HISTOIRE DE BESSAN
d’Etienne Clapiés (1923)
CHAPlTRE PREMlER
PÉRIODES CELTIQUE, ROMAINE, WISIGOTHE ET CARLOVINGIENNE
(Des origines jusqu'en 843, année de la signature du traité de Verdun)
Etymologie du mot " Bessan " ; sa signification celtique. - La source de la " Fontaine ". – Les premiers peuples du Midi. - Lce Grecs à Agde et à Saint-Thibery. - Passage d'Annibal. - La conquête romaine ; ses vestiges : " La Mounédieiro " et la " grange des fées ". -Les invasions : Ies Vandales, 1es Wisigoths. - La Septimanie : occupation franque
Après avoir visité Pézenas, cité gallo-romaine et l'un des premiers séjours du grand Molière, le voyageur, Amoureux des choses du passé, pense tout naturellement à porter ses pas vers Agde, la vieille colonie phocéenne.
Une route longue de 18 kilomètres s'offrira à lui, mais cette route ne le distraira pas de ses rêveries, car chaque localité rencontrée sur son passage lui rappellera une nouvelle page d'histoire.
Ici, c'est Nézignan-L'Evêque, souvenir des évêques - comtes d'Agde, seigneurs en toute justice du lieu ; plus bas c'est Saint-Thibery, l'antique Cessero. qui fut j adis, dit-on, capitale d'un royaume ; et voilà qu'après avoir laissé à sa droite le volcan éteint des Monts-Ramus, lui apparaîtra, répandu dans la plaine de l'Hérault, un gros village, tout entouré de vignes,1'air presque neuf, montrant cependant avec une certaine fierté un vieux clocher, son meilleur titre de noblesse.
Ce gros village, c'est Bessan !
On peut définir en quelques mots sa situation actuelle ; il a 3.100 habitants et vit de la vigne.
Mais quel est son passé ? qui l’a fondé ? comment s’est-il développé ?
--o—o—O—o—o--
I1 est une méthode généralement employée par les historiens pour expliquer les origines d’une cité, c’est celle qui consiste à rechercher la signification de son nom.
Que veut dire le mot " Bessan " ?
Dans le Bulletin de la Société archéologique de Béziers (t. III, , 2ème série, année 1865), Carou, considérant que dans la langue celtique le mot " Bes " " Bouleau ", se demande s'il ne conviendrait pas de reconnaître là, l’étymologie de Bessan.
" les mots celtes, dit-il, se retrouvent sûrement dans les désignations d’un grand nombre de localités de la France, et le radical " Bes " paraît avoir donné le nom à certaines de ces localités. Nous avons Bessac dans l’Angoumois, Bessas dans le Vivarais, Bessat dans le Forez, Bessay ou Bessé dans le Bourbonnais, le Poitou, l'Angoumois, le Périgord, l'Anjou, Besse dans l'Auvergne, la Provence, le Dauphiné, Besset dans le pays de Foix, Bessancourt dans l'Ile-de-France "
Bessan pourrait donc rentrer dans cette catégorie et signifier une forêt de bouleaux. un lieu largement planté de ces arbres.
Ainsi, notre village remonterait à l'époque celtique, à la plus haute antiquité par conséquent, puisque les Celtes (Celtæ, Galatæ, Galli), issus de la grande famille aryenne ou indo-européenne, sont considérés comme les premiers habitants de la Gaule.
Alors chose étonnante, Bessan serait plus ancien que Béziers. plus ancien qu'Agde.
En effet, peu à près l'arrivée des Celtes, le Midi de la France fut envahi d'une part par les Ligures Alpini, qui, après avoir franchi la chaîne des Alpes, se répandirent dans la Provence, traversèrent le Rhône et occupèrent le Bas-Languedoc, et, d’autre part, par- les Ibères, qui venus d'Espagne, fondèrent, si l'on en la tradition, Béziers et Ambon. l'Agde primitive.
Mais, l'histoire scientifique émet les doutes les plus sérieux sur l'origine ibérique de Béziers et d’Agde, à plus forte raison serions-nous taxés d'exagération si nous prétendions faire remonter l'origine de Bessan à l’époque celtique.
Au surplus, Bessan pouvait être une forêt de bouleaux, sans que son territoire fût déjà peuplé.
Il est cependant une chose qui, à notre avis, aurait pu retenir les premiers peuples , d’une façon assez constante sur l’emplacement de Bessan, c’est la source de " la Fontaine ". Cette source, aujourd’hui voûtée et surmontée d’une maçonnerie rectangulaire, dont la construction remonte à l’époque de la Restauration, a été de tous temps, l’objet des préoccupations des Bessanais qui, successivement, y ont apporté tous leurs soins pour conserver la limpidité de ses eaux.
Comme les peuples primitifs de la Gaule recherchaient de préférence, pour établir leurs habitations, les terrains situés près des rivières ou des sources, il ne serait pas surprenant que " la Fontaine " ait incité de bonne heure un groupe de Celtes, de Ligures ou d’Ibères à venir se fixer près d’elle.
Quoiqu’il en soit, ce qui est généralement admis par l’histoire, c’est que Bessan a une origine romaine.
Comme les nombreux villages du Bas-Languedoc, dont le nom possède la désinence " an " Marseillan, Vendémian, Nissan, Paulhan, Nézignan, etc, le mot " Bessan " désignerait une villa, une grosse ferme, qui portait le nom de son propriétaire. C’était le bien de Bessus qu’en latin on dénommait Bessianus fundus, de même que l’on disait Nezignanus fundus, Paulhanus, fundus (Voir l’ouvrage Lieux historiques de France par Longnon).
Et en effet, il est des preuves sérieuses dénotant le passage des Romains à Bessan.
Quant à ce Bessus, propriétaire de Bessan, qui était ce ? un officier romain, un général de Jules César ? ou plus simplement, un habitant déjà en possession de cette terre à l'arrivée des Romains. Peut-être même un Celte qui portait le nom du bouleau ?
Ce serait alors concilier ce qu'il y a de celtique et de romain dans le nom de Bessan.
Mais il faut abandonner le domaine des suppositions pour entrer définitivement dans celui des faits.
Qu'était Bessan à l'époque de la conquête romaine, c'est-à-dire environ un siècle avant l'ère chrétienne ?
Et tout d'abord nous avions à six kilomètres du village la ville phocéenne d'Agde.
Les Phocéens sont venus dans le midi de la France 6oo ans avant Jésus-Christ. Un navigateur phocéen, Protes ou Euxène, abordant à cette époque tout près de Marseille, y rencontra une tribu ligure, les Segobriges, dont le chef Nann lui donna sa fille Gyptis en mariage et un emplacement pour construire Marseille. Les compatriotes de Protes ou Euxène, avisés de cet excellent accueil donné à l’un des leurs, s’empressèrent de venir en grand nombre le rejoindre. Montés suer des galères à 50 rames portant à leur proue une tête de phoque sculptée, ils quittèrent les rivages d’Asie, leur patrie, emportant avec eux des vivres, des semences, des plants de vigne et d’olivier, des armes, du feu sacré destiné à leurs autels et une statue de Diane remise par la pythonisse d’Ephèse (Voir l’ouvrage Histoire de la Marine française par De la Roncière).
Peut-être faut-il voir là, l’origine de la plantation de la vigne dans le Midi, quoique certains prétendent que la vigne existait déjà dans nos contrée à cette époque.
Dans tous les cas, l’exode des phocéens s’accrut encore, surtout lorsque Cyrus fit la conquête de la Phocée, et bientôt les nouveaux venus peuplèrent les côtes du Languedoc et de Provence, fondant de nombreuses villes, Nicaea (Nice), Antipolis (Antibes), Carcabaria (Saint-Gilles), Agathé (Agde), Emporiae (Ampurias), etc.
Donc à quelques kilomètres au sud de Bessan, existait aux Vème et IVème siècle avant Jésus-Christ, une colonie phocéenne, grecque par conséquent, puisque les Phocéens étaient des Grecs, et qui vivait en étroites relations avec Marseille, son aïeule.
L’histoire nous apprend d’autre part, qu’à 4 kilomètres au nord de Bessan, il y avait une autre colonie grecque, le royaume de Cessero (aujourd'hui Saint-Thibery). La tradition nous a même conservé les noms de ses deux derniers rois, Momorus et Atépomarus, qui régnaient simultanément 35o ans avant Jésus-Christ.
Nous n'avons aucun renseignement précis sur l'étendue de ce royaume ; peut-être n'était-il pas plus grand que les cantons de nos jours !…
De quelle colonie ou de quel royaume dépendait alors Bessan, en supposant même que Bessan existât déjà ?
Certains auteurs avancent que notre localité était à cette époque un repaire de brigands qui attaquaient les marchands et les voyageurs se rendant d'Agathé à Cessero ...
C'est une pure invention que rien ne permet d accréditer...
Nous devons ;ajouter que, concurremment avec les Grecs d'Agathé et de Cessero, vivaient dans notre région les Volces Tectosages. peuple essentiellement agricole et ayant même origine que les Celtes. Ils habitaient le Haut et le Bas Languedoc jusqu’aux rivages de l'Hérault. tandis qu'une autre branche de la même famille, les Volces Arécomiques, se répandait au delà de cette rivière jusque au Rhône.
Les Bessanais. si adonnés à l'agriculture, ne descendraient-ils pas des Volces Tectosages ?
Mais reprenons la suite des événements.
Nous venons de parler du royaume grec de Cessero gouverné 35o ans avant Jésus-Christ par les rois Momorus et Atépomorus. Ce royaume s'était mis du côté des Rhodiens en guerre avec les Grecs de Marseille. Mal lui en prit, car Marseille fut victorieuse, s'annexa Cessero, tandis que Momorus et Antépomorus prenaient la fuite.
Une tradition veut que ces deux rois, à la suite de leur défaite aient remonté le Rhône et soient allés fonder la ville de Lyon.
Voilà donc Marseille complètement maîtresse de la région. Elle paraît à l'apogée de sa puissance lorsque sa jalousie envers Carthage la jette dans les bras des Romains.
Fntre temps, un grand conquérant s'avance de l'Espagne. c'est Annibal qui, héritier de la haine d'Amilcar. son père, contre Rome. marche, en l'an 125 Av .J.-C., à la tête d'une immense armée. II emprunte le chemin, devenu plus tard, après la conquête romaine, la via Domitiana, passe par conséquent, entre Bessan et Saint-Thibéry, traverse l'Hérault sur un pont de pierre, à l’endroit même où les Romains devaient bâtir un pont dont nous pouvons encore voir cinq arches, et après avoir franchi les territoires de Florensac, Pinet et Castelnau se porte vers le Rhône, évitant l’hostilité de Marseille.
Rome fut finalement victorieuse d'Annibal et des Carthaginois. Dans son triomphe, elle oublia vite l'aide que lui avait jadis donnée Marseille.
Invoquant les services rendus, Marseille avait fait appel à Rome dans sa lutte contre les Ligures transalpins.
Les Romains accoururent ... mais, une fois le danger écarté, ne s'en allèrent plus. Sous le couvert de leur alliance avec Marseille ils fondèrent Aix (124 ans av.J.-C.), occupèrent Narbonne (118 ans av. J.-C.) se répandirent dans le Biterrois, et finalement, Jules César, prit Marseille et annexa à l'empire romain notre territoire devenu une partie de la province de la Narbonnaise.
Bessan n'a pas eu l'heureuse fortune, comme Narbonne, comme Orange, comme Saint-Thibery même, de voir édifier sur son sol des monuments romains impérissables qui font aujourd'hui l'admiration de tout le monde.
