessan obtint encore gain de cause, en faisant valoir que les communautés de Bessan et Touroulle étaient unies de temps immémorial.

L'Assemblée Constituante s'était mise de bonne heure à l'étude de la réforme qui devait aboutir le 26 février 1790 à la suppression des provinces et à la division de la France en départements, districts, cantons et communes.

Au cours des travaux des commissions, Bessan se préoccupait de ce qu'il deviendrait dans cette réorganisation.

Le 13 décembre 1789, le conseil politique adhéra à un voeu émis par les députés de la sénéchaussée de Béziers afin que cette ville fût, de préférence à Montpellier, le siège d'une cour de département.

Le 25 du même mois, il demanda que Bessan fût, comme par le passé, le siège d'une juridiction consulaire, faisant valoir à cet effet que la communauté avait environ 2000 habitants et payait plus de 15000 livres de taille.

Enfin, le 3o avril 1790, répondant à l'invite qui lui était adressée par la Communauté de Saint-Thibery, le procureur de Ia commune de Bessan, Maurin de Brignac, se rendit devant les commissaires chargés de l'organisation des départements et districts, afin d'obtenir que Bessan fut incorporé dans un canton formé par Saint-Thibery. Valros et Servian, le chef lieu du canton devant être alternativement Bessan et Saint Thibery.

Bessan resta bien chef-lieu de commune, mais il n'eut pas l'honneur de devenir chef-lieu de canton. Il fut incorporé au canton d'Agde, avec Vias et Marseillan et fit partie du district de Béziers et du département, qui tout d'abord, devait s'appeler " département du Bas-Languedoc " mais reçut le nom de la principale rivière qui le traversait, l’Hérault.

Une modification administrative à enregister, mais qui fut transitoire, fut la division de la commune en sections en vue de répondre aux prescriptions des Décrets des 20, 22 et 23 novembre 1790.

Bessan forma 6 sections :

1° Naffrie, délimitée au nord, par Saint-Thibéry

- au sud par le chemin de la Barque-Vieille.

- à l'ouest, par le chemin d'Agde à Pézenas.

- à l'est par l'Hérault.

2° Caillan, délimité au nordpar le chemin de 1a Barque-Vieille.

- à l'est, par Agde et Florensac.

- au sud et à l'ouest par le chemin d'Agde.

3° Saint Sylvestre, délimité à l'est, par Agde.

- au nord, par le chemin de Bessan à Vias.

- au Sud, par Vias.

4° Touroulle, délimité à l’Est par le chemin de Bessan à Vias.

- au nord, par le chemin de Bessan à Pioch-Maurel.

- au sud; par Vias, Preignes et Coussergues.

5° Mont-Raisin, délimité à l'est, par le chemin d'Agde.

-au nord, par Saint-Thibery.

- au sud, parle chemin de Bessan à Pioch-Maurel.

- à 1'ouest, par te chemin de Bessan à Montblanc.

6° Saint-Claude, délimité au nord et à l'ouest, par Saint-Thibery.

- à l'est, par le chemin d'Agde.

- au sud, par le chemin de Bessan à Montblanc.

La nouvelle organisation administrative de la France comportait le remplacement des anciennes institutions municipales (consuls et conseils politiques), par une nouvelle municipalité qui pour Bessan devait comprendre un maire, cinq officiers municipaux, un procureur de la commune et 12 notables, tous choisis par des électeurs actifs, c'est·à-dire par ceux qui avaient un revenu égal à 3 journées à 20 sols.

Furent élus le 17 février :

Maire. - Jullian.

Officiers municipaux. - Barral, Brun, Elie Blanc, Jean Atgé et François Vidal.

Procureur. - Maurin de Brignac.

Aussitôt constituée, la municipalité se met de tout son coeur à sa nouvelle tâche.

Pour manifester sans délai son autorité, elle achète, pour le maire, les offlciers municipaux et le procureur, des écharpes qui désormais remplaceront les chaperons et les robes consulaires.

Puis elle prend de sévères mesures de police.

" Tous les cabarets et lieux publics seront fermés à 10 heures du soir, sous peine d'une amende de 10 livres et, en cas de récidive, d'une amende de 20 livres, d'une amnende fixée au gré des officiers municipaux, et de la fermeture de l'établissement.

" Toute personne se trouvant chanter ou " faire du train " dans les rues pendant la nuit sera punie de 50 sols d'amende et de vingt-quatre heures de prison. "

Les amendes et les punitions tombent drû.

Pour infraction au repos pendant les offices divins du Dimanche, 1e cabaretier Molles, chez qui on a joué au billard, reçoit 24 sols d'amende ; Pujol, maçon, qui a travaillé de son métier, 30 sols d’amende ; Jean Molles, Mathieu Rivière et Jacques Vacassy qui ont loué à la balle sur le jeu de ballon. deux heures de prison.

En même temps l'on s'occupe d'organiser la garde nationale dont la formation avait été décidée en principe au mois de mai 1789.

Le 14 mars, on dresse un rôle des habitants susceptibles de faire partie de cette organisation ; le 17 avril, on décide d'acheter des fusils, des sabres et des gibernes pour armer 50 hommes. Les habitants estiment que cet effectif est insuffisant et demandent des équipements pour 100 hommes... et plus, s il le faut.

Le 1er mai, on établit un règlement pour la garde nationale : chaque jour, il y aura une garde de 8 hommes de 6 heures du soir à 6 heures du matin.

Enfin le 24 juin, Gironnet est nommé commandant de la garde nationale et prête serment sur la place publique avec ses soldats. , Mais Paris et toute la France s apprêtent à fêter avec enthousiasme la fête de la Fédération, premier anniversaire de la prise de la Bastille.

Bessan ne pouvait manquer de s'associer brillamment à cette manifestation.

Il avait l'intention de faire bien les choses, car il avait demandé au directoire du département l'autorisation d'emprunter 100 livres pour en supporter les frais.

Dès 1a veille de la Fête, à 7 heures, toutes les cloches sont mises en branle:

Le 14, à l'aurore, nouvelle sonnerie de cloches ; les rues sont balayées, les ordurés enlevées, et à 8 beures, danseurs et danseuses font le tour de ville. au son des tamhours et des fifres.

A 9 heures, l'on eat la générale, le cortège se forme.

En tête, vient la garde nationale en armes, puis " les mariés " et les jeunes gens avec leurs drapeaux, Ia municipalité avec ses écharpes, les notables, tous escortés par les citoycns actifs qui ont arboré la cocarde aux couleurs de la nation.

Un autel est dressé sur la place de la maison commune et une messe solennelle est dite par le curé.

Les assistants prêtent les serments " civique, militaire et fédératif ". L'on chante le Te Deum; on entre dans la maison commune pour rédiger un procès-verbal de la cérémonie.

Le soir, feu de joie.

Mais un fâcheux incident vint gâterla fête à son déclin.

Le fermier de Bérard, avait mis, à la dispostion de la municipalité, un jardin situé près de la place publique afin d'y organiser un banquet.

L'épouse Bérard prévenue de cet abus de pouvoir de la part de son fermier, se rendit dans le jardin et invectiva maire et officiers municipaux dont elle était loin de partager les idées.

C’est qu’à Bessan - comme partout ailleurs – tous les habitants n'étaient pas ralliés au nouvel ordre de choses qui s'annonçait.

Et petit à petit, le nouveau régime s'implantait dans la commune au fur et à mesure que lui parvenait l'écho des décisions prises par l'Assemblée Constituante.

Après avoir supprimé tous les privilèges, et, en particuliér, ,les exemptions de tailles, dont bénéficiaient les biens nobles et eccIésiastiques (4 août 1789), l'Assemblée Constituante avait successivement décrété la mise à la disposition de la Nation des biens ecclésiastiques (4 août 1789), la suppression. des voeux monastiques (19 février 1790), la constitution civile du clergé (12 juillet 1790), enfin l'obligation du serment civique pour tous les fonctionnaires publics y compris les curés et les vicaires (26 décembre 1790).

Ces décrets sont mis à exécution à Bessan dès les premiers mois de l'année 1791.

Le 7 janvier, Caillan est vendu ; puis c'est le tour de Mermian, de la Vicairie et des biens appartenant aux chapelles de la communauté.

Le 30 janvier, la municipalité invite le curé Mazuc, le vicaire Clapiés, les intituteurs Jullien et Estabat, l'institutrice, la demoiselte Estabat, à prêter le serment civique.

Le curé et le vicaire annoncent qu'ils prêteront serment à l'église paroissiale en présence de la municipalité.

L'abbé Mazuc commence :

"  L'Assemblée nationale ayant déclaré ;qu'elle n'entendait pas toucher au spirituel, je jure de veiller avec soin au salut des des âmes qui me sont confiées, d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution française décrétée par l'Assemblée nationale et sanctionnée par le Roi exceptant les objets qui dépendent essentiellement dc l'autorité spirituelle. "

L'abbé Clapiés prête un serment analogue :

" L'Assemblée nationale ayant déclaré qu'elle n'entendait point toucher au spirituel, je jure de remplir mes fonctions avec exactitude, d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, de maintenir de tout mon pouvoir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale acceptée par le Roi, exceptant les objets qui dépendent essentiellement de l’autorité spirituelle. "

Mais le procureur de la commune Trédos, qui avait remplacé le 12 novembre 1790, Maurin de Brignac, démissionnaire, fit remarquer qu'un serment, formulé avec une telle réserve, n'était point celui décrété par l'Assemblée nationale et inséré dans l'article Ier de la loi du 26 décembre 1790.

Aussi décida-t-il d'envoyer le procès-verbal de la prestation du serment au procureur syndic du district à Béziers qui aurait à juger de sa régularité.

Quelques jours après, l'abbé Mazuc est soumis à une nouvelle épreuve. La municipalité lui demande de lire en chaire la Constitution Civile du clergé : il refuse.

Cette charge échoit alors au procureur Trédos qui-dit la délibération du Conseil municipal – " a l'organe le plus sonore ".

Mais Bessan s'agite : à l'instar des autres villes, il a son club des Amis de la Constitution et de l'Egalité. à la tête duquel sont placés Marès, notaire, Gleyzes, Redon, Vidal et Roqueblave et qui donne une nouvelle impulsion aux mesures révolutionnaires.

Prise de zèle, la municipaliLé décide " d'enlever, briser, anéantir " une plaque de marbre située au frontiscipe de la porte d'entrée de la maison commune et où est écrit le mot " noble ", signe de la Féodalité.

A la demande d'un grand nombre d'habitants elle fait enlever les bancs de l'église " afin qu'il y ait plus de place ".

Elle renforce la garde nationale qui devra comprendre désormais 4 compagnies divisées en 3, 4 ou 5 sections.

Pour chaque compagnie, il y aura un capitaine, 1 lieutenant, 1 sergent, 1 caporal, changés tous les trois ans.

Les gardes nationaux seront recrutés parmi les citoyens actifs âgés au moins de quinze ans.

Tous les premiers dimanches de chaque mois, la garde nationale sera passée en revue, à i heure, sur la place du Jeu-de-Ballon.

On lui donne un nouveau commandant : Bouffard, et on décide d'acheter de la poudre afin de lui fabriquer des cartouches.

Le 8 mai 1791, arrive à Bessan, l'abbé Alexandre Poncet. ancien chanoine titulaire du chapitre collégial de Pézenas, élu curé de Bessan par l'Assemblée électorale du district de Béziers, le 14 mars, pour remplacer l'abbé Mazuc, qui avait refusé le serment.

L'installation du nouveau curé a lieu en grande pompe, en présence des députés de la Société des Amis de la Constitution et de l'Egalité, des délégués de la municipalité, et de la garde nationale.

L'abbé Poncet prête le serment civique avant la messe.

Cette installation déchaîne toutes les passions.

L'abbé Mazuc, dépossédé de son presbytère, n'a pas quitté Bessan : durant tout le carême il prêche contre les nouvelles doctrines, et traite d'intrus le nouveau curé.

Ses fidèles l'approuvent ouvertement et ne cessent d'insulter l'abbé Poncet, lui criant à son passage : " Coco-rico " pour lui rappeler que le coq a chanté trois fois lors de la trahison de Saint-Pierre.

Les passions s'enveniment. Le soir du 29 mai plus de 500 personnes sont rassemblées sur la place publique, décidées à faire un mauvais parti à la municipalité, qu'elles rendent responsable de l'installation du curé constitutionnel.

C'est en vain que la municipalité prêche le calme : elle est bientôt obligée de faire appel à la garde nationale et, d'arborer le drapeau rouge à la fenêtre de l'hôtel de ville, signal de l'état de siège.

La foule s'apaise et se retire; mais des coups de feu partent et la municipalité se trouve forcée de remonter à la mairie,véritable prisonnière d'une foule surexcitée.

Pour comble d'infortune, elle ne peut compter sur la garde nationale qui, en majeure partie, a suivi la défaillance de son commandant Bouffard. Dans sa détresse. elle envoie un messager à Agde et à Pézenas pour réclamer du secours.

Elle conjure l'abbé Mazuc de ne pas dire la messe à la chapelle des Pénitents-Gris.

Enfin les secours arrivent : 100 hommes envoyés par Pézenas et 50 par Agde.

Un coup de feu est tiré, un soldat d'Agde tombe blessé..., mais chose étrange il est blessé par un soldat de Pézenas, en état d'ivresse.

La municipalité reste maîtresse de la situation, le calme renaît, et l'abbé Mazuc est emmené en voiture jusqu'à Pézenas.

Le drapeau rouge est enlevé et remplacé par le drapeau blanc, et les conseillers municipaux rentrent chez eux après être restés vingt-quatre heures à la mairie.

Cette journée du 29 mai fut pour Bessan une des journées les plus violentes de l'époque révolutionnaire.

Elle marque un véritable tournant pour la suite des événements, car désormais, l'exécution des décrets de l'Assemblée nationale peut se poursuivre sans entraves : au contraire l'élément révolutionnaire l'emporte et pousse de toutes ses forces à l'établissement du nouvel état des choses.

Dès 1e 31 mai, la garde nationale élit un nouveau commandant Belpel pour remplacer Bouffard qui a failli à sa tâche, et la municipalité décide de récompenser les soldats qui sont restés fidèles le 29 mai, en faisant inscrire leurs noms sur le registre des délibérations.

Après l'abbé Mazuc, l'abbé Clapiés est pris à partie.

Aux termes de la Constitution, l'abbé Clapiés, qui n'avait pas été remplacé comme vicaire, devait continuer son office en assistant le curé constitutionnel.

Mais opposé au serment civique, il s'obstinait à ne pas paraître à l'église paroissiale, se contentant d'assister aux cérémonies célébrées dans la chapelle des pénitents.

Sa conduite fut l'objet d'un sévère réquisitoire de la part du maire, Jullian, et le Conseil municipal lui recommanda avec instance de ne pas troubler la paix.

Maintenant, la foule s'en prend aux représentants des anciens seigneurs du lieu.

Elle exige à grands cris l'expulsion de Cassaigne, notaire d'Uzès; ancien agent du seigneur de Bessan, et de Savy, notaire et greffîer de la justice de paix.

La municipalité a fort à faire pour protéger leur départ.

Puis arrive la fëte du 14 juillet qui est célébrée avec la même solennité que l'année d'avant, mais c'est le curé constitutionnel qui dit la messe sur un autel élevé sur la place publique.

L'on chante le Te Deum et l'on prête le serment " fédératif et militaire ".

Aux difficultés résultant du changement de régime viennent s'ajouter bientôt de nouvelles épreuves.

Emue par le danger que pouvait faire courir à la France la concentration des émigrés à ses frontières, l'Assemblée Nationale avait adressé un ultimatum à l'empereur d'Autriche afin d'obtenir la dispersion de ces rassemblements. L'cmpereur Françols II avait refusé et c'était la guerre (20 avril 1792).'

Dès le début, la France essuie de sérieux revers, son sol est envahi. Brunswich lui lance un insolent manifeste, et " la patrie est déclarée en danger " :

La Constituante décide alors la levée de 6o.ooo volontaires. Bessan doit, pour sa part, en fournir 4, et chose admirable ! Il s'en présente 12 et on est obligé de les tirer au sort ; furent désignés : Pierre Fourment, Etienne Estournet, Gironnet fils et Jacques Taillefer, ce dernier laissant sa place à Reynes fils. Les 4 volontaires furent incorporés dans le bataillon de l'Hérault, où se trouvaient déjà deux autres Bessanais, Douarche et Pillet.

Dans sa reconnaissance, la municipalité décida de leur donner 10 sols par jour qui vcnaient s’ajouter aux 15 sols accordés par la loi. .

C'est que Be'ssan ne le cédait en rien, pout le patriotisme, aux autres communes : on l'avait déjà bien vu au début de la Révolution, lorsque invité à souscrire à 1a contribution patriotique, Bessan donna 12 902 livres.

Le 1er octobre 1791,1'Assemblée Constituante céda la place à l'Assemblée Législative.

Une nouvelle période commençait pour la Prance.

A Bessan le chargement fut marqué par l'élection, à la date du 13 novembre 1791, de la nouvelle municipalité : Aubin, maire; Laval, Redon, Delmas, Brun et Ganivenq, off'ïciers municipaux; Belpel. procureur de la commune.

Parmi les 12 notables nouvellement élus se trouvait l'abbé Poncet, nommé immédiatement trésorier des pauvres de la Charité.

Belpel, nommé procureur de la commune; fut remplacé dans ses fonctions de commandant de la garde nationale, par Trédos.

C'était 1a troisième fois, dans l'espace d'une année et demie, que la garde· nationale changeait de commandant:

Hélas son fonctionnement laissait à désirer. L'heure des enthousiasmes passée, il était devenu dur pour les Bessanai s de venir assurer un service de garde une fois la journée de travail terminée.

Aussi, y avait-il beaucoup de défaillances. Du reste ceux qui étaient restés à leurs postes ne recevaient-ils pas les pires injures ! on les accusait de gaspiller les deniers dé la commune. " Rouzigua-Garrous, c'est-à-dire, rongeurs de jarret de cochon " telle était l'épithète favorite qui leur était continuellement décochée.

La municipalité se vit obligée de sévir ; Rose Aldias fut punie de deux jours de prison pour avoir crié cette injure, et les Bessanais au cours d'une réunion publique tenue à l'église à l'issue des vêpres, furent invités à donner leur concours le plus assidu à leur service de garde.

Le curé Poncet continuait à être l'objet de malveillants propos.

Il avait enfin réussi à se procurer un vicaire, en remplacement de l'abbé Clapiés, Antoine Baptiste, sous-diacre qui, à son tour, prêta le serment civique à l'issue de la grand'messe et en présence de la municipalité.

Un jour on trouva sur l'autel " les nouvelles lettres de notre Saint-Père le pape Pie VI " écrit blâmant la conduite des prêtres assermentés.

l.a municipalité. protectrice de son curé constitutionnel, brûla l'ouvrage séditieux au coin des principales rues du village, et elle recommanda, une fois de plus, aux habitants d'assister aux offices, menaçant de peines sévères ceux qui iraient au café pendant leur célébration.

Elle s'efforça de ramener le calme, en voulant fêter avec grand éclat, le 17 juin 1792, la plantation de l'arbre de la liberté.

A 9 heures du soir l'arbre fut promené au tour du village et érigé sur la place publique. Un souper fut organisé sous l'arbre et les danses commencèrent. Mais hélas, il y eut du tumulte, le procureur de la commune fut frappé, et la loi martiale proclamée.

Et le lendemain on assista à de bien tristes choses : c'était à celui qui dénoncerait un suspect ou un tiède : la municipalité dénonçait au district Bouffard, Canet, Charles Molles, Charot aîné, François Daurel comme conspirateurs, et demandait que tous les ennemis de la chose publique vinssent déposer leurs armes à la mairie ; la municipalité était dénoncée auprès du directoire du département.

Finalement il fut décidé que tous les citoyens remettraient leurs armes à la maison commune.

De jour en jour, s'accomplissaient les mesures d'exécution des décrets pris par l'Assemblée Législative.

Le duc d'Uzès étant émigré, il fut procédé à l'inventaire de ses biens meubles et immeubles.

Le 6 août 1792, Bessan reçut notification de la loi ordonnant la déportation dans les huit jours des prêtres réfractaires.

Cette mesure atteignait l'abbé Clapiés.

Celui-ci, après le départ de l'abbé Mazuc, son ancien curé, s'était de bon gré plié aux recommandations de la municipalité, et, pour éviter tout sujet de trouhle, s'était retiré à Agde, où en toute tranquillité, il célébrait les saints offices.

Son frère, qui habitait Bessan, vint le prévenir que les révolutionnaires bessanais très excités, étaient décidés à ne plus tolérer sa présence dans une ville voisine.

L’abbé Clapiès comprit le sens de cette démarche lorsque, se retournant de l'autel où il disait la rncsse, il vit son frère au tond de l'église. `

Sans se hâter, il termina la messe et se rendit à la sacristie où il apprit le danger auquel il était exposé.

" Tu as trois alternatives, lui dit son frère,ou prêter le serment civique, ou t'exiler, ou risquer ta vie ".- " Plutôt que de jurer, répondit-il, je préférerais mourir ! Je vais donc m'exiler. "

Et aussit6t rcvêtant des habits civils il quitta Agde, qui lui avait été si hospitalière, et par chemins détournés, il se rendit à Bessan afin de faire ses adieux à sa famille et de mettre ordre à ses affaires:

Il embrassa sa mère, et donna sa bénédiction au fils de son frère, encore au berceau, en lui disant : " Cher enfant, je te souhaite des jours meilleurs. "

Puis il sortit avec son frère. Mais passant sur la place publique. il fut entouré bientôt par un groupe d'exaltés qui croyaient le reconnaître : " Es el ? Es pas el ? Est-ce lui, n'est-ce pas lui. " Pour couper court à cette curiosité malveillante, et déjouer 1es soupçons, il se moucha violemment avec les doigts, en voulant indiquer ainsi que 1'habit de paysan qu'il portait ne recouvrait pas un prêtre. Ce geste eut l'heureux effet qu'il en escomptait, l'attroupement se sépara, et il put ainsi se rendre au passage dc l'Hérault.

Là, il embrassa son frère et, à travers la campagne, il rejoignit Agde où le lendemain, en compagnie de 51 prêtres, parmi lesquels l'abbé Jacques Decamps, également originaire de Bessan, il s'embarqua sur le brigantin du capitaine André Janin, afin de se rendre à Nice.