Les vestiges de la conquête romaine se réduisent à peu de chose : un champ où gisent des débris de poterie romaine, et, si l'on en croit la tradition, le tombeau (tumulus) d'un officier romain.
Le champ de poteries romaines est situé derrière le cimetière actuel au ténement dénommé " Mounedieiro " ;
ce dernier nom, qui signifie "dép6tde monnaie " viendrait de ce qu'une quantité de pièces romaines ont été trouvées sur l'emplacement (Etude de M. Aibram parue dans l’Hérault Historique).
Quant au tumulus, il s'élève à une cinquantaine de mètres avant d'arriver au croisement des routes de Bessan à Agde et de Vias à Florensac, sur un exhaussement de terrain. C'est une construction rectangulaire de six mètres environ de longueur, de trois mètres de largeur et de hauteur, surmontée d'une voûte cintrée à briques rouges, pareilles à celles de l'époque gallo-romaine, et complètement enfouie dans la terre à l'exception de l'entrée, protégée par une porte de bois ordinaire et très usée.
Ce monument aurait été bâti par les armées romaines en l'honneur de l’un de leurs chefs qui y aurait été enseveli avec son cheval.
De nos jours, on le désigne sous le nom de "Grange des Fées ", à cause, sans doute, de quelque famille nomade qui l'aurait habitée pendant un assez long temps (En 1970, M. Casthilet, fils, membre d’une commission nommée par le préfet de l’Hérault pour faire des recherches utiles à l’histoire du Languedoc, émit l’avis que la " Grande des Fées " était bien un tombeau romain. Sur sa demande, la Municipalité invita les habitants à remettre à la mairie les urnes cinéraires, jarres, bouteilles et tous autres objets intéressants que l’on pourrait trouver dans les environs de cet emplacement.)
La conquête romaine se prolonge durant de nombreuses années sans qu'aucun événement remarquable ne vienne illustrer la région.
Les empereurs romains se succèdent : d'abord les empereurs de la famille d'Auguste (de14 à 68 ap. J.C.), ensuite les Antonins (96-192), puis, après un siècle d'anarchie militaire, Dioclétien (284 à 305), Constantin (306-337), Théodose (379-395) et nous assistons alors à l'invasion de la Gaule par les Barbares.
Les Vandales arrivent les premiers : ils remontent l'Espagne, envahissent le midi de la France, assiègent Agde sans succès, mais font périr sous leurs coups, saint Venuste, premier évêque de cette ville, et, saint Thibery avec ses compagnon Modeste et Florence.
Quatre siècles plus tard, en l'an 780, un jeune seigneur nommé Attilio, ami de saint Benoît d'Aniane, devait, près du tombeau du martyr Thibery, fonder un monastère qui jusqu'à la Révolution. jeta un si vif éclat dans notre Bas-Languedoc.
Après les Vandales, voici les Wisigoths, sous la conduite de leur roi Alaric. Ils sortent de l'Orient, traversent la Grèce, pillent Rome et s'installent dans le midi de la France. Leur domination ne dut pas être des plus sévères, puisque. en l'an 506, un de leurs rois, Alaric II, bien que de religion arienne, laisse de nombreux évêques catholiques se réunir en concile à Agde.
Mais les peuples envahisseurs s'entrechoquent : Clovis, roi des Francs, attaque Alaric lI à Vouillé, près de Poitiers, le tue et s'empare de son royaume. Cette conquête ne reste pas cependant entière, car bientôt après, un fils d'Alaric II, Amalaric, réussit à arracher à Thierry, fils de Clovis, grâce à l'aide de Théodoric, roi des Ostrogoths d'Italie, une partie de la Narbonnaise, la Septimanie, la province aux sept grandes villes : Narbonne, Agde, Lodève, Béziers, Maguelonne, Carcassonne et Elne.
Les Wisigoths occupèrent cette province jusqu'en 752, date à laquelle elle fut conquise par Pépin le Bref.
Cette occupation ne fut pas des plus tranquilles. Une fois, c'est Wamba, roi d'Espagne, qui vient faire le siège d'Agde (673), une autre fois, ce sont les Musulmans qui envahissent la France et vont se faire battre à Poitiers par Charles Martel (732).
Le célèbre Carlovingien les talonne dans leur retraite et, pour éviter leur retour, brûle les villes qui pouvaient leur servir de refuge, Nîmes, Agde, Béziers et Maguelonne.
Réunie à l'empire franc, la Septimanie fut efficacement protégée. quoi qu'elle connût encore, à certaines époques, le retour des Musulmans plus connus, alors, dans notre région, sous le nom de Sarrazins.
Agde conserva le rang que lui avaient donné les Wisigoths et elle devint le chef lieu d'un comté ; de même que Béziers sa voisine. Le premier comte d'Agde, dont l'histoire fasse mention, est Gamacharius qui régnait en 541.
Mais, un événement remarquable se produit en France, c'est le traité de Verdun, passé en 843, entre les fils de Louis le Débonnaire, qui partage l'empire de Charlemagne en trois royaumes : la France à Charles le Chauve, l'Italie à Lothaire, l'Allemagne à Louis le Germanique.
La France constitue désormais une nation bien définie: nous entrons dans une nouvelle période.
CHAPITRE II
PÉRIODE FÉODALE
(De 843 à 1229, année de la réunion du Languedoc à la couronne de France)
Vicomtés d’Agde et de Béziers. - L'église Sainte-Marie de Bessan. - Touroulle et Coussergues. -L'église Saint-Pierre : conflit relatif à cette église entre Ies moines, de la Chaise-Dieu et les moines de Saint-Thibéry. –Les Premiers seigneurs de Bessan : Ratier. - La croisade des Albigeois.- Accord de 1210 entre Thédise et Amaury de Montfort.
Devenu roi de France, Charles le Chauve (843-877) a fort affaire. d'abord pour imposer son autorité :à tous ses sujets, et, ensuite, pour défendre son royaume contre de nouveaux envahisseurs.
I1 a à lutter à la fois contre les Normands au Nord et à l’Ouest, contre les Hongrois à l'Est, contre les Sarrazins au Sud, et, les gouverneurs de ses provinces, jadis si dévoués à son grand-père Charlemagne, mettent peu d'empressement à lui venir en aide.
Persuadé que ces gouverneurs protégeront mieux le territoire qui leur est confié s'ils luttent pour leur propre compte, il se décide à les attacher d'une façon définitive à leurs charges en leur conférant l’hérédité et en ne réservant pour lui-même qu'une puissance nominale (capitulaire de Kiersy-sur-Oise).
La France devient alors un assemblage de duchés, comtés, vicomtés, baronnies, seigneuries, réunis entre eux par des liens de vassal à suzerain. sous l'autorité lointaine du roi.
Nous avons vu que sous les premiers Carlovingiens, Agde et Béziers étaient chefs-lieux de comté.
En 897, Agde ne possède plus de comte, mais un vicomte, Boson, qui deviendra également vicomte de Béziers à la suite de son mariage avec Adélaïde, fille de Reynald, premier vicomte connu de cette ville.
Une descendante de Boson, Ermengarde, soeur de Roger III, comte de Carcassonne décédé sans postérité en 1067. réunira les vicomtés d'Agde et de Béziers aux vicomtés d'Albi et de Nîmes par suite de son mariage avec Raymond Bernard, souche des Trencavels.
Ces quatre vicomtés se trouveront dans la suite réparties entre les petits-fils d'Ermengarde : Bernard Aton, vicomte d'Agde, Raymond Trencavel, vicomte de Béziers, et Roger.
Roger étant décédé sans postérité en 1150, ses deux frères se partageront la succession et, à cette occasion, passeront un accord en vertu duquel les territoires situés sur la rive gauche de l'Hérault, Vias, Bessan, Saint-Thibery, Nézignan, Conas, Pézenas, Preignes et Coussergues, qui, jusque-là dépendaient de la vicomte d'Agde, seront annexés à la vicomté de Béziers.
Enfin, en 1187, Bernard Aton, vicomte d'Agde et de Nîmes, remettra la vicomté d'Agde à Pierre, évêque d'Agde, dont les successeurs conserveront ainsi le titre de vicomte d'Agde jusqu'à la Révolution, tandis que Béziers appartiendra aux descendants de Raymond Trencavel ,jusqu'en 1247.
La donation de Bernard Aton, effectuée solennellement devant l'autel de l'église de Notre-Dame du Grau, fut confirmée par Raymond, comte de Toulouse, qui devint suzerain de l'évêque.
Il est vrai qu'avant de recevoir la vicomté d’Agde, les évêques étaient déjà propriétaires, dans le diocèse, de nombreux biens qu'ils avaient acquis des libéralités de Charles le Chauve ou des largesses des vicomtes (En 848, Charles le Chauve à la requête du comte Appolonius avait donné aux évêques d’Agde le tiers des droits de péage, de tonlieu et de pêche dans le conté).
Ce court exposé des variations subies du IX ème au XII ème siècle par les territoires des deux vicomtés expliquera comment, au début de la période féodale, les seigneurs de Bessan, pour l'acquisition ou la transmission de leurs biens et de leurs droits, seront en relations tantôt avec les évêques d'Agde, tantôt avec tes autorités politiques et religieuses de Béziers.
Nous pouvons entrer maintenant dans le détail des événements particuliers à Bessan, tels que nous le connaissons d'après les documents qui nous sont restés.
En 940, Rodoald, évêque de Béziers, et son chapitre font donation au monastère de Saint-Pons de Thomières de l'église Sainte-Eulalie de Thomières et de l'église Sainte-Marie de Bessan.
Le comte de Toulouse venait de fonder ce monastère, devenu, plus tard, en 1317, siège épiscopal, et selon l'usage, il avait fait appel pour le doter à la générosité des évêques et des seigneurs de la région.
Ainsi donc, il y avait à Bessan, en 940, une église placée sous le vocable de Sainte-Marie.
Nous verrons plus loin que, dès l'an 1070, existait à Bessan une église dédiée à saint Pierre.
S'agit-il là d'une seule et même église qui dans une période de cent-trente ans n'a fait que de changer de vocable?
La chose est fort possible puisque, après 940, il n'est jamais plus question de l'église Sainte-Marie et que, par ailleurs, Bessan était une communauté trop peu importante pour pouvoir posséder deux églises à la fois.
Quelques années après la cession de l’église Sainte-Marie, exactement le 17 avril 969, l’évêque et les chanoines de Béziers font un échange de biens avec Itier et Pons frères, seigneurs de la région ; ils donnent à ces derniers le lieu de Pradines et recoivent par contre la moitié de .l’église Saint-Estève, dans le Narbonnais, l'alleu. c'est-à-dire la terre libre, de Bessan, le lieu Samprunian avec le tiers de l'église Saint-André, le tout au diocèse de Béziers.
En 940, à la suite d'un concile tenu à Narbonne, le vicomte de Béziers cède - ou restitue - à l'abbé de Saint-Thibery des biens situés à Coussergues et trois maisons de Touroulle, ainsi que les églises Saint-Jean, Sainte-Marie, Saint-Pierre et Sainte-Suzanne de Florensac.
L'histoire de Bessan nous montrera le développement pris au cours de moyen-âge par Touroulle qui possédait un château, une église, une communauté d'habitants organisée, et dont il ne reste plus aujourd'hui que les fondations en ruine d'un château, s'élevant sur un mamelon à un kilomètre de Bessan, en bordure de la route de Florensac à Vias.