Après une traversée très mouvementée, qui dura six ou sept jours, tous ces prêtres débarquèrent dans le port italien où leur première pensée fut de se rendre à l'église cathédrale entendre la grand'messe, car c'était un dimanche.

Ils se dispersèrcet ensuite dans toute l'Italie, la plupart recevant dans les Etats pontificaux un accueil empressé.

L'abbé Clapiés se retira ainsi dans le monastère de Népi près de Romeoù il mourut bientôt après, le 21 février 1796 à l’âge de 26 ans, sans avoir eu la consolation de revoir son pays natal (L’abbé Mazuc fut plus heureux ; sous le consulat, il vint à Bessan reprendre son ministère).

Pendant ce temps, Bessan continuait à assurer avec le plus grand zèle, les ordres de la Législative.

Une loi du 18 août venait de supprimer les congrégations et les confréries. Aussitôt les officiers municipaux Brun et Laval et le procureur de la commune Belpel allèrent faire l'inventaire des biens des églises à supprimer, l'Eglise des Pénitents gris, la chapelle de la confrérie des Pèlerins (qui faisait corps avec la nef de l'église paroissiale) où ils ne trouvèrent rien, les Pèlerins ayant déjà donné tous leurs biens à la Nation, la chapelle de l'hôpital de Bessan, et l'Ermitage de Naffrie où vivaient encore les frères Jean et Rivière qui ne purent montrer aux officiers municipaux qu'un calice en argent, une petite cloche et deux chasubles.

Le 22 septembre 1792, commencement de l'ère républicaine, la Convention prend la place de l'Assemblée Législative.

Le changement de régime comportait nécessairement un nouveau serment civique qui devait être prêté dans toutes les communes par tous ceux qui recevaient un traitement et une pension. La formule était : Je jure d'être fidèle à la nation et de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir en les défendant.

A Bessan, ce.serment fut prêté le 3 octobre 1792 par : Poncet, curé, Antoine Baptiste, prêtre-vicaire; Aubin, " ci-devant bénéficier du ci-devant chapitre de Béziers ", Martin, juge de paix, Bérard, pensionné de l'Etat et Cellarié, secrétaire du juge de paix.

Le 9 décembre 1792, il fut procédé dans 1'église paroissiale à l'élection d'une nouvelle municipalité.

Furent élus :

Caron (Guillaume), maire.

Petit (Jean), Daurel (Antoine), Ronzier (Joseph), André fils et Rey (Antoine) officiers municipaux.

Calignac (loseph). procureur de la Commune.

Douze notables, parmi lesquels le curé Poncet, comme conseillers.

Martin Jacques fut réélu juge de Paix.

A peine installée, la municipalité eut à organiser une fête, suivant l'invitation que lui avait adressée le département, afin de célébrer les victoires remportées sur les ennemis de la République, en particulier les victoires de Valmy et de Jemmapes.

Le 23 décembre, il y eut donc : illuminations, danses, feux de joie, tour de ville par la municipalité, le juge de paix, la garde nationale, et, pour la première fois à Bessan - du moins d'après les documents officiels,- l'on chanta la Marseillaise autour de l'arbre de la liberté.

Mais il était dit que Bessan ne pourrait célébrer une féte en toute tranquillité.

Un nouvel élément de désordre venait de germer dans Bessan, avec le retour des canonniers de la garde nationale.

Aux heures d'enthousiasme des débuts de la Révolution, un certain nombre de Bessanais avaient demandé de former une nouvelle compagnie de la garde nationale, la compagnie des canonniers : satisfaction leur avait été donnée et la municipalité avait même décidé de leur acheter un ou deux canons.

Puis, le jour vint où ces canonnicrs eurent à prouver d'une façon effective leur dévouement à la patrie... Ils partirent, se rendirent... à Béziers... et en revinrent quelques jours après en faisant valoir qu'ils n'avaient pas été payés de leur solde dans les délais voulus. Ce coup de tête accompli, ils se rendirent à la raison et partirent pour Carcassonne où ils devaient former la compagnie dite de Bessan. Hélas ! nouvelle nostalgie et nouveau retour à Bessan.

Peut-être la municipalité accueillit·elle mal ce nouveau retour. Toujours est-il que le soir du 23 décembre 1792, ils causèrent un véritable scandale... des coups de feu furent tirés et une sentinelle de la garde nationale mortellement blessée.

Le Directoire de Montpellier se vit obligé de mettre ordre à cet état de choses : des commissaires départe-mentaux vinrent à. Bessan, qul décrétèrent la dissolution de la garde nationale, le désarmement de la population et l'envoi des armes à Montpellier.

Mais la Convention qui, à la suite de la mort de Louis XVI, 21 janvier 1792, se trouve en guerre avec l'Angleterre, la Hollande, la Prusse, l'Autriche, les princes allemands, la Savoie, Naples, l'Espagne et la Russie, a besoin de soldats, et Bessan est mis à contribution.

Le 10 janvier, Bessan doit fournir cinq hommes armés et équipés aux frais de la commune, pour former le bataillon départemental destiné à Paris ; les soldats désignés sont : Jean Record, Jacques Pillet, Estournet fils, Jacques Alauzet et Jean Rivière.

Le 6 mars, Bessan doit encore fournir 6 hommes pour répondre au décret de la Convention qui a ordonné la levée de 100 000 hommes.

La municipalité croit devoir exposer combien cette nouvelle levée va gêner la commune, car il y a déjà 50 Bessanais sous les drapeaux.

Mais il faut s'exécuter quand même.

Pendant trois jours, un registre reste ouvert pour recevoir l'inscription des volontaires, pas un ne se présente.

Les habitants sont alors réunis dans l'église paroissiale afin de désigner· eux-mémes les six soldats demandés. Il.s ne veulent pas les tirer au sort mais les choisir par voie de scrutin. Comme on le pense, les hommes désignés protestent. Deux d'entre eux se font remplacer et trois autres sont réformés à Béziers. La municipalité, .pour éviter de nouveaux troubles. achète un remplaçant pour· les trois réformés, rembourse les deux qui se sont fait remplacer et alloue au. sixième 600 livres.

Le 16 avril, nouvel appel aux armes, Bessan doit fournir 42; hommes; aucun volontaire ne se présente, et les habitants convoqués à l'église paroissiale pour procéder au tirage au sort, s'y refusent, demandant que la municipalité ait recours à des volontaires à qui on donnerait une haute paye de 40 sols.

Le 5 mai, il faut désigner 17 gardes nationaux pour aller à Cette, armer les canons de la défense des côtes.

Les Bessanais en ont assez, ils résistent.

Alors arrive à Bessan, Rouyer, député à la Convention, qui, par une proclamation ardente,essaye de ranimer les courages amollis et invite les habitants à se rendre à l'église pour désigner les hommes nécessaires. II se trouve, cependant, un volontaire, Blayac, brassier.

A la date du 2 juin 1793, Bessan a 118 hommes dans les armées de la République : à la date du 9, il en a 160 (dont 36 engagés la veille pour la défense des côtes).

Et voilà que les 42 volontaires qui se trouvent à l'armée des Pyrénées-Orientales demandent à être remplacés, en disant qu'il a été procédé ainsi dans les autres communes.

Mais les habitants;ne veulent plus se rendre à l'église pour désigner les remplaçants.

Alors les volontaires des Pyrénées-Orientales, las d'attendre, désertent et reviennent à Bessan.

Et cependant, les demandes d'hommes se multiplient.

Le 15 juillet, il faut encore 5 hommes; le 1er septembre, 5 hommes et 2 cavaliers pour le bataillon départemental.

Les volontaires ne pouvant suffire à tous ses.besoins, la Convention ordonne la levée en masse.

Le 18 septembre, 109 Bessanais non mariés et âgés de plus de 18 ans sont enrôlés et dirigés sur Béziers, et l'on prépare la levée des mariés jusqu'à l'âge de 40 ans.

La municipalité décide de faire travailler les terres de ceux qui sont partis et de donner à leurs familles qui sont dans le besoin 20 sols par jour payés au moyen d'une taxe sur les gens aisés.

Elle s'assure par des visites domiciliaires que tous les jeunes gens sont bien partis, et en effet, il n'y a pas de déserteurs, en dehors des canonniers de la garde nationale. La gendarmerie prévenue arréte 3 canonniers déserteurs.

Entre temps un recensement établi en vue de la souscription à l'emprunt forcé de I millard fait ressortir que Bessan a 2 003 habitants, dont 457 âgés de plus de 21 ans et par conséquent électeurs, aucun citoyen marié ayant plus de 10 000 livres de revenus et aucun célibataire ayant plus de 6 000 livres de revenu.

La révolution bat son plein à Bessan.

Le 21 juillet, les Bessannais réunis à l'église se prononcent à l'unanimité de 204 voix pour la nouvelle constitution du 27 juin 1793 (Constitution de l'an I).

Le 10 août, Mermian et Caillan,·anciens biens ecclesiastiques, sont vendus pour 500 livres la sétérée. ·

Le 1er·septembre, Jacomel et Bérard sont invités à remettre leur croix de Saint-Louis, ce qu'il font sans difficulté.

Au mois d'octobre, on constitue un comité de surveillance composé de 5 notables du conseil municipal et de 5 autres habitants en vue de dénoncer les suspects et déjouer les complots. La présidence en est confiée à Aubin aîné, ci-devant abbé bénéficier du chapitre de Béziers.

Mais le Comité de surveillance ne se laisse pas aller à la malveillance et il déclare bien volontiers qu'il n'y a pas de suspects et que l'on n'a rien à reprocher aux " ci-devant nobles ", Bérard Charles-Louis, père, son épouse, ses deux filles et son fils (présent aux armées), Maurin de Brignac et sa mère, et Jacomel,

Il constate seulement que le duc d'Uzès est émigré, et que, conformément à la loi, il y a lieu d'apposer les scellés sur les biens des prêtres déportés, l'abbé Clapiés et l'abbé Denis, ancien curé de Combaliou.

La municipalité tient à signaler à la Convention nationale que Bessan est de coeur avec le nouvel ordre des choses et elle lui fait parvenir l'adresse ci-après, datée du 9ème jour du 2ème mois de l'an II de la République, c'est-à-dire du 30 octobre 1793 :

"  Représentants, c'est à vous que la République doit son existence, c'est à vous qu'elle demande sa stabilité.

Les habitants de Bessan à l'exemple de ceux de bien d'autres communes s'empressent de vous faire connaître leurs désirs qui sont ceux de la France entière. 1ls vous invitent à ne pas abandonner jusqu'à la paix le poste où la confiancc publique vous a placés, et dès lors fidèles à leur serment et jouissant des lois purifiées par l'air salutaire qui souffle au sommet de la montagne, ils sauront mourir mille fois pur le maintien de la liberté et de l'égalité; alors a les tyrans,1es traîtres et les anarchistes seront écrasés et la république triomphera, et nous chanterons avec allégresse :

Vive la république une et indivisible sans germe de fanatisme ".

Cette profession de foi - à vrai dire, assez banale -fut le chant du cygne de la municipalité Caron, car, 1e même jour, un arrêté du représentant du peuple Joseph Boissel délégué dans les départements méridionaux (Drôme, Ardèche, Gard, Hérault), en vertu d'un décret de la Convention Nationale du 23 août 1793, lui substituait la municipalité Balsan.

Les considérants de cet arrêté n'étaient pas tendres pour l'ancienne·rnunicipalité.

" Considérant que dans la municipalité de Bessan canton d'Agde, district de Béziers, département de l'Hérault, Ies patriotes ont été maltraités, désarmés, que le fédéralisme a levé une tête audacieuse dans cette commune, et trouvé beaucoup de partisans, que les domaines nationaux y ont été dilapidés, etc. 

Considérant que des hommes corrompus, fédéralistes et faibles composent la municipalité de Bessan.

Considérant enfin que des hommes qui, par leur état et leurs lumières devaient être les plus utiles à leurs concitoyens, ont été colporteurs des ouvrages de la superstition et de la sottise et se sont déclarés champions de l'audacieux prêtre de Rome dégénérée. "

Arrête :

Article premier. -I.a municipalité de Bessan est cassée, et elle sera organisée ainsi qu'il suit :

Municipalité :

Balsan cadet, maire.

Hondrat, procureur de la commune.

Officiers municipaux :

Mathieu Gleyzes, dit Terrible.

Pierre Redon, mari de Varlet.

I.aval 61s, aîné.

Etienne Gayde.

Antoine Blanc, fils dc Jean.

Notables :

12 noms parmi lesquels Alexandre Poncet.

Article second :

Justice de paix :

Alexandre Aubin, juge de paix.

4 assesseurs.

1 greffier.

Les nouveaux membres de la municipalité prétèrent alors le serment suivant :

" Je jure d'être fidèle à la Républiquc Française, une et indivisible sans germe de fédéralisme et de remplir mes devoirs avec zèle et exactitude. "

Il est ensuite procédé à la formation de trois comités, celui des Subsistances pour pourvoir aux nécessités alimentaires des Bessanais - car dans toute la France règne une grande disette - celui de Surveillance, chargé de dénoncer les suspects, et le comité militaire, pour rechercher les déserteurs.

Enfin, imitant la plupart des communes de France, Bessan a son club des sans-culottes qui se réunit chez Hondrat, le procureur de la commune, tous les dimanche, mardi et jeudi de la semaine à 7 heures du soir.

Les nouveaux administrateurs de Bessan saisissent bientôt, avec empressement, l'occasion de témoigner à la Convention leurs sentiments révolutionnaires.

Marat, " l'ami du peuple " a été assassiné en juillet 1792. S'associant aux bruyants regrets exprimés par tous les révolutionnaires de la Nation,1a municipalité décide de célébrer oflïciellement sa mémoire et rédige l'adresse suivante :

Vive la République.

Le décadi de la première décade de frimaire de l'an II de la fondation de la République Française.

A la Postérité,

" La mémoire des grands hommes qui ont servi 1a cause de la liberté et de l'égalité est impérissable comme la souveraineté du peuple. Des abus antassés dans des siècles aveugles, la grandeur de l'homme avillie nécessitèrent le retour vers l'ordre de la nature et l'exercice de la souveraineté, puissance qui n'appartient qu'à la nation. La convention nationale vient de déchirer le bandeau qui dérobait à l'Univers entier toute la dignité de l'homme social. Le monument quc nous élevons aujourd'hui à sa gloire repose sur les débris d'une infinité de cabales, d'intrigues, de traïson et de perfidie. Marat, l'incomparable Marat est frappé par une main célérate,son nom volle à l'immortalité. Son nom fait pâlir les tirans et leurs satellites. Marat élève la voix, et cette voix foudroyante fait rentrer dans le néant tous les ennemis du peuple. Le peuple pert son meilleur ami, mais le sang de Marat sera la semence d'une foule de héros toujours prêts à venger le peuple. ll 1ui prodigue ses regrets et la commune de Bessan réunie à tous les français a célébré sa mémoire. Tous les corps constitués à cette commune se sont réunis pour rendre hommage dans une fette funèbre aux manes de ce grand républicain, elles consignent dans les registres de la municipalité l'épitaphe de Marat l'ami du peuple.

" Marat, l’ami du peuple et de l'égalité

" échapant aux fureurs de l’aristrocratie

" du fonds d'un sous-terrain par son génie

" foudroya l'ennemi de notre liberté.

" une main parricide osa trancher la vie

" de ce républicain toujours persécuté,

" pour prix dc sa vertu constante

" la nation rcconnaissante

" transmet sa renommée à la postérité.

Quatre mois plus tard, le 16 germinal an II (5 avril 1794),1a municipalité fait parvenir à la Convention une nouvelle adresse écrite dans le même style révolutionnaire :

" A la Convention Nationale.

"  Sommet sacré de la montagne, tu es le phare qui éclaire dans sa course le vaisseau de la révolution : à la lueur de ton flambeau, il évite les écueils que les conspirateurs sèment sur son passage. En vain,1es factieux appellent les tempêtes.

Législateurs, pilotes infatigables, vous l'ammenez dans le port. Restés à votre poste, vous y fixerez les destinées glorieuses de la France et du monde entier.

" Sainte montagne, OEtna moderne, tu as brûlé de tes feux les perfides qui tramaient notre perte ! Réduis en poudre les despotes et leurs infâmcs projets. Nouveaux titans ils entassent effort sur effort pour escalader le sanctuaire terrible de la liberté, ouvre ton sein, vomis tes foudres vengeurs et qu'une soudaine éruption dévore jusqu'à leur mémoire. "

Enfin, apprenant que Robespierre et Collot d'Herhois viennent d'échapper à un attentat, Bessan rédige une troisième adresse à la Convention,1e 15 prairial an II (3 juin 1794) :

" Législateurs, lorsque ;les satellites des tyrans souillaient le sol de 1a liberté sur presque tous les points de la République, lorsqu'une.armée formidable de tyrans fanatisés infestaient la Vendée et les départemens voisins et qu'elle faisait toujours de nouveaux progrès, il n'est pas étonnant qu'il se trouvait des gens assez téméraires pour vouloir assassiner la représentation nationale ; mais tandis que nos armées occupent presque partout le territoire ennemi, tandis que les despotes sont sur le polnt de subir le juste sort qui les attend, tandis que l'arméc de la Vendée est totalement détruite, peut-il se faire qu'il y ait des gens assez pervers pour, en nouvelle Cordée, attenter aux jours des représentants du peuple Collot d'Herbois et Robespierre, ces deux collonnes de la liberté ?

c'est le comble de la fotie.

" Législateurs, vous avez mis la justice à l'ordre du jour : c'est cette même justice que nous implorons en faveur des deux membres du comité du Salut Public déjà cités; c'est elle qut doit frapper toutcs les têtes coupables. Vous en découvrez tous les jours par la protection de l'Etre Suprême auquel nous rendons d'éternelles actions de grâce. Libérateurs du peuple français, restez à votre poste: sachez que danstoutes les occasions, les hommes libres vous fairaient un rempart de leurs corps. Comptez sur les républicains dela commune de Bessan qui offrent à la patrie leurs fortunes, leurs bras, et qui sont prêts à rependre leur sang pour la deffense de leurs représentants. "

Il est;facile de comprendre comment, avec un tel état d'esprit, fut poursuivie la destruction complète de tout ce qui pouvait encore rappeler l'ancien régime.

Le château de Touroulle, quoique devenu bien nationale, par suite de l'émigration du duc d'Uzès, n'en constituait pas moins un vestige éclatant de l'ancienne domination. La municipalité demanda sa destruction.

Nous reproduisons ci-après la proposition formulée à ce sujet par la municipalité :

L'an second de la République Française et le 19 de pluviôse dans la maison commune de Bessan, le Conseil général en séance publique et permanente, président le citoyen Balsan, maire, Vidal, Gayde et Blanc officiers municipaux, X. X..., notables, Antoine Jullian, agent national, présents.

Le citoyen Balsan portant la parole a dit: Il existe dans cette commune un ci-devant château appelé de Touroulle, jadis appartenant à Bastet émigré. Cette batisse a tous les atribus et tous les caractères d'un chateau-fort; la loi du vingtuitième du premier mois de l'an second de la République permet la démolition de tous les chateaux qui lui ressemblent. Les Experts nommés par le district pour l'évaluation du domaine de Touroulle pensent qu'il sera avantageux aux intérêts de la nation de faire démolir ledit chateau. Vous êtes déjà convaincus de l'utilité de cette démolition. La proximité de Bessan,1a grande quantité de matériaux qu'on y trouvera et l'exécution de la lol susdite doivent vous engager à demander la destruction d'un édifice monument de la téodalité et de la barbarie.

Ouï, sur ce et requérant agent national de cette commune.

Le Conseil général considérant que la conservation du chateau-fort de Tourolle contrarie évidament la loi susdite et ne peut nullement contribuer à donner une plus grande valeur aux terres qui 1'entourent. Considérant que la division du domalne de Touroulle en petits lots peut augmenter le nombre des concurrents et des acquéreurs et que par là-même l'existence dudit chateau devient de toute nullité, nullité qui résulte encore de la situation du lieu et de la proximité du bourg de Bessan qui n'en est éloigné que d'un demi-quart de lieu ; considérant enfin que les habitants de Bessan peuvent tirer ainsi que la République un grand avantage des matériaux dudit chateau,

A rrête,

Vu la loi susdite et Ies raisons ci-dessus mentionnées et l'avis des citoyens Balsan aîné, Varlet et Ginier, experts, que l'administration du district sera priée d'enjoindre aux susdits experts de prendre en très haute considération 1es motifs ci-dessus assignés et de prendre tous les moyens possibles pour faire démolir ledit chateau avec toutes ses dépendances.

Et Touroulle fut démolie : une grande partie des pierres provenant de cette démolition devaient servir quelques années plus tard à construire 1e grand mur qui entoure aujourd'hui le domaine d'Hortes.

Le terrain fut partagé en plusieurs lots et vendu aux Bessanais qui pouvaient montrer un certificat de civisme.

Quant à l'église paroissiale, autre témoin du passé, elle fut affectée au culte de la Raison.

La première fête officielle en fut célébrée le nonadi de la troisième décade du mois de frimaire an II (19 décembre 1793.

Désormais, les Bessanais se réunirent chaque décadi au temple pour entendre la lecture des lois de la République, des adresses, des arrêts et pour assister à des causeries patriotiques. .

L'abbé Poncet, curé constitutionnel, n'était plus à sa place à Bessan : on lui avait déjà enlevé son traitement annuel de 18 000 livres. Cédant au vœux de l'opinion publique, il abdiqua ses fonctions sacerdotales le 22 prairial an II (10 juin 1794), et nanti d'un certificat de civisme, il se retira à Béziers pour prendre un emploi de commissaire à la bibliothèque du district:

Le presbytère fut affecté au Comité Révolutionnaire et à la Justice de Paix qui jusque-là siégeaient dans des maisons particulières.

L'église fut alors dépouillée des divers objets du culte catholique : le 18 germinal, tous les ornements furent enlevés, inventoriés et transportés à Béziers ; le 12 floréal, pour se conformer au décret de la Convention. La municipalité décida d'envoyer également à Béziers les cordes des cloches, les chandeliers, les croix et les plats en cuivre; plus tard elle vendit a un maçon les pierres des croix.