Franchissons un siècle de plus ; c'est Béranger Ier, évêque d'Agde, qui en 1070, donne l'église Saint-Pierre de Bessan, avec ses revenus, à l'abbé de Saint-Thibery ; c'est également un autre évâque d'Agde. Bernard, qui, le 25juillet 1111 inféodeà Déodat de Bessan les redevances et usages qu’il possédait dans cette localité sous obligation de l'hommage et du serment de fidélité.
II nous faut ouvrir maintenant une lar5e parenthèse pour raconter un conflit qui occupa fort le midi de la France au cours du XIIème siècle, celui relatif à l'église de Bessan.
Béranger Ier, évêue d'Agde, avait, nous venons de le voir, fait donation en 1070, de l'église Saint-Pierre de Bessan à Déodat, abbé de Saint-Thibery. Les moines de ce couvent s'étaient naturellement empressés de prendre possession de leur nouveau bien. lls en jouissaient en paix depuis une trentaine d'années lorsque l'évêque donataire - est-ce par oubli ?- donna la même église à l'abbaye de la Chaise-Dieu en Auvergne.
Comme jadis Rodoald, évêque de Béziers, sa générosité avait été sollicitée en vue de doter cette abbaye que venait de fonder saint Robert, non loin de Brioude, dans la Haute-Loire.
Les moines de la Chaise-Dieu, nantis de leur titre de donation, se présentèrent à l’évêché d'Agde pour demander leur mise en possession de l'église de Bessan.
Béranger Ier, venait de mourir : son successeur, Bernard, ne put, en présence du titre présenté, que recevoir la demande des moines de la Chaise-Dieu et les installer dans l'église Saint-Pierre.
Lesbénédictins de Saint·Thibery se retirèrent, mais en protestant. La Chaise-Dieu avait un titre de donation, c'est entendu, mais eux n'avaient-ils pas un titre antérieur qui par conséquent devait prédominer ?
ll fallut juger le différent. Un plaid, c'est-à-dire une cour de justice, se réunit à Cabrils pour examiner l'affaire.
En présence de Bertrand, archevêque de Narbonne, son métropolitain, de certaines personnalités ecclésiastiques, des moines de la Chaise-Dieu, et des bénéictins de Saint-Thibery, Bernard, évêque d'Agde, reconnut que c'était à tort qu'il avait introduit 1es moines de Chaise-Dieu dans l'église de Bessan, car, d'après le témoignage de personnages authentiques, il avait appris que son prédécesseur Béranger avait déjà donné cette église à l'abbaye de Saint-Thibery.
En conséquence, il ordonna la restitution de l'église à Saint-Thibery.
Les moines de la Chaise-Dieu n'acceptèrent pas la sentence rendue. ll fallut encore rejuger leprocès, et un second plaid tut tenu â Corbian, en 1126 : y assistèrent Arnaud, archevêque de Narbonne, Adalbert, évêque d'Agde, Jean, évêque de Nîmes.
L'affaire fut examinée à fond. Les moines de Saint-Thibery produisirent des témoins qui répétèrent les déclarations faites à Cabrils par Bernard, évêque d'Agde et, pour la seconde fois, ils gagnèrent le procès.
Mais ceux de la Chaise-Dieu, une fois de plus, ne voulurent pas se considérer eomme battus, et ils en appelèrent à une nouvelle assemblée d'évêques. Cette fois, ce tut un véritable concile qui se tint à Loupian, à cet effet, en 1129. Sous la présidence d'Arnaud, archevêque de Narbonne, se réunirent, Adalbert, évêque d'Agde, Raymond Archidiacre d'Agde, Jean, évêque de Nîmes, Pierre, évêque de Lodève, Raymond, évêque de Maguelonne, Auger, abbé de Lodève et de nombreux autres religieux.
Etienne, abbé de la Chaise-Dieu, et Arnaud, abbé de de Saint-Thibery se rendirent à l'assemblée et y firent défendre leurs droits par le ministère de leurs avocats.
Les parties s'étant bien défendues, les allégations des deux côtés ayant été bien examinées, le concile de Loupian rendit sa sentence : Saint-Thibery avait raison.
Les moines de la Chaise-Dieu avaient un entêtement peu ordinaire : ils ne voulurent pas quitter l'église de Bessan : ce que voyant, Adhémar, successeur d'Arnaud, déposa une plainte entre les mains du pape Innocent Il qui justement était venu dans la région en 1130.
Le pape confirma l'arrêt du concile de Loupian.
II est assez plausible d'admettre qu'Innocent II vint à Bessan se rendre compte, sur place, de l'objet du litige, car, d'après une tradition, un pape serait passé à Bessan et à notre avis, ce sont les seules circonstances qui puissent expliquer une visite papale.
Mais deux plaids, un concile, un pape, ne vinrent pas à bout de l'obstination de l'abbaye de la Chaise-Dieu.
Ses moines étaient venus s'installer à Bessan, ils entendaient y rester envers et contre tous, au besoin par la force d'inertie.
Cela ne faisait pas l'affaire des bénédictins de Saint-Thibery. Adhémar, s'en plaignit vivement à Raymond, évêque d'Agde, nommé depuis peu à ce siège épiscopal.
Raymond prit fait et cause pour Adhémar et avant de recevoir la consécration des mains d'Arnaud, archevêque de Narbonne, il exigea que ce dernier fasse exécuter la sentence qu'il avait rendue à Loupian.
Le légat du pape, le cardinal Guy fut également saisi de cette affaire par les soins d'Adhémar ; surpris de la mauvaise volonté des moines de la Chaise-Dieu, il écrivit une lettre à Arnaud et à Raymond daus laquelle il exprima, et son étonnement et son affliction : " Vénérables frères, leur dit-il, afin que les ordres du Pape et votre sentence obtiennent la force de la confirmation, nous demandons à votre sagesse que, par respect pour le Bienheureux Pierre, sous la tutelle et la protection duquel le monastère de Saint-Thibery est placé, vous preniez ce monastère en considération dans un but de charité, que vous le mainteniez, que vous le défendiez des atteintes des hommes malhonnêtes et que sans délai vous fassiez exécuter et observer fermement le jugement rendu dans cette affaire ".
Les " hommes malhonnêtes " ne bougèrent pas davantage. lls avaient en Auvergne des protecteurs puissants, ils firent tant et si bien qu'ils obtinrent du pape un nouvel examen de l'affaire.
Et Hugues, archevêque de Rouen, délégué par Innocent II, convoqua à Montpellier le 3 novembre 1134 une assemblée d'évêques.
II y avait là, Bernard, archevêque d'Arles, Arnaud, archevêque de Narbonne, Raymond, évêque d'Agde, Guillaume, évêque d'Orange, Pierre, abbé de Saint-Gilles et " des personnes religieuses en grand nombre ".
Adhémar, fort de son bon droit, fut présent au rendez-vous : mais l'abbé de la Chaise-Dicu se déroba. Il se contenta d'envoyer à l'archevêque Hugues, à Tarascon, des messagers porteurs d'une lettre par laquelle il signifiait qu'il ne pourrait venir au jour fixé " parce qu'i! avait à célébrer quelque fête d'usage de chapitre avec ses frères et que, du reste, il ne pourrait se rendre à Montpellier en toute sécurité à cause de Pierre de Ribolte, son ennemi ".
" Vain prétexte ", lui répondit Hugues, " ne devons-nous pas nous-mêmes passer à travers des ennemis et des embûches manifestes que nous prépare ouvertement en maints endroits Ildefonse, le comte de Toulouse ? "
Dans ces conditions le procès ne pouvait pas mieux se présenter pour Saint-Thibery. L'évêque d'Agde s'avança le premier : assisté de ses clercs, il affirma que, d'après les déclarations de ses prédécesseurs, l'église de Bessan appartenait bien, en droit et en fait, à l'abbaye de Saint-Thibery; on produisit l'acte de donation de Béranger, on amena des témoins " anciens et de bonne renommée " qui affirmèrent avoir vu les moines de Saint-Thibery posséder l'église de Bessan sans aucun trouble durant de longues annés avant que les moines de la Chaise-Dieu ne vinssent s'y installer.
L'archevêque de Narbonne et d'autres témoins authentiques rendirent compte des déclarations faites à Cabrils par Bernard, évêque d'Agde, et rappelèrent la lettre de recommandation du cardinal Guy.
L'abbé de Saint-Thibery produisit à son tour d'autres témoins ayant assisté au plaid de Corbian et au concile de Loupian savoir, Arnaud, archevêque de Narbonne, Ermangaldus,archidiacred'Agde, R"'sacriste, le maître Dulcianus.
La cause étant entendue, l'archevêque Hugues ordonna la possession à perpétuité de l'église de Bessan avec ses dîmes et tout ce qui en dépendait, en faveur d'Adémar, de ses successeurs et du monastère de Saint-Thibery.
Pour la quatrième fois, Saint-Thibery avait gain de cause !
Mais hélas,c'était, après tout, un jugement par défaut et les moines de la Chaise-Dieu étaient bien trop chicaniers pour s'incliner.
Cinq ans après, en1139, un nouveau concile est réuni à Uzès pour s'occuper de cette aft'aire interminable.
C'est le cardinat diacre Guy qui est chargé par le pape Innocent d'en finir.
II examine le conflit avec Guillaume, archevëque d'Arles, Pierre, évêque de Nice, Raymond, évêque d'Agde, Guillaume, évêque de Nîmes, Jean, évêque de Viviers, Etrald, ëvêque d'Uzès, Pierre, abbbé de Saint-Gilles, Jean, abbé de Saint-Allyre de Clermont, se fait remettre les pièces, entend les témoins et est prêt à rendre sa sentence. Mais il se rend compte que cettc sentence risque d'avoir le même résultat que les précédentes, et il propose de régler le litige à l'amiable, cc qui est accepté par les deux parties.
Les bénédictins de Saint-Thibery prendront possession de l'église de Bessan avec les dîmes et tout ce qui est connu lui appartenir, mais, chaque année, à la solemnité de la Pentecôte, ils paieront aux moines de la Chaise-Dieu quinze sous melgoriens. Un sou melgorien valait 0 fr. 40 de notre monnaie (Note : en 1923, date de publication de cet ouvrage).
Comme clauses accessoires il est entendu que les moines de la Chaise-Dieu conserveront la propriété des biens n'appartenant pas à l'église de Bessan qui auront pu leur être donnés par des personnes ayant pris l'habit relieieux, soit de leur vivant, soit à leur lit de tnort, avec l'intention de vivre sous le même habit au monastère de la Chaise-Dieu : ils conserveront également les biens qu'ils auront achetés à Bessan.
De leur côté, les moines de Saint-Thibery posséderont les biens que les la'iques dont le corps repose dans l'église de Bessan ou au monastère de Saint-Thibery ont laissé, à leur mort pour le salut de leur âme.
Enfin, pour le pâturage qui est dénommé " le Parc ", la Chaise-Dieu aura la rente achetée à des laïqucs, et Saint-Thibery, le produit de la terre (De Vic et Vaissette, Histoire dui Langurdoc, t. I1, preuves, col. 474 et 488).
Au cours de ce long procès,Raymond évêque d'Agde avait défnitivement placé l'église de Bessan sous la haute autorité de son diocèse en échangeant avec l'évêque Raymond, de Béziers, le 11 octobre 1133 quelques biens qu'il possédait à Corneillan, contre une partie de l'église de Bessan (L'acte d'échangc tait mention dc l'église Sts Pierre et Paul de Bessan en Agade:. Ce ne pouvait être que l'églisc Saint-Pierre) restée encore ta propriété du chapitre cathédral de Saint-Nazaire.
Voil1 donc les moines de Saint-Thibery en possession de l'église Saint-Pierre : ils en étaient les prieurs décimateurs, c'est-à-dire qu'ils en percevaient tous les revenus en assurant un traitement annuel à un prêtre qui remplissait les fonctions de curé.