Maintenant on demande les tableaux : la municipalité répond d'abord que ces tableaux ne valent pas la peine d'étre transportés à Béziers, " le plus beau est colé au mur de telle manière qu'il faut nécessairement le repeindre et le faire servir à la décoration du temple de l'Etre supréme ".

Mais le surlendemain,la municipalité revient sur cette décision et elle s'exécute.

La place de l'église prend le nom de place de la Révolution.

Il.est facile de se rendre eompte de la physionomie qu'avait Bessan à cette époque en lisant le récit d'une fête organisée le 20 floréal an II, à la demande des Commissaires de la Société Populaire en vue de célébrer les victoires remportées par " les hommes libres " sur " les satellites des tyrans ".

Le matin un grand cortège se forme sur la place de la mairie : il y a en tête la première compagnie de la

troupe se trouvant cantonnée à Bessan ; puis viennent :

Les filles habillées de blanc et portant une ceinture tricolore ;

La déesse de la Liberté;

Le Conseil municipal, entouré des vétérans revêtus de leurs uniformes;

La justice de paix ;

Le comité révolutionnaire;

La Société populaire. dont un membre porte les Droits de l'Homme et l'Acte Constitutionnel ;

Les autres citoyens ;

La garde nationale :

La 2ème compagnie de la troupe en cantonnement.

Le cortège passe dans la rue Neuve (Grande-Rue), traverse la rue de l'Hôpital, puis la place de la Liberté (Peyrou), la rue de " Las Cours " et arrive au temple de la Raison, où des discours patriotiques, sont prononcés.

A midi, les habitants dînent devant leur porte, et assistent le soir, à une illumination générale, et à un feu de joie.

Un autre jour, le 10 pluviose (29 janvier) Bessan célèbre l'anniversaire de la mort du " tyran Capet ".

Sur la place publique est dressé un échafaud auquel sont suspendus une couronne, un sceptre et un manteau royal. En présence d'une foule nombreuse, la municipalité se rend devant l'échafaud, des discours patriotiques sont prononcés, des hymnes chantés en l’honneur de la révolution, et le feu est mis à l'échafaud, aux cris mille fois répétés de " Vive la République, périssent à jamais les tyrans ".

Mais ces fêtes avaient de terribles lendemains, car pour satisfaire aux demandes de la Convention en lutte avec tant d'ennemis. Bessan était soumis à de nombreuses et fortes réquisitions en hommes, luzernes, charrettes, lits, souliers, couvertures, vestes, poêles et tuyaux de poêle, eau-de-vie, marcs, etc., etc... et, ce qui jette un grand trouble dans Bessan, la municipalité fait tomber la plupart de ces réquisitions sur ses ennemis politiques.

Les inimitiés ne s'arrêtent pas là, car maints Bessanais sont emprisonnés comme suspects : Bérard, propriétaire des Monts et son épouse, François Gleyzes apothicaire, François Daurel, Joseph Calignac, Maurin, Bouffard et son épouse, le chevalier d'Alphonse et Trédos.

La municipalité devient de plus en plus sévère : elle fait porter sur la liste des émigrés Bernabo Genois, et Marie Daurel son épouse, Jeanne Bégou et Marie Rocoplan, et elle séquestre leurs biens. Elle s'en prend enfin à de Jacomel qu'elle accuse de conspirer âvec d'autres personnes.

Et Bessan n'a plus de pain : les habitants aisés se concertent et envoient des délégués acheter du blé à Agde et à Toulouse.

Enfin arrive le 9 thermidor (27 juillet 1794), Robespierre monte à son tour sur l'échafaud et la grande terreur agonise.

Le 25 brumaire an III (15 novembre 1794), le district de Béziers désigne un commissaire pour épurer les autorités constituées de la commune. Les habitants sont réunis à la mairie pour déposer leurs inculpations.

Le 27 ventôse (16 mars 1795) Girot-Pouzot, représentant du peuple, délégué dans le Gard et l'Hérault pour réprimer les oppressions et Concussions dissout la municipalité Balsan et la remplace par une commission civile de trois membres et un agent national à désigner par le comité révolutionnaire de Béziers.

Sont ainsi nommés :

Pour la commission civile : Laplace, père, de Béziers.

Duvert, de Vias, et Fraisse, aîné, de Béziers.

Agent national : Fuzier, aîné, de Villeneuve.

De Jacomel, aîné, de Bessan, est nommé juge de paix.

Girot-Pouzot suspend ensuite la Société populaire et ferme sa salle de réunion. Deux mois après, le 10 germinal (30 mars 1795), il désigne la nouvelle municipalité :

Maire : André Nicolas Canet :

Officiers municipaux : François Gleyzes, Jean Daurel, Bernard Alauzet; Charles Taury, Jean Maurel.

Agent national : François de Jacomel.

12 notables.

Juge de Paix : Pierre Daurel, et 4 assesseurs.

La municipalité s'installa au milieu des acclamations, tandis que les détenus étaient libérés, et que, Balsan, ci·devant maire, Antoine Jullian. ci-devant agent national et. Aubin, cadet, ci-devant juge de paix, décrétés d'accusation par Girot-Pouzot prenaient la fuite et allaient ·se constituer prisonniers à Montpellier.

Dans leur reconnaissance, les habitants élevèrent sur la place de la Fontaine un arbre de la liberté avec un piédestal sur lequet étaient inscrits ces mots :

" Vive la République une et indivisible;

" Guerre aux anarchistes et aux buveurs de sang ;

" Ceux qui m'ont planté me défendront

" Girot-Pouzot donnant des fers au crime a fait notre bonheur. "

Mais des malveillants, une nuit, dégradèrent le monument, en grattant les inscriptions.

Comme les autres municipalités qui l'avaient précédée, la municipalité Canet eut pour premier souci la réorganisation de la garde nationale qui, hélas ! n'avait jamais pu fonctionner convenablement.

L'on décida de la composer de deux sections, une pour la place de la Commune, une pour la place de la Révolution, chacune avec un capitaine, un lieutenant, deux sous-lieutenants, deux sergents, quatre caporaux et un caporal-fourrier. Joseph de Jacomel fut nommé commandant.

Quatre mois après, nouvelle réorganisation. L'on désigna de nouveaux officiers et l'on forma trois compagnies, la première, de la place de Ia Commune, la seconde, de la place de la Révolution, la troisième, de la place de la Liberté.

Bessan s'associa entièrement à l'oeuvre de la Convention épurée et réprouva hautement les attentats qui furent dirigés contre elle, d'abord, par les anciens Jacobin, le Ier plairial an III (20 mai 1795), ensuite, par les Royalistes, le 13 vendémiaire (5 octobre 1795).

Voici les adresses rédigées à ces deux occasions :

Citoyens représentants :

" Les hommes de sang, les partisans du brigandage ont tenté de vous dissoudre et de vous assassiner. Votre collègue Ferraud a été la triste victime de leurs féroces projets.

Votre énergie a sauvé encore une fois la patrie. Nous vous félicitons bien sincèrement de la victoire que vous avez remportée sur ces hommes atroces, mais, citoyens représentants, que la journèe du premier et deux prairial vous soient une dernière leçon, plus de faiblesse, elle a failli vous perdre, ramener 1e peuple sous la tyrannie et redresser les échafauds que vous avez abattus le 9 thermidor.

" Soiez fermes, frappez les coupables, auteurs de nos maux, poursuivez-les partout, que la justice les atteigne. Enfin, purgez le sol de la liberté des scélérats qui ont couvert la France d'uni crêpè funèbre. "

" La conspiration qui a éclaté à Paris avait de grandes ramifications dans le Midi. Les satellites des rebelles s'étaient emparès de Toulon, ils espéraient avec cette place forte opérer le retour du carnage qul avait dévasté nos contrées.

" La ville d'Agde qui nous avoisine a éprouvé des mouvements, notre petite commune qui a le malheur de posséder les terroristes les plus forcenés de la République a ressenti les effets de la conjuration, nos scélérats n'ont pas osé nous attaquer de front, ils n'auraient pas été les plus forts, mais ils ont assouvi leur rage, nuittament, au pied de l'arbre de la liberté dont ils ont indignement mutilé les inscriptions.

" Nous vous adressons le procès-verbal tenu au sujet de cet atantat.

" Nous vous le répétons, citoyens représentants, au nom de la patrie, reprenez la contenance imposante avec laquelle vous renversâtes la tyrannie le neuf thermidor, frapés, pulvérisés, la horde sanguinaire. Le peuple est prêt à marcher de tous les points de la République pour vous soutenir.

" Vive la République, vive la Convention nationale. "

Bessan, le 17 prairial an III.

Signé : la municipalité, le juge de paix, la garde nationale.

Et le 24 vendémiaire an IV :

" Citoyens représentants,

" Depuis longtemps, nous gémissions de la lutte scandaleuse qu'une poignée de factieux avait organisé contre la représentation nationale, depuis longtemps, nous admirions votre sage modération qui aurait dû sans doute ramener les rebelles à leur devoir si la vertu avait quelque empire sur des hommes corrompus.

" Le Roialisme après avoir rivalisé de pouvoir avec les représentants d'un peuple libre a osé tenter de vous dissoudre et de replonger par cet attentat le peuple français sous le joug d'un despote couronné.

" Le 13 vendémiaire avait été choisi par les sédicieux pour consommer leurs criminels projets; les aprêts qu'ils avaient fait, les mesures qu'ils avaient prises, en leur donnant une coupable hardiesse leur taisaicnt espérer des succès ; mais vous avez déployé l'étendart tricolor, vous avez fait avancer les phalanges républicaines et les royalistes ont été vaincus et sont rentrés pour toujours dans le néant.

" Le 3 vendémiaire sera pour nous un grand jour à jamais mémorable auquel nous rendrons des éternelles actions de grâce et que nous vous prions de placet à côté de ces journées fameuses qui ont conquis et maintenu la liberté.

" Nous vous félicitons bien slncèrement d'un triomphe que vous avez obtenu sur les factieux et vous prions d'être persuadés, citoyens représentants, que si nous n’avons pu partager vos dangers, chacun de nous y a pris la plus grande part. "

Sous une municipalité aussi modérée, éloignée autant du royalisme que du jacobinisme, Bessan reprit peu à peu sa tranquillité.

C'est ainsi que la féte du 9 thermidor, célébrée pour remémorer la chute de Robespierre, fut des plus calmes et des plus simples. II n'y eut point d'illumination, à cause de la rareté de l'huile, ni de feux de joie, en raison du danger qu'auraient couru les aires. I1 y eut seuIement un banquet, un bal public, pour lequel on avait loué deux hautbois, et une visite au temple décadaire.

Trois jours après la fête, 40 citoyens signèrent une pétition en vue de se réunir pour exercer le culte catholique et obtenir, à cet effet, une église.

La municipalité, se référant à la loi du 11 prairial an III qui laissait aux citoyens le libre usage des édifices du culte non aliénés, leur donna l'ancienne église paroissiale.

Dès le lendemain l'abbé Barthelémy Fulcran Aubin se présenta pour exercer le culte.

Deux années se passèrent sans qu’aucun événement particulier ne vint troubler la commune.

Tour à tour, Nicolas Canet, maire, fut remplacé par François Jacomel; ancien`·agent national, qui prit le titre d’agent municipal (15 brumaire an IV, 6 novembre 1795), puis François Jacomel, agent municipal, par Alexandre Aubin, qui prit le titre de commissaire civil (16 pluviose an VI, 4 février 1798).

Mais les convulsions dans lesquelles se débattit le Directoire, de septembre 1797 à novembre 1799 avant le coup d'Etat de Brumaire, eurent une répercussion fâcheuse à Bessan, où de temps à autre, se déchaînait quelque conflit entre royalistes modérés et jacobins.

Le 30 pluviose an VI (18 février 1798), à l’occasion de la célébration de la fête de la souveraineté du peuple, alors que la municipalité entourait l'arbre de la liberté auprès duquel avait été installé un autel de la Patrie, de vives injures lui furent adressées.

Le 2 germinal (22 mars) l'adjoint Daurel fut assailli, frappé à la tête par un coup de pierre et violemment saisi par son écharpe.

Les gens s'en prirent aux biens,et plusieurs habitants, parmi lesquels Aubin, juge de paix,. virent leurs vignes endommagées.

Les vieilles querelles se réveillèrent.

Le 7 nivôse an VII (27 déc. 1798) 1'instituteur fut pris à partie par certaines personnes qui lui crièrent : " A bas la République et les Républicains "; d'autres habitants furent assaillis sous le prétexte que l'an IV ils avaient dénoncé des déserteurs; le 5 pluviose an VIII (27 janvier 1800), l'agent municipal Jean Louis Barral, qui avait succédé à Aubin, fut blessé aux bras et aux jambes de deux coups de fusil.

Les catholiques s'agitent à leur tour : mécontents de ce que l'on ne leur rende pas leur église d'une façon définitive, ils organisent, les 5. 6, 8 et 10 floréal an VI, des processions dans lesquelles ils font figurer des jeunes gens représentant les corporations supprimées, et ils se rendent aux anciens ermitages de Naffrie et de Saint-Laurent, en chantant des cantiques.

La municipalité se contente de signaler ces manifestations illégales au Président de l'administration du canton. A son tour, le commissaire du Pouvoir exécutif près l'administration centrale de l'Hérault rend compte de l'incident au ministre de la Police; ce dernier envoie l'ordre de réprimer tous les genres de fanatisme et le commissaire du pouvoir exécutif lui donne l'assurance que cette procédure ne sera point négligée et que déjà 43 mandats d'amener ont été décernés par le directeur du jury contre les processionnaires.

Les catholiques n'en insistent pas moins pour demander leur église, et l'abbé François Fraisse de Lézignan-le-Cèbe, se présente à la mairie pour solliciter l'autorisation d'exercer le culte catholique.

Enfin, le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) la France lasse de toutes ces luttes intestines, se jette dans les bras de Bonaparte, et c'est le retour complet à la paix et à la concorde.

Pour Bessan, ce fut Joseph )acomel, qui fut le·représentant de la nouvelle politique d'apaisement.

Le 3o prairial an VIII (19 juin 1800), il fut nommé maire de Bessan, par arrêté du préfet de l'Hérault rendu en exécution de l'arrêté des consuls du 19 floréal.

Jacques Bonnet, notaire fut nommé adjoint et 10 Bessanais qui avaient eu tant à souffrir du régime de la Terreur, en particulier Bérard de Montalet et Mathieu Jullian furent nommés conseillers municipaux.

La nouvelle municipalité réorganisa la garde nationale. Bérard de Montalet en fut le commandant:

CHAPITRE VI

PÉRIODE CONTEMPORAINE

(De l'an 1800 à nos jours)

Bessan s'associe à l'établissement du Consulat à vie. - Rétablissement du culte catholique. - Serment de fidélité à l'empereur. - Adresses à l'occasion de victoires. - Les Cent Jours; la Restauration.- La Révolution de juillet : municipalité Aubin : l'instruction publique obligatoire : la place Saint-Jean. - Le Coup d'Etat du 2 décembre ; le Second Empire, la place du Peyrou, la promenade publique ; le pont suspendu, l'école maternelle la voie ferrée.- La guerre de 1870; lo Troisième République; la poste, les écoles, la statue de la République. - La Grande Guerre.

 

Sous ·le Consulat et le Ier·Empire; Bessan connut enfin la paix intérieure : Ie meilleur indice de cet état de chose; c'est que le village conserva pendant près de quatorze ans la même municipalité.

Au point de vue historique, Bessan ne se signale pas autrement que par les félicitations qu'il adresse au gouvernement pour les belles victoires remportées par Napoléon et, par une·adhésion progressive à l'établissement du régime impérial.

La Paix d'Amiens conclue, au mois de mars 1802, avec l'Angletërre fut·annoncée sur la place publique de Bessan, le 10 avril 1802 aux cris de " Vive la Paix, vive le Gouvernement français, vive Bonaparte, vive la République ".

Pour célébrer cet heureux événement; une grande fête fut organisée le g novembre, au deuxième anniversaire du Coup d'État du 18 brumaire an VIII.

Précédée d'un piquet de la garde nationale, la municipalité se rendit en cortège à l'église paroissiale pour y chanter un Te Deum d'actions de grâces. Le soir, sur la place publique, l'instituteur Banel prononça un discours au pied de l'arbre de la liberté et un feu de joie fut allumé.

Lorsque la population bessanaise fut invitée au mois de mai 1802, à donner son avis sur la concession éventuelle du consulat à vie à Bonaparte, la municipalité lui demanda avec insistance de se prononcer pour l'affirmative, et lui adressa la prodamation suivante :

" Le peuple est appelé à voter sur une question bien importante : c'est à lui à consolider le bonheur dont il a commencé à jouir. Le gouvernemcnt qu'il s'est donné le 18 brumaire a étoufté l'anarchie, conquis la paix, rétabli le culte, commandé l'admiration à l'Europe.

" Le maire invite tous 1es citoyens à s empresser de venir émettre leurs voeux : s'il n'est qu'un sentiment pour le héros qui gouverne la France, il ne peut y avoir qu'un voeu (Un recensement de la population à cette époque accuse 2 011 habitants dont 15 défenseurs de la patrie). "

Dès la signature du concordat, le culte catholique est définitivement et ofîiciellement rétabli à Bessan.

Le premier curé concordataire nommé est l'abbé Jacques-Benoît Fabry. La'municipalité lui vote un supplément de traitement de 200 francs par an, lui loue un presbytère, le précédent ayant été aliéné à la Révolution, lui achète pour 1 200 francs d'ornements d'église et lui alloue une subvention annuelle de 300 francs pour leur entretien.

Les premiers marguilliers sont nommés par le préfet, sur la présentation de 6 candidats choisis par le curé.

Ce sont : Jean Bouffard, Bernard Alauzet et Antoine Rey.

La proclamation de l'empire, à la date du 18 mai 1804, ne pouvait surprendre les Bessanais.

Dès le 24 juin suivant, maire, adjoint, conseillers municipaux, secrétaire de la mairie, administrateurs de l'hospice, receveur des contributions, instituteur et préposé à l'octroi, prêtent, avec enthousiasme, le nouveau serment : " Je jure obéissance aux constitutions de l'empire et fidélité à l'Empereur. "

Après les victoires d'Ulm et d'Elchingen et. à la veille d'Austerlitz, la municipalité adresse aux habitants la proclamation sûivante :

" LE MAIRE DE BESSAN,

" Vu le bulletin de notre grande armée dont les vaillants exploits ont surpassé toute attente.

" Vu la lettre de notre invincible;empereur et roi qui ordonne un Te Deum en action de grâces de la dissolution totale de l'armée autrichienne que ses savantes combinaisons et la rapidité de ses brillantes manoeuvres on mis dans la rude nécessité de capituler et de rendre à ses armes victorieuses 6o.ooo Allemands prisonniers de guerre avec toute leur artillerie et entiers bagages.

" Considérant que tout bon Français ne peut qu'être jaloux de démontrer sa plus vive allégresse dans une circonstance dont le plus brillant éclat immortalise notre auguste empereur, honore notre brave armée de gloire, en même temps que cet événement signalé délivre la France de 1oo.ooo ennemis les plus injustes et les plus acharnés.

" ARRETE :

" 1° Tous les habitants de Bessan sont invités d'assister au Te Deum qui sera chanté demain dimanche I9 brumaire dans l'église paroissiale de cette commune à l'issue des vêpres, en action de grâces des mémorables victoires de notre grande armée ;

" 2° Chacun est invité aussi de venir faire éclater sa joie au feu qui sera allumé au Jeu-de-Ballon le même jour de dimanche à 7 heures du soir ;

" 3° Tout propriétaire de maisons demeure tenu d'illuminer les fenêtres de son premier étage qui donne sur Ies rues depuis 7 heures du soir jusqu'à 9 heures du même jour ;

" 4° Enfin, la jeunesse de cette commune est invitée à célébrer cette réjouissance par des danses et des jeux publics. "

Bessan, le 10 brumaire an XIV

(1er nov. 1805)

Quelques mois après, au lendemain du traité de Presbourg qui met fin à la Troisième Coalition, Bessan envoie à Napoléon une adresse pour lui témoigner sa joie, sa reconnaissance et son amour :

" Le maire ct le Conseil municipal de la commune de Bessan, 3° arrondissement du département de l'Hérault, continuant sa session, a saisi avec enthousiasme l'occasion d'exprimer à Sa Majesté Impériale et Royale ses nouveaux témoignages de reconnaissance, de fidélité et d'amour que lui inspirent les mémorables succès dont l'accumulation rapide vient d'étonner le monde en repoussant les barbares du Nord qui, valncus sur tous les points de l'Allemagne, n'ont trouvé d'autre refuge que dans la paix que Napoléon le Grand a eu la magnanimité de leur accorder. Le Conseil, après avoir entendu le rapport que lui a fait le maire qui le préside, a délibéré par acclamation de présenter une adresse à Sa Majesté Impériale et Royale dont la teneur suit :

" SIRE

" Le Maire et le Conseil municipal de la commune de Bessan, pénétré d'admlration pour les éclatantes victoires que Votre Majesté vient de remporter sur une coalition monstrueuse, qui, à peine tramée, s'est vue subitement terrassée et détruite, par les hautes conceptions et les manoeuvres rapides de Votre Majcsté, a cru de son devoir de présenter au pied du trône ses très respectueuses félicitations et ses témoignages de reconnaissance et d'amour qui sont l'expression du vœu général des habitants de cette commune pour Votre Majesté.

" Les résultats inappréciables d'une campagne aussi glorieuse que décisive et que nous devons aux infatigables et périlleux travaux de Votre Majesté sont chers à tous les Français puisqu'ils délivrent l'empire d'une guerre qui eût été sans doute longue et meurtrière si votre génie sublime n'eût trouvé dans sa transcendante tactique, jusqu'ici inconnue à l'art de la guerre, des ressources qui en maîtrisant les chances des combats ont forcé les ennemis les plus acharnés, à demander la paix.

" A ce bienfait inappréciable, quelles nouvelles actions de grâces ne devons-nous pas à Votre Majesté, une paix qui assure et pour longtems la prospérité de la France, qui donne aux Etats du continent une proportion de puissance d'où doit naître la tranquillité générale, une nouvelle influence politique qui prépare le repos de l'Europe entière, enfin les larmes qu'elle épargne à l'humanité dans des circonstances aussi glorieuses, tout excite notre gratitude, et ainsi, en embellissant les pages de l'histoire, Votre Majesté vole à l'immortalité.