Cette possession se prolongea durant de très longues années, car nous verrons à la veille de la Révolution que l'abbayede Saint-Thibery possédait encore à Bessan une dîme très importante (En 1238, Salomon, abbé dc Saint.Thibéry passa unc convention avcc Bertrand de Saint Just, évêque d'Agde, aux temes de Irauellc lcs abbés de Saint-Thibéry étaient tenus de présenter aux Evêques d'Agde des vicaires perpétuels pour servir aux églises de Bessan, Florensac, Saint-Thibery et Castelnau.).
Abordons maintenant l'histoire politique de Bessan.
Quels ont été ses premiers seigneurs ?
Nous avons déja cité :
1° Itier et Pons frères qui, en 940 - sous le règne de Louis d'Outremer -cédèrent aux évêques et chanoines de Béziers, l'alleu de Bessan.
2° Déodat de Bessan qui, en 1111 - sous Louis Vl le Gros - reçut de l'évêque d'Agde l'inféodation de redevances et usages que ce dernier possédait dans Bessan ;
Nous trouvons plus tard :
3° En 1127 - sous le méme Louis VI le Gros- Alfred de Bessan mentionné dans une charte d'accord passée entre Roland de Bison et Bernard Aton, vicomte de Béziers;
4° En 1150 - sous le règne de Louis VII le Jeune - Ratier de Bessan qui figure comme témoin, en même temps que Bertrand de Nébian, Pierre d'Armellano et Pierre de Meyanas, d'une donation faite par Roger Ier, vicomte de Béziers, et sa femme, au prieuré de Bonnefond, en vue de la fondation de l'abbaye de Villelongue : il sert également de témoin vers la même époque à Raymond Trencavel, lors de l'accord conclu avec Bernard Aton pour la succession du vicomte Roger,
5° En 1162, Pons de Bessan:, qui assiste au traité de paix conclu entre les seigneurs de Montpellier et de Pignan ; 6° En 1175, Auger dc Bcssan, qui se reconnaît vassal de Pierre, évêque d'Agde, pour le quart des dîmes de Bessan et de Touroulle, pour la huitième partie de celles de la Grenatière et pour une maison située au bourg Saint-Sever ;
7° En 1206, Pons de Bessan - sous le règne de I'hilippe-Aunuste - qui obtient de Raymond-Roger, vicomte de Béziers, l'autorisation de fortifier le lieu de Buat, mas de la commune de Saint-Pargoire ;
8° En 1210, Ratier de Bessan, exproprié de sa seigneurie de Bessan par Simon de Montfort.
ltier, Pons, Déodat, Alfred, Ratier et Auger,étaient-ils les seigneurs de la totalité de Bessan ou possédaient-ils seulement quelques biens dans cette localité ?
Nous pencherons plutôt pour cette seconde hypothèse étalit donnés les faits mentionnés dans les actes que nous venons d'énumérer.
I1 semble bien du reste en suivant l'ordre chronologique que durant un assez long temps coexistaient dans le même lieu les familles seigneuriales des Pons et des Ratier, cette dernière possédant la plus grande partie de la seigneurie de Bessan. En 1210, on peut mëme considérer les Ratier comme les vrais seigneurs de Bessan.
Se rattachant à l'histoire de Bessan, puisqu'il s'agit d'événements concernant en partie des lieux situés actuellement sur son territoire, nous mentionnerons un seigneur dénommé PonsDeusdet deTouroulle,qui,en 1119, assiste à un plaid relatif à l'église Saint-Martin de Caux; nous citerons encore un décret royal de Louis-le-Jeune qui, en 1173, confirma à Guillaume, évêque d'Agde, la possession de ce que ce prélat avait en l'église Saint-Martin de Caillan et Saint-Hippolyte de Majan et au territoire de Saint-Laurent de Touroulle, et lui donna en même temps Vias et Preignes.
Enfin,en 1216, une énumération des églises reconnues appartenir à l'abbaye de Saint-Thibery indique l'église Sainte-Marie d'Affrie.
Ratier était seigneur de Bessan lorsque le Languedoc devint le théâtre des terribles événements que l'Histoire a enregistrés sous le nom de Croisade des Albigeois.
Une nouvelle religion, la religion des Cathares avait pris naissance vers le XI° siècle parmi les Slaves de la Macédoine et s'était assez rapidement étendue à travers la Bulgarie, la Thrace, la Bosnie, l'lllyrie. l'Italie pour gagner à la fm du XII° siècle le midi de la France.
Les Cathares croyaient à deux êtres créateurs : Dieu, l'origine de tout bien, Lucifer, l'origine de tout mal.
Jésus-Christ n'était pas le fils de Dieu, mais le premier de ses anges.
Quant à l'homme, son corps était un instrument de souffrance destiné à éprouver l'âme céleste qui, punie à la suite de sa désobéissance envers Dieu, devait se puritier par l'épreuve avant de remonter au ciel.
Le pur5gatoire et l'enfer n'existaient pas. Si l'âme n'avait pas assez souffert dans un corps humain, elle devait retourner dans un autre corps jusqu'à ce qu'elle ait entièrement satisfait à sa punition. Mais elle acquérait le degré de perfectinn exigé sitôt qu'elte entrait dans le sein de l'église Cathare.
L'homme devait à cet effet recevoir le baptême appelé consolamentum et qui consistait en une simple impositlon des mains : il était alors un parfait. Pour se maintenir dans cet état, il devait mépriser toutes les choses d'ici-bas, ne pas manger de la viande, subir un jeûne rigoureux trois fois quarante jours par an et ne prendre que du pain et de l'eau trois jours par semaine. (Il devait également s'abstenir de toute effusion de sang même dans le cas de légitime défense.
Cette morale si sévère ne paraissait pas faite pour attirer de nombreux adeptes dans le Midi. Mais les Méridinaux avaient tourné la diffculté : ils recevaient le consolamentum et devenaient parfaits à leur lit de mort.
Quoi qu'il en soit, l'église Cathare était assez florissante dans le Languedoc au début du XIIIème siècle : elle avait ses évêques, ses diacres... et peut-être même, un pape.
Les habitants de notre région, quoique essentiellement catholiques dans leur grande majorité, s'accommodaient assez bien du voisinaae de gens n'ayant pas les mêmes croyances.
Mais il ne fut pas de même pour la Papauté, toujours attentive à faire disparaître toute hérésie.
Elle employa tout d'abord la manière douce : elle envoya dans le Midi des légats, des moines, en particulier Saint·Dominique, qui s'efforcèrent de prêcher, répricnander et exhorter les dissidents et les seigneurs qui les soutenaient.
Mais toutes ces interventions ne donnèrent que de bien maigres résultats. Les affaires se gâtèrent lorsque à la suite de malheureuses circonstances, le légat du pape, Pierre de Castelnau, fut assassiné.
Innocent III se retourna vers les seigneurs du Nord et leur demanda de venir combattre les seigneurs du Midi qui se refusaient à évincer de chez eux les hérétiques.
Les seigneurs du Nord, mûs autant par leur désir de faire des conquêtes que par leurs sentiments catholiques, répondirent à l'appel du pape et formèrent une armée de croisés ayant à sa tête Simon de Montfort. Originaire de Montfort l'Amaury près de Rambouillet.
Effrayé par eette invasion, le comte de Toulouse, Raymond Vl se soumit et laissa attaquer ses vassaux.
L'un des premiers atteints fut Raymond-Roger, vicomte de Béziers et de Carcassonne et petit-fils de Raymond VI.
Les croisés assiégèrent Béziers, dont ils firent périr par le fer et par le feu i 5 000 habitants, aussi bien catholiques qu'hérétiques et s'emparèrent de Carcassonne, de Pamiers et de Mirepoix.
Raymond Vl se décida à intervenir, avec l'aide du roi d'Aragon, mais il fut défait à la bataille de Muret (1213) et Simon de Montfort ajouta à ses conquêtes, Agde, Nîmes, le Vivarais et la Provence.
Bientôt après, les Conciles de Montpellier et de Latran reconnaissaient à Simon de Montfort la légitime possession du duché de Narbonne, du comté de Toulouse, des vicomtés de Béziers et de Carcassonne, sous la souveraineté du roi de France, Philippe-Auguste.
Ratier de Bessan avait pris fait et cause pour le vicomte de Béziers, de même que ses voisins immédiats, Etenne de Servian, seigneur de Montblanc et le seigneur de Florensac.
Nous ne savons pas si cette adhésion entraîna des conséquences malheureuses pour les habitants de Bessan, toujours est-il qu'en 1210, Ratier tut exproprié de sa seigneurerie par Simon de Montfort, de même que ses voisins.
Désireux de rentrer en possession de leurs biens, tous ces petits seigneurs s'empressent de faire amende honorable, et nous voyons en 1218, Ratier de Bessan assister comme témoin à la soumission d'Etienne de Servian dans le monatère de Saint-Thibery (Ratier de Bessan se porta garant pour 30 marcs d'argcnt et Gormon de Bessan pour 20 marcs).
Etienne de Servian y gagna la reprise des châteaux de Servian et de Montblanc et de leurs dépendances.
Quant à Ratier, il ne semble pas qu'il ait pu reprendre sa seigneurie de Bessan puisque l'année suivante cette seigneurie se trouve entre les mains de l'évêque d'Agde.
Mais les populations du Midi supportèrent mal la domination des seigneurs du Nord, et dès 1217, la guerre recommença dans le comté de Toulouse.
Raymond VI accourt à la voix de Toulouse soulevée, apprend la mort de Simon de Montfort, blessé mortellement au cours des opérations de siège de cette ville, et reprend à Amaury, fils et successeur de Simon, la plupart des villes perdues.
Amaury, aux abois, se rend à Paris et cède à Louis VIII, successeur de Philippe-Auguste, moyennant le titre de connétable, tous les droits qu'il a reçus de Simon sur le Languedoc.
Devant cette intervention royale, le Languedoc se soumet assez tacilement.
Au cours de la lutte engagée entre Raymond Vl et Amaury de Montfort, l’évêque d’Agde, Thédise, s’était rendu près de ce dernier à Castelnaudary, et, le 3 septembre 1219, en présence de la comtesse de Montmorency, du cardinal Bertrand, de I'évêque de Carcassonne et de plusieurs autres seigneurs, il avait conclu un accord moyennat lequel Amaury recevait en fief de l'évêque d'Agde; les châteaux de Florensac et de Pomerols, dans la vicomté d'Agde, les châlteaux de Bessan et de Touroulle dans la vicomté de Béziers, et la moitié du château des Vias.
En retour Thédise recevait d'Amaury tout ce que ce seigneur possédait dans Agde, ainsi que Marseillan, Loupian, Aumes, Mèze, Saint-Pons-de-Mauchiens, Castelnau-de-Guers, la terre de Bouzigues et des droits sur Montagnac.
Cet accord de 1219 devait conserver son plein effet pour les années à venir, malgré toutes les tractations qui intervinrent dans la suite entre, d'une part Raymond VI, et son fils Ray,mond VII, et d'autre part Amaury. et la Couronne de France.
C'est de là qu'est sortie la baronnie de Florensac qui devait, sauf quelques légères variations dans la personne des titulaires, subsister jusqu'à la Révolution.
De même en 1789, nous verrons les évêques qui seront encore seigneurs, pour la majeure partie, des localités que Thédise avait reçues d'Amaury.
Louis VIII ne put, en raison de la brièveté de son règne, achever la paciGcation du Languedoc : cette tâche incomba à Blanche de Castille qui, après une alternative de succès et de défaites, passa en 1229 avec Raymond VII, comte de Toulouse, le traité de Paris, véritable point final de la malheureuse croisade des Albigeois.