" Que Votre Majesté jouisse longtems des hautes destinées dont la Providence l'a si glorieusement comblée, pour le bonheur de la France et la paix de l'Europe. Ce sont les vœux du Conseil municipal de votre bonne commune de Bessan ; que Votre Majesté daigne en agréer l'hommage ainsi que les respectueuses expressions de fidélité, de reconnaissance et d'amour que ses habitants portent à votre personne sacrée "

A l'occasion de la campagne d'Espagne, au début de l’année 1808, Napoléon Ier passe à Béziers. Bessan envoie pour le saluer une garde d'honneur composée de 20 jeunes gens de bonne famille.

Six ans après, c'est la fin de l’Empire. Napoléon Ier abdique à Fontainebleau le 6 avril 1814, laissant le pouvoir à Talleyrand qui s'empresse de faire accepter par le Sénat le retour de Louis XVIII.

Bessan suit passivement les événements. Le 21 avril 1814, le maire Malibran (]ean-Baptiste), nommé à ces fonctions le 28 décembre 1812 en remplacement de M. de Jacomel, décédé, réunit les habitants et leur fait donner adhésion pleine et entière à tous les actes émanés du Sénat et du Gouvernement provisoire.

Il fait part de cettc décision à Son " Altesse Sérenissime ", le Président du Gouvernement provisoire (comte d'Artois) en le suppliant de " déposer aux pieds de Sa Majesté Louis XVIII son serment de fidélité et de son profond respect ".

Plein de zèle et de dévouement envers la Restauration, Malibran invite ses administrés, le 10 juin 1814, à suspendre leurs travaux de l'agriculture, à fermer leurs boutiques, au moins pendant la matinée, en vue d'assister au service funèbre célébré à l'église, en la mémoire de Louis XVI, de Marie-Antoinette, de Louis XVII et de Mme Elisabeth de France : Il leur recommande de " pleurer la perte d'un père et de redonner témoignage de leur douleur ".

Cela ne l'empêche pas, lors du retour de l'île d'Elbe, de prêter serment d'obéissance aux constitutions de l'Empire et de fidélité-à 1'Empereur, et de recevoir le même serment de la part de 8 conseillers municipaux.

Il n'en est pas moins remplacé, le 29 mai 1815, par Alexandre Aubin.

Ce dernier, à son tour, à la fin des Cent-Jours, est remplacé par Malibran Stanislas.

La Restauration fut également une période de tranquillité pour Bessan.

La municipalité René Jullian, qui avait succédé à la municipalité Malibran en 1817, se maintint à la mairie jusqu'en 1830, aux débuts de la Monarchie de Juillet.

Il n'y a lieu de signaler pendant cette période de treize ans que les sentiments de loyalisme manifestés par Bessan à l'occasion de l'assassinat du duc de Berry (13 février 1820), de la naissance du duc de Bordeaux (29 sept. 1820), de la mort de Louis XVIII et de l'avènement de Charles X (16 sept. 1824).

Le 20 février 1820, la municipalité envoie au roi l'adresse suivante :

" SIRE,

" Le Maire, l'Adjoint, le Conseil municipal et les habitants de Bessan, quoique placés aux confins de votre royaume, ne veulent pas être les derniers à témoigner à Votre Majesté l'horreur et l'indignation qu ils ont ressenties en apprenant la triste nouvelle de l'attentat affreux qui a plongé dans le deuil tous vos fidètes sujets. Si l'excès de votre affeCtion pouvait nous permettre de faire entendre nos voeux, nous exprimerions, Sire, notre sollicitude pour la conservation et la sûrété de votre personne sacrée et de cette auguste famille dont un rejeton si chéri vient, hélas, d'être ravi à notre amour et de succomber sous le fer assassin.

" Nous y ajouterions le désir tant de fois senti de voir les doctrines impies et régicides, qu'on a laissé malheureusement professer dans cette France chrétienne et monarchique, vouées à l'animadversion des lois et rigoureusement punies.

" Nous sommes avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté les très humbles et trbs obéissants et très fidèles serviteurs et sujets. "

Pour féter la naissance du duc de Bordeaux le Conseil municipal vote une dépense de 4oo francs ; il s’associe ensuite, pour une somme de 1oo francs à la souscription publique organisée dans toute la France pour acheter au duc de Bordeaux le château de Chambord. Les habitants avaient souscrit, de leur côté, pour 8o francs.

Enfin, pour la mort de Louis XVIII, Bessan rédige cette proclamation :

Le maire, l’adjoint et lc conseil municipal de Bessan, arrondissement de Béziers, département de l'Herault.

A trés haut, très puissant, très excellent et très chrétien prince, Charles X du nom, Roi de France et de Navarre.

" SIRE,

" Tout ce que les écrivains ou les orateurs distingués pourront écrire ou dire sur Louis dix-huit, nous présentera, sans doute, ainsi qu'à la postérité, un panégyrique continuel de ce Monarque, doué des qualités les plus éminentes et qui, depuis longtemps,1ui ont assigné une place immortelle dans l'histoire, puisque par une étude et une application constante jusqu'à son dernier Jour, il a su les employer au bien, comme les faire tourner à l'avantage de ses peuples. II n'est point de cœur véritablement français qui ne soit plein de reconnaissance pour tous et tant de bienfaits dont Louis n'a cessé de combler la nation, qu'il a d’abord reconstituée avec toutes les autres nations, point de cœur véritablement français qui ne soit profondément consterné depuis, et avant même la nouvelle de la déplorable catastrophe qui a ravi le prince à l’amour de tous ses sujets.

C'est en revenant du service,solennel, fait aujourd’hui dans la paroisse de cette ville pour le repos de l'âme de votre auguste frère, et conformément à vos pieuses intentions, Sire, que pénétré des sentiments les plus tendres, le Maire,1’Adjoint et les membres du Conseil municipal, tant à leurs noms qu’à celui de toute la population ont arrêté de vous présenter humblement le témoignage de tous leurs regrets, pour la perte qui a si juste titre afflige Votre Majesté et la France entière, de vous exprimer aussi les vœux Qu’ils ont fait en même temps, au pied des autels, pour votre conservation et celle de toute la famille royale.

Que le Roi des Rois qui veille sur tous les empires, veille plus particulièrement encore sur l'empire des lys, sur son auguste chef Charles X, notre nouveau et bien aimé souverain, perpétuant à jamais la noble race et l'antique dynastie des Bourbons.

" Vive le Roi, vive la France.

" A l'Hôte1 de ville de Bessan, le 28 septembre 1824 "

Le 29 mai 1825, Bessan célébra le sacre de Charles X avec le cérémonial ordinaire ; sonneries de cloche, cortège à l'église, Te Deum, illuminations ...

La Révolution de juillet 1830 causa dans la localité une grosse sensation : certains habitants pouvaient croire revenus les jours fiévreux de 1789.

Et, en effet, ce fut un des descendants des grands révolutionnaires de Bessan, Aubin (Diogène), qui se trouva placé à la tête de la municipalité.

La proclamation qu'il adressa, le 16 septembre 1830, au jour de son installation, fit connaître aux Bessanais les sentiments qui animaient les hommes nouveaux :

Diogène Aubin, maire de 1a commune dc Bessan à ses concitoyens

" Une révolution, sans exemple dans les annales de l'histoire a renversé, dans quarante-huit heures, un trône qui, quelques jours auparavant, semblait inébranlable.

" Le despotisme a disparu et (ce qui tient vraiment du prodige) un nouvel ordre de choses s'est établi sans secousse et comme par enchantement. Le peuple français a prouvé par sa modération après la victoire comme par son courage dans le combat qu'il était encore la grande nation.

" Glorieux d'un si beau triomphe, sachons du moins en recueillir les fruits s'il ne nous a pas été donné d'en partager les périls.

" Déjà plusieurs souverains ont reconnu notre indépendance et nos droits ; attendons sans crainte la décision des autres puissances dont la sagesse respectera les vœux d'un peuple libre et fort.

" Mais si l'aspect de l'Europe entière ne nous offre qu'un avenir rassurant, en est-il de même de la France ?

" Nous devons convenir que c'est peut-être parmi nous que se trouvent nos plus grands ennemis. Sachons déjouer leurs machinations ourdies dans l'ombre, repoussons avec mépris tous ces bruits absurdes, ces insinuations perfides qu'une malveillance toujours active ne cesse de propager. La loyauté connue du roi-citoyen en dément assez toutes ces calomnies atroces. Rallions-nous donc autour de ce trône élevé par la Nation. Organisons cette garde nationale, la garantie de nos institutions et de nos droits, et gravons dans nos cœurs comme sur nos bannières tricolores cette devise sacrée : Liberté, Ordre public. C'est ainsi que nous saurons nous préserver de l'anarchie, le pire de tous les gouvernements.

" Appelé par le choix du premier magistrat du département à administrer cette commune, Je n'aurais jamais accepté ces fonctions si je n'avais consulté que mes forces, mais quand j'ai pensé qu'il y avait quelque bien à faire, je n'ai écouté que mon zèle, bien convaincu que je serai secondé par la confiance de mes concitoyens et les lumières de MM. les conseillers municipaux.

" Je me présente donc à vous, fort de mes intentions et vous promets à tous impartialité, justice et fermeté. On ne reprochera à l'administration ni dilapidation, ni pusillanimité.

" Mais je ne puis, ni ne dois vous le dissimuler. Depuis longtemps, cette commune est livrée à de graves abus. Il faut les réprimer. Des vols scandaleux affligent chaque jour le coeur des citoyens honnêtes.

" Désormais, il ne resteront plus impunis.

" Il faut que ces désordres cessent pour toujours.

" Le règne de Louis-Philippe Ier doit être le règne de l'équité.

" Ainsi donc, habitants de Bessan, respect aux propriétés, obéissance à la loi, et je serai heureux de n’avoir à exécuter qu'une indulgence qui me sera bien douce; mais que les méchants, les perturbateurs du repos public soient bien persuadés qu'ils netrouveront en moi qu’une inflexible sévérité. "

Comme l'avait déclaré le maire, la garde nationale fut réorganisée. Les Bessanais formèrent une compagnie de garde nationale sédentaire et élurent, au scrutin secret, leurs offciers et sous-officiers :

Capitaine: AUBIN (Prosper).

Lieutenant: BELPEL (Auguste).

Sous-Lieutenants : VIDAL (Etienne), MALAFOSSE (Jean).

Venaient ensuite, 1 sergent-major, 4 sergents, 1 fourrier, 8 caporaux.

L'on organisa des patrouilles afin de prévenir les vols, mais, - c'était 1789 qui recommençait - la garde nationale n'avait ni armes ni équipements.

Comme il y avait un assez grand nombre de chômeurs, Aubin fonda un atelier de charité et employa cette main-d'oeuvre à l'entretien des chemins vicinaux.

Une loi du 28 juin 1833 avait prescrit, pour chaque commune, la création d'une école primaire qui devait être fréquentée obligatoirement par tous les enfants, la gratuité étant réservée aux indigents.

Bessan avait déjà trois écoles privées de garçons et une école privée de jeunes filles, mais c'étaient des écoles payantes que ne fréquentait que la moitié des enfants.

La municipalité choisit comme instituteur primaire communal Mascou et lui alloua une subvention annuelle de 200 francs et une indemnité de logement de 60 fr. qui vinrent s'ajouter aux pensions mensuelles payées par les parents des enfants aisés.

Ces derniers payaient :

1 fr. 5o pour la lecture.

2 francs pour l'écriture.

2 fr. 5o pour la grammaire, l'orthographe, l'arithmétique et lc système métrique.

3 francs pour l'histoireet la géographie.

4 francs pour l'arpentage.

Le 1er mai 1834, fut ouverte une salle d'asile réservée aux enfants de 2 à 5 ans : la première directrice fut Rosalie Record. Elle reçut une subvention annuelle de 100 francs et une pension mensuelle de 0 fr. 5o pour chaque enfant de famille aisée.

Enfin, au mois d'octobre 1841 - Aubin n'était plus maire - la .municipalité vota une subvention annuelle de 200 francs pour la création d'une école de filles, gratuite pour les indigents, qui devait étre installée dans l'hospice, sous la direction des soeurs de Nevers.

Sous la municipalité Aubin Diogène fut construite la place Saint-Jean.

Bessan s'était considérablement agrandi. en deçà de la grand'rue et il était devenu nécessaire de dégager les maisons et caves édifiées un peu au hasard.

La municipalité procéda à cet effet à un heureux échange avec M. La Serre qui abandonna un terrain lui appartenant à cet endroit contre un creux à fumier situé hors de la ville.

Dix années, plus tard, elle vendit le terrain de ta Glacière permettant ainsi aux Bessanais d'élever de nouvelles constructions.

La chute de la Monarchie de Juillet n'eut pas de répercussions sensibles à Bessan : le seul événement à signaler est que pour la première fois, et suivant la loi du suffrage universel, les 16 conseillers constituant la municipalité élurent eux-mémes : le maire, Aubin (Hippolyte) et l'adjoint, Bousquet (Auguste).

Ce fut cette municipalité qui fit construire un beffroi sur la maison commune pour y loger une horloge.

Le coup d'état du 2 décembre 1851, qui devait ramener l'Empire, souleva de fortes protestations de la part des vieux républicains de Bessan.

Mais la répression fut impitoyable, le canon fut braqué sur la grand'rue et, la force armée intervenant, une dizaine de Bessanais furent déportés.

Le calme revint assez vite, et presque tout Bessan, comme du reste la France entière, se rallia assez volontiers au nouvel ordre de choses.

Le commissaire spécial, Deleuze, céda la place aux nouveaux maire et adjoint nommés par le préfet, Aubin (Prosper) et Malibran (Théodore).

La nouvelle municipalité, qui devait rester au pouvoir pendant douze années, ne manqua pas de témoigner de son dévouement et de son respect envers le chet d'Etat.

Dès les premiers jours, elle envoya au Prince Président l'adresse suivante :

A son Altesse Impériale,

le Prince Président.

PRINCE,

A peine installé, le Conseil municipal de la commune de Bessan regarde comme un devoir d'inaugurer sa première séance en vous adressant l'hommage de son profond respect et de son dévouement sans bornes. II éprouve, avant de se séparer, le besoin de vous exprimer sa reconnaissance pour le passé qui nous a délivré de la guerre civile et de l'anarchie, et sa confiance dans le présent qui rétablit l'ordre et la sécurité et ses voeux pour un avenir prochain qui vous donne l'autorité nécessaire pour raffermir la société ébranlée jusqu'en ses fondements.

Puisse donc le Sénat,en proclamant bientôt l'hérédité, objet de tant de voeux, procurer à votre gouvernement cette force, si indispensable après tant d'agitation et que rendra plus stable, entre vos mains, la triple légitimité d'une descendance glorieuse, de services rendus au pays, et d'un assentiment national presque unanime et sans exemple dans l'histoire.

Le 29 septembre 1852.

Dès le rétablissement de l'Empire, c'est un nouvel hommage de fidélité :

SIRE,

Le conseil municipal de Bessan, Hérault, vous prie d'agréer l'hommage de son respectueux dévouement et de sa profonde reconnaissance.

Sire, les ovations triomphales, qui ont partout accompagné votre voyage à travers nos provinces, étaient moins encore la glorification d'un grand nom historique qu'un hommage rendu à un pouvoir tutélaire et intelligent, qui connait si bien les besoins d'un peuple, et répond merveilleusemcnt à ses aspirations. Aussi, instrument mystérieux de la providence, vous avez apparu au milieu des tempêtes qui menaçaient d'engloutir la société tout entière ; et dans un instant, votre esprit ferme et résolu a dompté les factions et rétabli l'ordre et la sécurité. Aujourd'hui votre gouvernement,devenu héréditaire par Ies acclamations universelles dont vous avez été salué, et par Ie vote réfléchi et reconnaissant dc huit millions d'électeurs, votre gouvernement, le plus légitime que puisse citer l'histoire, va fermer pour jamais l'ère des révolutions; il assurera à notre chère patrie les conquêtes de 89 ; il donnera à votre peuple des institutions qui le moralisent, tout en augmentant son bien·être; par une liberté de commerce largement progressive, il doublera la prospérité du pays, et surtout celle de la classe ouvrière à laquelle vous portez un si vif intérêt. Votre noble caeur qui a connu l'intortune et sait y compatir, va, par un grand acte de clémence, porter la consolation et la joie parmi tant d'exilés qui n'aspirent qu'au bonheur de revoir la patrie, et dont les familles éplorées sont encore plus à plaindre qu'eux. C'est ainsi que, répandant chaque jour de nouveaux bienfaits sur notre belle France, vous ajoutez au titre glorieux de sauveur de la patrie qu'on vous a déjà décerné, le titre plus doux de père du peuple.

Vivé l'empereur Napoléon III.

2 décembre 1852.

Le Second Empire fut pour Bessan une ère d'embellissement et de prospérité.

Un groupe de vieilles maisons qui formaient, entre l'église et la mairie, l'  " Ile Jaumes " fut détruit, et, sur son emplacement fut installée la place de Peyrou.

De même, le jeu de ballon, depuis quelque temps déjà abandonné par les joueurs, fut abattu et servit à former une promenade publique, au fond de laquelle fut construite l'école maternelle.

L.'antique bac qui reliait la rive droite de l'Hérault à la rive gauche fut remplacé par un pont suspendu.

Enfin, sur la demande de la municipalité, la voieferrée passa à Bessan, et une gare fut édifiée au point où la route de Béziers à Marseillan atteignait le village, Le 21 décembre 1862, en présence d'une foule nombreuse, le clergé bénit à la fois la gare, le pont suspendu et la salle d'asile.

La municipalité; avait manifcsté l'intention de doter la commune d'eaux abondantes et potables, car la seule source de " La Fontaine " ne pouvait plus suffire aux besoins d'une telle agglomération.

Mais les travaux furent infructueux. L'on fora jusqu'à cent-quarante-six mètres de profondeur, sur la place du Peyrou, sans pouvoir trouver l'eau jaillissante qui devait permettre d'arroser toutes les rues.

Il était réservé aux municipalités Thomas et Lignères de reprendre ce projet. cinquante ans plus tard et d'aboutir. avec un plein succès, à la réalisation d'une entreprise si utile.

Au point de vue social, Bessan se signala, pendant cette période, par une étrange lutte entre une société de musique et une société chorale " l'orphéon du Prince impérial ".

Cette lutte eut même de profonds échos au conseil municipal où, pendant trois ans de 1867 à 1870, le maire, Barral, ne put jamais se mettre d'accord avec ses conseillers.

La grande épreuve de 1870 mit fin à toutes ces discussions. Comme toujours, Bessan fit son devoir. La municipalité vota une première subvention de 1.000 francs pour la compagnie des francs-tireurs du département de l’Hérault, et, dans la suite, 2.000 francs pour l’armement des gardes nationales sédentaires.

Une dizaine d'enfants de Bessan furent incorporés dans les armées luttant contre l'envahisseur, mais le sort leur fut favorable, aucun d'eux ne tomba sur les champs de bataille.

La proclamation de la troisième République trouva Bessan tout disposé à suivre le nouveau régime constitutionnel.

Chose bizarre ! une nouvelle municipalité avait été élue aux premiers jours de la Guerre et, le 31 août 1870, à l’avant-veille de la capitulation de Sedan, elle avait, en la personne du premier conseiller élu, Aubin (Hyppolyte), prêté serment de fidélité à l'empereur.

Ce fut cette même municipalité qui fut maintenue, à titre de commission spéciale, par le préfet de l'Hérault , le7 mars 1871.

Les événements qui se sont succédés à Bessan depuis lors sont encore trop présents dans la mémoire des Bessanais de nos jours pour qu'il soit nécessaire d’en parler longuement.

Nous mentionnerons cependant les faits relatifs à certaines institutions importantes qui ont été créées ou qui se sont transformées.

L'école primaire avait été établie à l'origine dans un petit immeuble qui se trouvait adossé à l'église paroissiale, sur une partie du cloître (la clastre). Elle fut transférée plus tard dans un immeuble municipal situé rue des Hortes (ou rue de l'Ancienne Poste). Mais le local était trop petit et il fallut trouver autre chose. Après de longues hésitations sur le point de savoir si l’Ecole communale serait bâtie sur un terrain situé à l’extrémité du village, et appartenant à M. de Jacomel, ou sur un terrain appartenant à M. Fronzes, on se décida, à titre provisoire, pour l'emplacement actuel (1885).

Vers la même époque, fut construite une école libre de garçons qui devait être dirigée par les frères des Ecoles Chrétiennes.

L'école communale des filles et l'école maternelle furent laïcisées en 1882.

La Poste, établie à ses débuts, dans une maison particulière de la Grand'Rue, fut ensuite transférée dans l'irnmeuble attenant à l'église (1878), de là, dans les anciens bâtiments scolaires de la rue des Hortes (1885) et, finalement, dans la Grand'Rue.

Nous mentionnerons encore l'achat pour une somme de 2.000 francs, d'une statue de la République qui fut d'abord élevée sur la promenade publique (1884), en remplacement d'un arbre de la liberté menaçant ruine, et, plus tard (1894), transférée à la place du Peyrou.

Et, maintenant, dirons-nous ce que fut la contribution de Bessan à la Grande Guerre ? Raconterons-nous son magnifique eff'ort ? Parlerons-nous de ses souffrances et de ses deuils ?

Un tel exposé ne nous paraît pas nécessaire.

Ces choses-là sont trop ancrées dans le coeur des Bessanais pour que le souvenir puisse en être effacé.

Déjà, le nom des Bessanais qui ont accompli le sublime sacrifice est gravé sur le marbre dans l'église paroissiale; il le sera bientôt sur un monument élevé à leur mémoire. Nos arrière-petits-enfants n'auront certes pas besoin de consulter une histoire locale pour connaître la vaillance et le patriotisme des enfants de Bessan qui, mieux que les Romains, mieux que les seigneurs féodaux, mieux que les combattants de la guerre des Albigeois, mieux que les soldats de Napoléon Ier, ont montré aux générations futures comment on savait mourir pour la Patrie et la défense du sol natal.