Louis IX recevait tout le pays s'étendant du Rhône aux frontières du diocèse de Toulouse (c'est-à-dire, le Gard, l'Hérault, la Lozère et l'Ardéche), le sud de l'Albigeois, une partie de l'Ariège.
Raymond VII restait maître du Rouergue, du nord de l'Albigeois, du Toulousain, de l'Agennais, mais il s'engageait à laisser ses domaines à sa fille unique Jeanne qui devait épouser un frère du roi.
Quant à l'ancien vicomte de Béziers, Raymond Trencavel Il, fils de Raymond Roger, il était dépossédé de tous ses biens. Il essaya de revenir à la charge, retrouva Béziers toujours fidèle (En 1222, les habitants de Florensac ct de Vias se révoltent contre Amaury de Montfort et sont excommuniés) , mais il fut vaincu définitivement : son ancienne capitale paya de terribles représailles ce dévouement.
Annexée à la couronne, Béziers fut le siège d'une viguerie ressortissant à la sénéchaussée de Carcassonne et comprenant les diocèses de Béziers,Agde, Lodève et une partie de celui de Narbonne.
Le Languedoc était réuni à la France.
Bessan, seigneurie d'Amaury de Montfort, fut placée sous la suzeraineté directe du roi Louis IX, lorsque Bertrand de Saint Just. 37° évêque d'Agde passa, en 1234, avec le roi un accord par lequel il lui remettait le chàteau de Montagnac, l'hommage (Amaury de Montfort posséda ses biens, comme " mouvant du roi ") des chàteaux de Florensac, Pomerols et Bessan et tous ses droits sur la chancellerie du comté de Toulouse.
CHAPITRE III
PÉRIODE ROYALE
(De 1229 à 1515, début du règne de François Ier)
Les succcesseurs d'Amaury de Montfort : Jeanne dc Lévis, Éléonore de Montfort, les Crussol d'Uzès. - L'expédition de Roger de Loria ; Ies Routiers. - Prise et dévastation de Bessan par le duc de Berry, oncle de Charles V1. - La communauté de Bessan ; sa charte, ses consuls ses fonctionnaircs municipaux, son église. Démélés de Bessan avec Touroulle. - Les Sarret à Coussergues. - Caillan.
Jusques en 1789, Bessan et les autres villages compris dans l'accord de 1219, c'est-à-dire Touroulle, Florensac, Pomerols et Vias, devaient avoir pour seigneurs les descendants ou les représentants d'Amaury de Montfort.
Du XIII au XVIIIème siècle. nous verrons, suivant le hasard des mariages ou des partages successoraux, chacune de ces localités appartenir à un seul et même seigneur, un Montfort, un Lévis, un Crussol, ou bien dépendre respectivement d'un seigneur particulier ayant cependant des relations de familles très étroites avec les seigneurs voisins.
Dès 1220, Amaury avait. donné la seigneurie de Florensac à Guy de Lévis, originaire de Lévy-Saint-Nom dans l'Ile-de-France, qui, dès le début de la croisade des Albigeois, avait suivi Simon de Montfort dans le Midi et était devenu maréchal de ses armées.
Guy de Lévis avait reçu également la seigneurie de Mirepoix dans l'Ariège. Mais les Florensacois du XIIIème siècle étaient des gens turbulents : ils s'étaient prononcés en faveur des Albigeois, avaient, de ce fait , encouru l'excommunication et leur village dut être occupé par des officiers royaux.
Guy de Léyis, rentra cependant en possession de cette seigneurie en 1261 sur un ordre spécial de la Cour de France.
Ce seigneur eut deux enfants: Philippe, qui transmit le nom de Lévis jusqu'au XVème siècle et Jeanne, qui se maria avec Philippe de Montfort, fils d'Amaury.
Dans les documents de 1279 cette Jeanne de Lévis est désignée sous le nom de seigneuresse de Bessan.
Du mariage de Jeanne de Lévis et de Philippe de Montfort naquit une fille, Éléonore de Montfort, qui en 1290 reçut en partage successoral, les châteaux de Bessan et de Vias.
Étéonore se maria avec Jean V, comte de Vendôme, et à sa mort, survenue en 1341, elle laissa à son fils Jean les châteaux et villes de Vias etde Bessan, avec 340 livres de rentes sur plusieurs autres domaines.
En 1353, c'est un Bertrand de Lévis qui est seigneur de Touroulle.
Enfin, au XVème siècle, une Jeanne de Lévis, descencendante de Philippe de Lévis, déjà nommé, se maria, par l'intermédiaire de Louis XI, encore dauphin, avec un Crussol d'Uzès apportant dans cette famille les seigneuries qu'elle possédait à Bessan, Touroulle et Florensac.
Au cours du chapitre suivant nous aurons à parler longuement des Crussol d'Uzès qui furent les derniers. . seigneurs de Florensac et de Bessan.
Pour reprendre la suite des événements que nous avons interrompus au règne de Louis IX, nous devons dire immédiatement que notre région qui avait tant souffert pendant la croisade des Albigeois ne retrouva pas encore, de sitôt, sa tranquillité.
Dès 1286, au grau d'Agde, débarque une forte expédition conduite par le fameux amiral Roger de Loria, de la marine de Pierre III, roi d'Aragon, contre qui la France luttait en soutenant la cause de Charles.d'Anjou roi des Deux-Siciles et frère de Louis IX.
L'armée de Loria compte cent cavaliers et deux mille hommes à pied. Elle est divisée en deux corps : le premier, sous les ordres directs de l'amiral prend d'assaut la ville d'Agde, passe au fil de l'épée tous les habitants mâles de quinze à soixante ans, brûle la ville n'épargnant que l'évêché et la cathédrale ; le second, marche sur Vïas, qui est pris de force, mis au feu et au pillage, ainsi que tous les environs.
Les habitants de Saint-Thibery, de Loupian et de Gigean se rassemblent en toute hâte et viennent porter secours à Agde ; mais ils sont battus près de Vias et obligés de prendre la fuite, avec une perte de quatre mille hommes.
Roger Loria séjourne encore quatre jours au port d'Agde pendant lesquels il continue de courir et de ravagaer le pavs.
Puis il fait voile vers Aigues-Mortes, où il s'empare de tous les bâtiments qu'il rencontre dans le port, et rentre enfin à Barcelone chargé d'un riche butin.
Quatre-vingts ans plus tard, sous le règne de Jean-Ie-Bon, le diocèse d'Agde est ravagé par les Routiers, bandes de brigands assemblés sous les ordres d'un chevalier ou d'un bâtard de noble famille en quête d'aventures.
Nous ne savons pas, d'une façon bien précise; dans quelle mesure Bessan eut à souffrir de l'invasion de Loria et du brigandage des Routiers.
P'ar contre, ce même Bessan fut complètement saccagé et brûlé en 1382, sous le règne de Charles VI, et cela pour un malheureux prétexte : le retard apporté au paiement des contributions royales.
Le duc d'Anjou, frère de Charles V, avait imposé à Bessan en 1375 une contribution extraordinaire. Les habitants se plaignirent à cause de la mauvaise récolte de l'année et obtinrent tout d'abord un délai pour payer.
Mais l'administration royale devint plus sévère lorsque le duc de Berry succéda à son frère dans le gouvernement du Languedoc.
Ce prince ne songeant qu'à satisfaire ses plaisirs et à réaliser ses rêves d'agrandissement, ne cessait d'imposer à la province des contributions de plus en plus lourdés : irrité des atermoiements des habitants, il n'hésita pas à recourir à la manière forte. Il s'en prit en particulier aux diocèses de Béziers et d'Ande ; la prise et la dévastation de Bessan est un des épisodes de cette terrible répression.
La cause des Bessanais était cependant juste puisque, sur la plainte des malheureuses victimes, Charles VI enleva au duc de Berry le gouvernement de la province du Languedoc.
Malheureusement, le roi avait l'esprit faible, et peu de ternps après, il rendit à son oncle la province qui avait eu tant à souffrir de ses exactions.
Jusqu'ici il n'était guère question dans le récit des événements intéressant notre région que des seigneurs et des évêques.
A partir de 1382, c'est la communauté de Bessan, c'est-à -dire l'ensemble de ses habitants, qui entre en jeu.
Dès le règne de Louis VI le Gros, c'est-à-dire, dès le XIIème siècle, les villes et villages avaient commencé à s'affranchir de la tutelle complète des seigneurs féodaux.
D'abord maîtres de tout. ces derniers, soit par la force de l'habitude, soit à prix d'argent, avaient laissé à leurs sujets une certaine liberté, particulièrement pour les affaires municipales. En vue d'éviter des retours malveillants, les communautés des habitants tinrent à faire constater leurs franchises par une charte, véritable contrat écrit passé entre le château féodal et la ville ou le village.
Les archives départementales de l'Hérault conservent la charte de Bessan, accordée, en 1482, aux habitants de cette localité par Jean Athon, seigneur de Bessan et de Vias, par l'intermédiaire de Pons Jourdan, viguier des- dits lieux et par devant François Guinard, notaire royal à Bessan.
Nous la reproduirons un peu plus loin, mais ce n'est pas la charte originale : c'est plut6t une transaction relative à des chartes précédentes.
En effet, dès 1278, il est fait mention de consuls de Bessan, c'est-à-dire des chefs de la municipalité du lieu, ce qui suppose, évidemment, l'existence ,d'une charte.
Le parchemin daté de 1278 – 17ème jour des calendes d'octobre - enregistre la promesse faite aux consuls de Bessan par le maréchal Pierre de Routhazaco de demeurer dans cette localité, de faire partie de " ladite communauté et univcrsité " à peine de cent sols pour le cas où il irait demeurer ailleurs.
Un autre parchemin daté du 27 avril 1418 rend compte des élections consulaires auxquelles a participé l'assemblée générale des habitants de Bessan : furent élus alors pour les nobles, noble Jehan de l'Isle, et, " pour le commun " Antoine Daydé, Pierre Maurin et Emile Gibert.
En 1435, furent élus consuls ; noble Jehan Viguier, pour les nobles, Emile Pallier, Pierre Corneillan, et Bertrand Rouch, pour la communauté.
Bertrand Rouch voulut refuser la charge, mais il fut condamné, par sentence à l'accepter. Persistant dans son refus, il fut arrêté et.emprisonné jusqu'à ce qu'il se décidât à prêter serment.
Ces préliminaires de la vie municipale rendent plus tacilement compréhensible la lecture de la charte de 1482 :
" Le dernier février mil quatre cent huitante deux, entre les habitants de Bessan fut réglé et arrêté que, après que les consuls seront créés le jour de Pasques et qu'ils auront presté le serment ès-mains dudit seigneur ou de ses officiers, lesdits consuls éliront douze habitants dudit licu qui, idoines et capables pour leur conseil, lesquels après avoir presté le serment par devant que dessus ou devant le baille dudit Bessan seront tenus d'assister aux conseils durant l'année bien et dûment conseiller sans support : Lesdits consuls éliront un leur valet et précon habitant dudit lieu qui mandera au conseil juré lesdits conseillers et criera (convoquera) publiquement par les lieux accoustumés le conseil général, ira pour les affaires de la communauté partout dans le diocèse seulement, en lui administrant des vivres pour .ses voyages, fera tout ce qui dépend dudit office aux gages et profits accoustumés, prestera le serment devant le sieur baille ou son lieutenant, ne prendra rien des préconisations et licitations et ventes qu'il fera alinquant (à l'encan) pour les affaires qui regarderont la communauté, la fabrique et l'hospital. Mais des autres meubles ou immeubles qu il vendra alinquant aura sçavoir : pour la première livre du prix desdits biens vendus, un denier,et pour chasque autre de ladite vente un obole. Sera donné audit précon par lesdits consuls aux dépens de la communauté une robbe simple avec un capuchon moitié drap blanc et l'autre moitié drap vert de valeur deux livres.
" Lesdits consuls avec leurs conseits jurés, ou plus grande partie d'icelui esliront deux garde-terres qui n'auront jamais esté consuls ni conseillers dudit lieu, presteront serment devant ledit sieur baille ou son lieutenant, qui feront tout ce qui dépendra de leur charge comme il est porté par ladite, transaction. Auxquels pour leur travail astiendra (reviendra), la moitié des talles et bancs (amendes) appartenant à ladite communauté, et, outre ce, chacun d'eux aura trente cesticrs de blez, mesure raze de Bessan, payables de quatre en quatre mois, dix cestiers, la première paye commençant après quatre mois du commencementde leur gardiage. Et moyennant ce, garderont bien et loyalement ledit terroir, garniront (percevront) les talles (amendes) sur ceux qui les auront commises, sans faveur ni rancune à peine de faux.
" Feront escrire à leur greftier,qui leur sera baillé et nommé par les consuls et les conseils jurés et payé aux frais desdits garde-terres, chaque jour ou deux jours les bancs qui se comettront.
" Lesdits consuls avec leur conseil juré esliront un desdits conseillers pour estre greffier de ladite maison commune qui sera tenu durant l'an d'escrire toutes les délibérations dudit conseil, toutes impositions des tailles, les inventaires des biens de la fabrique, de l'église et de l'hospital, les clostures des comptes qui seront rendus des administrations susdites, assignations, mandements et descharges des sommes qui se dresseront à prendre sur le clavaire pour les affaires de la communauté, lesquelles assignations, mandements ct des charges. quelconque sommes que la communauté doive, ledit clavaire ne pourra acquitter qu'elles n'ayent été délibéré par le conseil juré et signées de la main dudit greffier, excepté les deniers royaux et la pention du seigneur dudit Bessan ; ledit greffier prestera serment devant ledit sieur baille ou son lieutenant de bien faire tout ce qui dépend de ladite charge.
a Esliront lesdits consuls quatre hommes chasque année pour compter le bestail gros et menu, aratoire et non aratoire, pour ëtre mis et cottizé aux tailles royaux courant au sol et livre, avec les biens immeubles descrits au compoix, et seront lesdits bestiaux gros aratoires ou non aratoires, comptés en ladite cottization en la forme suivant, sçavoir : chasque animal, gros, âgé de quatre ans ou au delà, soit boeuf, vache, cheval, jument, mule, mulet, asne, asnesse, pour deux livres tournois, ceux dc trois ans pour trente sols tournois, et ceux d'un an ou de deux ans, vingt sols tournois, et chasque animal menu d'un an ou plus. comme mouton, brebis, chèvre, bouc, pour trois sols neuf deniers tournois, et les porceaux ne seront aucuncment cottizés. Ledit bestail, gros et menu, ne pourra être cottizé qu'ils n'aient atteint un an complet, ladite cumputation et estime se fera dans quatre jours, sans autre délai ; et auront lesdits estimateurs et compteurs pour leur· travail sept sols six deniers chacun.
" Les tailles royaux seront cottizés sur tous les habitants ct autres contribuables dudit lieu au sol et livre, selon la faculté des biens immeubles et bestaux gros et menus, aratoires et non aratoires, suivant le compoix et estime susdite sans toutefois qu’en ladite taille royale soit comprise aucun cappatge (Cappatge, impôt sur les maisons habitées).
" seront imposés la queste annuelle, la pention du four, les robbes des consuls et de leur valet, les salaires et gages du fournier et du clavaire, sur les cappatges de chasqu’un des habitants dudit lieu, comptant chaque maison habitable, ou laquelle sera habitée, pour un cappatage tant seulement.
" Et seront lesdites sommes également cotizées suivant le nombre desdits cappatges, à condition que les cappatges ne contribueront à aucune autre imposition et affaires tant royaux que municipaux dudit lieu, et de ce, sera faict un libre et délivré au clavaire. Si que s'y audit lieu se rencontroyent un, deux, ou plusieurs hommes fort vieux, valitudinaires, caduques et décrépts, ne pouvant gagner leur vie ou, s’il y a aussi des veuves, orphelins, mineures et autres mizérables personnes, sera eu égard, suivant la délibération du conseil juré ct apposition de la plus grande partie d'icelui.
" Pour Ic paiement des affaires communes, comme pour voyages de consuls, gages et salaires des compteurs de bestiaux, auditeurs des comptes, danses au jour et feste de Saint-Pierre, joyes accoutumées, donner ledit jour et autres affaires quelconques, seront vendues les herbages dudit lieux aux herbassiers et autres estrangers, si Ies consuls et le Conseil général le trouvèrent bon, jusqu'aux sommes nécessaires audit effet, sans toutefois aucun destriment du bétail dudit Bessan. Et s'il n'y a lie de vendre les dits herbaigers ou s'ils étaicnt vendus, ou si ladite somme et autre revenu de ladite communauté, comme l'herbe du pred commun des contours des murailles, la taille ou queste annuelle de quatre francs d'or que noble François de Patau faict à ladite communauté, Jacques de Panès, de Pezenas, à cause des biens qu'ils possèdent audit Bessan suivant les transactions faites avec eux, et autres sommes qui pourraient appartenir à l'université n'estaient bastantes (suff'isantes) pour payer lesdites affaires, sera imposé un livre au sol et livre sur les habitants dudit licu suivant les biens lmmeubles descripts au compoix, auquel ne seront pas cottizés les cappatges ni bestaux quelconques, et levé par le Clavaire aux gages accoutumés.
" Pour le paiement des gages des garde·terres sera faict tous les ans un libre de soixante cestiers de bled sur les contribuables dudit lieu soyant des habitants ou estrangers selon le nombre des cesterées de terre descrites au compoix, ledit libre sera délivré au clavaire, et pour ses droits de lévée, constraindre les débitcurs et payer lesdits bandiers, seront inclus trois ceterées à bled, ledit libre sera baillé au clavaire avant la feste Saint-Jean-Baptiste afin qu'il puisse faire exécution sur les fruits pendants.
" Les Consul mettront trois escapouliers pour sonner Ics cloches tout le lon de l'année en temps de gresle et de tempeste pour la conservation des truits, aux gages accoustumés de trente sols pour chacun, qui seront imposés au libre dc la taille royale d'autant que les estrangers et habitants en retirent égal commodité.
" Lcs consuls achesteront les robbes pour le jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste, les porteront tous les jours du dimanche et feste pendant leur consulat pour l'honneur et décoration de la république, au moins à l'église, par la ville et ailleurs, et s'il arrive qu'ils aillent ensemble dchors ou deux, pour affaires de la communauté, à peyne de deux sols et six deniers tournois, chasque fois qu’ils manqueront, payables
sans grâce quelconque, au lumlnaire de salnt Pierre et Paul, et réserve que si la robbe estait simple et que ledit consul ou consuls en eussent de meilleures pour l'heure, pourront icelle porter avec toutefois délibération du consell juré, et ladite peyne sera exécutée incontinent après son retour et délivré à l'ouvrier qui aura la direction dudlt luminaire.
" Ledit règlement sera inviolablement observé pendant dix ans, et aux jours passés, les habitants qui seront pour lors, la pourront changer, annuler et de nouvéau ordonner sur les choses susdites, si elles ne sont pas utiles au public. "
Ainsi donc, Bessan avait aux XIIIème, XIVème et Xvème siècles, une organisation municipale à la tête de laquelle étaient placés des consuls remplissant d'une façon générale, les fonctions dévolues de nos jours aux maire et adjoints.
Au début, il y avait 4 consuls, dont un pour les nobles et élu par ces derniers, et 3, pour le commun, élus par les bourgeois, commerçants et cultivateurs.
Leur mandat était annuel et se renouvelait au jour de Pâques.
Nous avons une liste des nobles qui possédaient fiefs â Bessan le 24 août 1340 : c'étaient : Rugon Vassadel, Emile de Folivier, Pons de Valanquèsse, Guillaume de l'Isle. Gormond de Bessan et Aimery de Rogue Négado.
Nous pouvons encore citer :
Enormand, damoiseau de Bessan, mentionné dans un acte du 21 janvier 1344 à propos d'une sentence rendue en faveur des consuls contre Fabre ;
Jean de l'lsle, damoiseau de Bessan, mentionné dans un acte du 26 mars 1375 à propos d'un échange de terres avec le seigneur de Florensac et de Touroulle :
Guillaume d'Ensevir,damoiseau de Neyran, qui vendit, en septembre 1321 pour la somme de 12 livres aux consuls de Bessan, et du consentement d'Eléonore de Montfort sa suzeraine, la quatrième partie de toute la seigneurie, tous ses droits et actions qu'il avait sur une pièce de terre appartenant aux femmes d'Emile et Pons Laguier de Florensac. Cette pièce était située dans le terroir de Bessan et confrontait, dit l'acte de vente, " Guillaume Fabre et la rivière d'Airau " ;
Bertrand des Deux-Vierges, damoiseau de Bessan, qui eut certaines difficultés avec les consuls de Bessan au sujet du paiement des impôts. Les nobles étaient astreints au service des armes. Nous savons, par un parchemin daté du mois d’août 1340, que les nobles de Bessan avaient reçu commandement et injonction de se rendre armés à une convocation pour le dimanche devant le sénéchal de Carcassonne pour leur être ordonné " ce qu'il appartiendrait pour le service du roi ".
Bertrand des Deux-Vierges astreint, en vertu de cette servitude militaire, à " s'armer d'un cheval et d'un soldat pour le service du roi ", prétendait n'avoir pas à payer les tailles sur les terres qu'i1 possédait à Bessan.
Ceà quoi les consuls de Bessan répondirent qu'il y avait une transaction entre la communauté et les nobles de cette localité en application de laquelle les nobles devaient payer les tailles comme les autres.
L'affaire s'arrangea. Des Deux-Vierges s'engagea le 16 novembre 1367 à payer tous les ans pour les tailles de ses terres 40 sols pour un revenu de deux francs d'or. Et comme à cette époque tout pouvait servir prétexte à procès, la convention précisa les moindres détaits.
Si Bertrand des Deux-Vierges diminuait ses biens par ventes, donations et autres aliénations quelconques, i1 serait déchargé de ta taille proportionnellement à la diminution subie.
S'il venait à acquérir d'autres biens, il paierait la même taille que son vendeur.
S'il se décidait à fixer sa résidence à Bessan, il aurait droit comme tous les autres habitants, à la jouissance des herbagers et autres libertés.
Par contre il se désistait de toute demande d'indemnité pour les dommages qu'il prétendait avoir été commis par les habitants de Bessan à un certain pré et il donnait une fois pour toutes la somme de 9 livres pour toutes les réparations et constructions de murailles, fossés et forteresses du lieu. .
L'on voit comment les consuls de Bessan veillaient sur les intérêts financiers de la communauté.
Nous citerons encore plusieurs faits qui les montrent dans l'exercice de leurs fonctions : le 5 mars 1276, ils passent un accord avec Jeanne de Lévis, seigneuresse de Bessan et l'abbé de Saint-Thibery pour délimiter le territoire des deux communes. Un peu plus tard, nous les voyons faire appel contre le baille qui voulait condamner les habitants sans que les garde-terres les eussent trouvés en délit.
En 1309, les consuls, assistés de certains de lcurs compatriotes, s'étaient livrés à quelques excès contre la famille et le train du cardinal de Nivry. Nous ne savons pas pour quels motifs. La municipalité fut déclarée coupable et condamnée, par la cour royale de Béziers, à payer la somme de 800 livres. Naturellement -c'était dans les moeurs de l'époque - ils déclarèrent appel de la sentence rendue.
Mais comme leur mandat, durant les délais de l'instance, était arrivé à expiration, ils demandèrent à leurs successeurs de poursuivre l'affaire.
11 faut croire que les nouveaux consuls n'étaient pas au mieux avec les anciens, car ils répondirent à cette invitation que " si les requérants avaient fait la faute, ils en devaient supporter la peine, que les consuls comme les tuteurs, sont indemnisés en qu’ils font l'utilité du public, non faisant les dommages désavoués vu que lesdits excès avaient été commis sans délibération du conseil des habitants ".
Un siècle plus tard, le 20 août 1482, moyennant le paiement de trente écus, la Cour des aides faisait grâce aux consuls, clavaires et autres officiers publics de Bessan " de tous délits, maléfices et malversations sur le fait des tailles et autres administrations ".
La charte de 1482 nous apprend que les consuls élisaient douze habitants pour former le conseil juré de la Communauté, sorte de conseil municipal.
Elle nous indique aussi quels étaicnt les fonctionnaires municipaux :
Un valet ou précon élu par les consuls, chargé de convoquer les conseillers jurés, et tous les habitants au conseil général de la Communauté, et de procéder aux ventes à l'encan ; il percevait un certain droit sur le produit de ces ventes et recevait, en outre, aux frais de la Communauté, une robe avec capuchon moitié drap blanc et moitié drap vert ;
Deux garde-terres, élus par les consuls assistés de leurs conseillers jurés, qui pour la rémunération de leur service de garde-champêtre recevaient la moitié des amendes et trente setiers de blé ;
Un greffier, élu sous les mêmes conditions et enregistrant les procès-verbaux des garde-terres ;
Un autre greffier, choisi parmi les conseillers et ayant pour mission d'écrire les délibérations du conseil et le rôle des tailles ;
Quatre compteurs de bestiaux qui établissaient l'assiette de la taille royale et recevaient 7 sols 10 deniers chacun;
Trois escapouliers qui devaient sonner les cloches en cas de grêle et tempête et étaient payés trente sols chacun. Il devait y en avoir un pour la cloche de la maison consulaire, un pour l'église et un troisième pour l'hôpital ;
enfin un clavaire, sorte de percepteur receveur, fonctionnaire autant municipal que royal.
A côté de l'autorité municipale, it y avait l'autorité royale et féodale. En premier lieu, le seigneur de Bessan, qui, comme nous l'avons dit au début du chapitre était la plupart du temps, seigneur de Touroulle, Florensac et Vias.
I1 recevait de la Communauté de Bessan une pension annuelle et un certain nombre de droits, revenus et services personnels.
D'après un document du mois de mai 1322, les nobles de Bessan demandèrent que les habitants " plébéiens " fussent dédommagés d'un cheval que ces derniers avaient fourni à la dame Eléonore de Montfort, " dame dudit Bessan " à Lombez, et cette dame " donna lettre par laquelle elle déchargeait les Bessanais de contribuer aux frais des nobles pour ledit cheval et service ".
Le seigneur avait un viguier à Florensac qui rendait la justice en son nom, mais Bessan contesta toujours cette juridiction voulant être jugé par la cour royale de B3éziers, ou, en cas d'appel, par la cour du sénéchal de Carcassonne
Par contre, il y avait à Bessan un baille, et un lieutenant de baille, particulièrement chargés de veiller sur l'administration de la seigneurie.
Nous connaissons la nature des impôts payés par les Bessanais au XVème siècle ; lcs tailles royales, perçues d'après les immeubles et le nombre et la qualité des bestiaux ; les cappatges, impôts par maison habitée, destinés à couvrir les frais de la pension du fournier municipal, les robes des consuls et du précon, les salaires et gages du clavaire.
La Communauté disposait, en outre, du produit des herbages et de plusieurs propriétés.
Le12 mars 1454, l'ahbé de Saint-Thibery lui avait fait cession des Crozes.
Nous avons vu comment au début du XIIème siècle l'église Saint-Pierre de Bessan avait excité les convoitises des moines de Saint-Thibery et de la Chaise-Dieu.
Si nous nous en rapportons aux renseignements fourris aux XIVème et XVème siècles, cette église ne jouissait pas d'un état bien prospère, et les relations entre les Bessanais et les autorités ecclésiastiques n'étaient pas des plus cordiales.
Le 14 juin 1322 l'évêque d'Agde confirme la décision qui permettait au curé de Bessan de s'emparer de tous les draps de pourpre et d'or que l'on mettait sur les morts.
Presque à la même époque le curé de Bessan avait obtenu des lettres d'excommunication contre ceux qui avaient voulu comprendre ses biens ruraux dans l'assiette des impôts; ces lettres d'excommunication furent assez vite rapportées.
Le 10 septembre 1334, l'église ayant besoin de réparations, l'évgque d'Agde accorde une indulgence à tous ceux qui contribueront à ces travaux.
Le 26 avril 1338, Bernard archevêque de Narbonne concède quarante jours d'indulgence à ceux qui visiteront l'église de Bessan - et sans doute déposeront une offrande - car l'église manque de tout. de linges de luminaires, etc.
La Bulle de Bernard qui accorde les indulgences contient un détail intéressant : elle rappelle que de nombreux miracles ont été effectués dans l'église. " Cum igtur ecclesia Sancti Petri de Becciano agathensis diocese in ab honorem ipsius santi multa et aperta miracla dns (dominus) prius … "
Le 13 juin 1368, les consuls de Bessan se trouvaient dans la nécessité de faire appel contre de nouvelles lettres d'excommunication lancées envers ceux qui laissaient les fruits pendants sur leur terre en vue de diminuer la valeur des dîmes. '
Le cimetière - situé près de l'êglise - se trouvant trop petit, l'archevêque de Narbonne avait autorisé la bénédiction d'un jardin pour servir de nouveau cimetière. Les consuls firent appel et, quelque temps plus tard (1358), l'archevêque de Narbonne rendait une ordonnance pour déterrer les morts et jeter leurs os à la voirie.
Par contre, nous rencontrons deux événements favorables à l'église : le 11 juin 1361, la fondation de la chapelle de Notre-Dame, et le 17 mars 1496, le don fait à la fabrique, d'une maison située au lieu dit " Lou Castel ", par Raymond de Tayrac et Catherine, sa femme, habitants de la ville d'Agde.
Nous ne possédons aucun renseignement précis au sujet de la configuration de Bessan pendant la période que nous envisageons. Nous savons bien que Bessan était fortifié, entouré de murailles et de fossés, et, nous voyons encore de nos jours de nombreux vestiges des remparts et certaines maisons assez anciennes.
Mais comme la date la plus éloignée qui figure au frontiscipe d'une maison est 1535, et que, par ailleurs Bessan a été détruit, en majeure partie, en 1587, au cours des guerres de religion, nous préférons traiter ce sujet dans le chapitre suivant, relatif à l'histoite de Bessan de 1515 à la veille de la Révolution.
Avant d'aborder une nouvelle période, nous parlerons des environs immédiats de Bessan, en particulier de Touroulle.
Comme Touroulle et Bessan étaient des localités très voisines, à peine distantes l'une de l'autre de 1000 mètres et comme elles appartenaient depuis 1219 à un seul et même seigneur, ou à des seigneurs de la même famille de fréquentes relations existaient entre elles. De nombreux Bessanais avaient des propriétés à Touroulle et de nombreux habitants de Touroulle, des propriétés à Bessan, d'oùl une source continuelle de conflits.
L'un de ces conflits rappelle par sa complexité et par sa longueur le litige de l'église Saint-Pierre.
A propos d'une question d'ordre pécuniaire, les consuls de Touroulle avaient porté l'affaire en la cour de Florensac, par devant le juge du sieur Guy de Lévis-Mirepoix, seigneur de Florensac et Touroulle, et obtenu gain de cause.
Les consuls de Bessan, qui contestaient cette juridiction, firent appel de la sentence rendue par devant le viguier et les juges royaux de Béziers (avril 1229).
Les juges royaux se déclarèrent compétents. Les consuls de Touroulle à, leur tour firent appel de cet arrêt de compétence devant le Sénéchal de Carcassonne.
Celui-ci confirma la sentence rendue par Béziers, et les consuls de Touroulle aussitôt, defaire appel devant le roi.
Le roi délégua pour connaître de l'affaire, le doyen de Saint-Martin de Tours et l'archidiacre de Bourges qui subdéléguèrent l'official de Narbonne.
L'official de Narbonne cassa l'arrêt du Sénéchal et du viguier de Béziers et déclara bien jugée. la sentence des juges de Florensac.
Mais, pourquoi s'arréter ?... les consuls de Bessan firent appel de la sentence rendue par l'official.
Nous ne savons ni quand, ni comment, le procès fut définitivement clos.
Dans tous les cas, une vive animosité régnait entre les habitants de Bessan et de Touroulle, et qui se manifestait en particulier, à propos des droits invoqués par chaque partie de faire paître ses troupeaux sur le territoire de l'une ou l'autre communauté.
On en arriva même à des meurtres, si bien que pour mettre un terme à cet état de choses la cour royale dut prononcer la mise sous séquestre, entre les mains du Roi, des territoires sujets à discussions.
Finalement un arbitragc fut rendu en 1299 qui divisa les terrains de pacage en trois catégories :
1° Les terrains mitoyens où les habitants de Bessan et de Touroulle pourraient " ensemblément ou séparément " faire paître leurs bestiaux, les abreuver et faire du bois.
Ces terrains allaient de l'Hérault au chemin de Bessan à Touroulle.
2° Les terrains bessanais où seuls les habitants de Bessan pourraient jouir des mémes facultés.
lls étaient situés entre le chemin de Touroulle à Bessan et le chemin public de Béziers.
3° Les terrains de Touroulle réservés, pour le pacage, aux habitants de cette communauté.
L'arbitrage prévoyaitque si les terrains de Bessan et de Touroulle venaient à être partagés entre les seigneurs de ces lieux, les gens de Bessan useraient du droit de pacage dans le territoire de Bessan qui serait divisé de celui de Touroulle, et réciproquement pour les gens de Touroulle.
Dix-neuf ans plus tard une nouvelle contestation surgit.
L'arbitrage de 1299 était-il tombé en annulation à la suite de nouveaux procès ?...
Toujours est-il que les consuls de Touroulle avaient obtenu défense contre les consuls de Bessan de faire paître leurs bestiaux dans le terroir de Touroulle. Les sergents exécuteurs de Touroulle, pour faire exécuter cette sentence, pignoraient, c'est-à-dire, saisissaient les bestiaux pris en flagrant délit.
Naturellement les consuls de Bessan firent appel au Sénéchal de Carcassonne qui leur donna raison. Les lettres de " maintenues " furent signifiées le troisième jour des nones de septembre de l'an 1318 à Guiraud del Royre, sergent exécuteur des habitants de Touroulle, par devant Béranger Vézian, notaire de Bessan.
Une enquête fut menée peu après par Bernard Alaman, notaire de Touroulle... les consuls de Bessan, qui n'en étaient pas à un procès près, firent appel de cette procédure.
Nouveau procès la même année, à propos des terroirs de l'Arenc et de Bolfiguier que les habitants de Touroulle voulaient interdireaux bestiaux des Bessanais.
Nouvel appel de Bessan devant le viguier de Béziers !
Les Bessanais viennent garder leurs troupeaux dans les terroirs de l'Arenc, de Bolfiguier et de l'Aumède; en prenant des armes et en se livrant à quelques violences.
Les consuls de Touroulle, les font condamner par Ic viguier de Béziers à 10 livres d'amende envers le roi et... les consuls de Bessan font appel (5 août 1354)·
Une autre fois, il s'agit d'impôts. Les consuls de Touroulle avaient obtenu des lettres les dispensant de payer la taille pour certaines terres possédée à Bessan. Appel des consuls de Bessan, et lettres de dispense révoquées par Philippi,commissaire député par le Sénéchal de Carcassonne. Les consuls de Touroulle, à leur tour, font appel devant le Sénéchal lui-méme.(9 novembre 1320).
Maintenan c’est Touroulle qui demande que Bessan paie le demi-sizain des fruits des terres possédées à Touroulle par les Bessanais. L affaire s'envenime, il y a de grandes disputes. Le viguier royal de Béziers met les droits sous le séquestre du roi et députe, pour exécuter son ordonnance, Laurent d’Auriac, notaire, qui se transporte à Bessan pour confier les biens séquestrés à un Bessanais et à un habitant de Touroulle. Les consuls de Bessan font appel de la procédure.
Une transaction intervient en 1323.
Les habitantsde Bessan ayant des terres dans le terroir de Touroulle seront quittes de toute contribution de sizain, vingtain, tailles et collectives ordinaires et extra-ordinaires en payant à la communauté de Touroulle,à chaque fête de Saint-Michel la somme de quatre livres dix sols. De même, ceux de Touroulle ayant terres à Bessan ne seront tenus à aucun sizain , vingtain, ni naissait.
Un procès venait à peine de s’éteindre qu’un autre naissait.
Bertrand de Lévis, seigneur de Touroulle, avait fait défense à toute personne de chasser sur le territoire de
cette seigneurie.
Mais les habitants deBessan soutenaient qu'ils avaient la liberté de chasser à l'Arenc et aux Garrigues de Tourroulle. Leurs consuls s'empressèrent de faire appel de la défense de Bertrand de Levis, et pour montrer l'énergie de leurs revendications, ils se transportèrent le 11 novembre 1353 sur la place publique de Touroulle, un jour que le seigneur n'y était pas, et là, par devant 1'église Sainte-Marie, ils proclamèrent leur opposition.
C'est le seul document qui, à notre connaissance, fasse mnention de l'église Sainte-Marie de Touroulle. Cela laisse supposer l'existence de deux églises au XIVème· siècle pour Touroulle, Saint-Laurentet Sainte-Marie.
En 1354, deux Bessanais Guiltaume Mourier et Jehan Thorolle étaient allés chasser au filet et avaient tiré à l'arbalète deux ou trois fois sur les pigeons domestiques et autres oiseaux, dans la juridiction de Touroulle. Ils furent condamnés à dix sols d'amende et à laconfiscation de leurs filets. Naturellement, les consuls de Bessan firent appel.
Les habitants de Touroulle ne furent pas les seuls à éprouver l'esprit frondeur des Bessanais, car en 1324, nous voyons les habitants de Florensac se plaindre devant la Cour royale de Béziers au sujet des habitants de Bessan qui avaient couru sus aux armes contre eux et avaient amené et détenu leurs troupeaux. Les Bessanais furent condamnés à cent cinq livres d'amende.
Vers la fin de la période qui fait l'objet de ce chapitre, exactement en 1494, le roi Charles VIII partant pour conquérir le royaume de Naples fit vendre un des fiefs appartenant à 1a Couronne et qui se trouvait à cheval sur les territoires de Bessan et de Monblanc, le fief de Coussergues, dont nous avons parlé à propos d'une donation faite en 990 par le vicomte de Béziers aux abbés de Saint-Thibery.
Coussergues fut adjugé à Pierre Raymond de Sarret, seigneur de Fabrègues, un des compagnons du roi dans son expédition (C'était le petit-fils de Pierre de Sarret, 1er du nom, seigneur du Poujet en 1351, établi vers la même époquc dans le Languedoc, le fils de Pierre de Sarret du Poujet, 2ème du nom et le 6ème aïeul du contre·amiral honoraire dc Sarret, baron de Coussergucs ct député dc l'Hérault, à qui Jordan, en 1824, dédia son histoire de la ville d'Agdc. (Armoirie) d'azur à deux lions affrontés d'or armés lampassés de gueulcs, surmontés d'unc étoile d'argent et posés fur un rocher dc six copéaux dc même.). Ce domaine appartient encore de nos jours à la famille de Sarret.
Un autre fief des environs de Bessan, Caillan. Etait à la même époque tombé dans la mense épiscopale d'Agde, et l'évêque avait sur la place, la grange et la seigneurie de Caillan, juridiction haute, moyenne et basse.
CHAPITRE IV
PÉRIODE MODERNE
Les guerres de religion : prise de Bessan. - Configuration de Bessan ; ses remparts, ses fossés, ses portes et ses tours. - L'église; lc château, les cimetières, l'hôtel de ville, les caserne, le presbytèr. Le trou de " l'Abcille ", l’impasse des " Mijoulanes ", " Las Cours ", le places publiques.-1e seigneur ; son viguier, ses droits et ses revenus, Ie domaine dc Touroullc.- Les consuls, Ie conseil général, le maire,les fonctionnaircs municipaux; la justice; la paroisse, les biens ecclésiastiques. La boucherie municipalc; les fours; le port fluvial : projet de Richelieu.- Les biens nobles : le moulin.
Nous avons vu Bessan mis à sac par le duc de Berry en 1382. La ville dut assez rapidement se relever de ses ruines, puisque, dès 1418, nous assistons à une élection consulaire effectuée dans les conditions habituelles.
Deux siècles s'écoulent sans que Bessan se trouve directement mêlé à quelque gros événement politique.
La guerre de Cent ans s'achève -1453 - après elle, les guerres d'Italie (1494-1515) et la lutte contre la maison d'Autriche (1521-1559), et voilà que commencent (1562) les guerres de religion qui pendant trente-six ans devaient ensanglanter la France, y compris notre région.
Dès le début des hostilités, c'est le seigneur de Bessan, de Touroulle et de Florensac, Jacques de Crussol, qui, dans le Bas-Languedoc, se trouve placé à la tête du parti protestant.
Toute la France est divisée en deux camps ; les catholiques ayant comme chefs les oncles du roi, François de Guise et le cardinal Charles de Lorraine ainsi que Montmorency, et les calvinistes ou huguenots commandés par Antoine de Bourbon, roi de Navarre, son frère, le prince de Condé, et l'amiral de Coligny.
Après la rixe de Vassy (1562), protestants et catholiques courent aux armes, et commencent à détruire respectivement, villes, villages, églises et châteaux.
Jacques de Crussol arrive à Montpellier comme lieutenant de Condé et se trouve aussitôt aux prises avec le duc de Joyeuse. Il s'empare de Marseillan et de Béziers, se fait battre à Pézenas, puis à Frontignan et se replie à Montpellier. De son côté Joyeuse saccage Florensac et Vias, prend Villeneuve-les-Béziers où les huguenots avaient renversé les autels et brisé les statues des saints, et menace Agde.
Une trêve intervient, la Paix d'Amboise (1562), suivie malheureusement, quatre ans après, de nouvelles luttes.
Et voilà que Jacques de Crussol, devenu l'homme de confiance de Catherine de Médicis, change de camp : bien que protestant. il prend la tête des catholiques et a comme adversaire le catholique Montmorency placé lui-même à la tête des protestants.
Nous sommes maintenant en l'an 1587, au cours de la guerre dite des trois Henri.
De Montmorency part de Montpellier et se dirige vers Castres pnur porter secours à la cité de Brugairolles assiégée par Antoine de Joyeuse, grand prieur de Toulouse et le jeune Mirepoix, lorsque de Joyeuse profitant de ce déplacement de troupes redescend dans le Bas-Languedoc et s'empare, le 30 octobre 1587, de Bessan qui avait pris parti pour Montmorency.
Ce fut la seconde - et la dernière fois - où Bessan eût à souffrir directement des horreurs de la guerre.
Bientôt après, Henri IV succède à Henri IIl, c’est l'édit de Nantes, et la paix pour la France.
Désormais Bessan vit sans alarmes, et comme les peuples heureux, il n'a pas d'histoire, ou du moins, aucun événernent de guerrc ne se déroule plus sous ses murs.
Nous pouvons désormais concentrer toute notre attention sur le développement de ses institutions municipales, et étudier, de près, ce que furent ses maisons et ses habitants.
II est assez aisé de nous rendre compte aujourd'hui de l'état matériel de Bessan pendant les deux ou trois siècles qui ont précédé la Révolution.
En maints endroits s'élèvent encore d'antiques murailles, vestiges des remparts de l'époque, qui nous permettent, avec l'aide des délibérations municipales, de reconstituer l'enceinte de l'ancien Bessan.
Cette enceinte partait de la Porte Saint-Pierre, suivait la rue que l'on appelle de nos jours la " Muraille ", côtoyait l'hospice actuel, touchait à l'extrémité de la rue de l'Hôpital qui débouche sur la Fontaine. remontait de là vers l'Hôtel-de-Ville, puis descendait dans le quartier des " Cours " pour, de là, rejoindre presque en ligne droite, le fond de l'église et la Porte Saint-Nierre.
Le terrritoire qu'elle enchâssait égale à peine la moitié des habitations élevées d " nos jours.
ll semble bien que jusqu'à la moitié du XVIIIème siècle aucune habitation n'ait été construite en dehors de cette ligne.
Certains prétendent que Bessan s'est trouvé, à une époque, encore plus réduit et qu'il ne s'est étendu jusqu'à l'enceinte décrite ci-dessus que lorsque les habitants du hameau de Caillan et du village de Touroulle, obligés par la guerre de quitter leurs demeures, vinrent vivre à Bessan.
D'après lesévénements que nous avons exposés, il faudrait situer cet agrandissement de Bessan, soit en 1382, après la répression du duc de Berry, soit, en 1580, à l'époque des guerres de religion.
Nous devons ajouter que les délibérations municipales de 1640 à 1789 font mention à maintes reprises, de l'insuffisance des maisons d'habitation.
Bessan était entouré de remparts et de fossés : l'emplacement de ces fossés est nettement marqué aujourd'hui, par la rue des Caves, pour la partie qui s'étend de la Porte Saint-Pierre à la Fontaine, et, par le ruisseau sur lequel sont bâtis les égouts, pour la partie qui borde le quartier " des Cours ".
Les murs de la ville étaient percés à l'origine de 4 por tes :
La porte Saint-Pierre qui faisait face à l'ancien chemin d’Agde à Pézenas et était reliée par un pont aux habitations du faubourg Saint-Pierre ;
la porte de l'Hôpital qui fait face de nos jours à la rue Lafayette ;
La porte de la Place, située près de l'Hôtel de Ville ;
La porte de Douilles qui donne sur le grand chemin de ronde reliant la route de Marseillan à Béziers à la route d'Agde.
Les murailles qui encadraient la porte de la Place furent démolies en 1750.
Les remparts comportaient, en outre, plusieurs tours de défense, une, tout près du presbytère actuel, qui , menaçant ruine, fut détruite et convertie en passage ; on la désigne sous le nom de " La Brèche " ; et une seconde, vis-à-vis de la Fontaine qui, sur le point de s'écrouler, elle aussi, fut rasée en 1765, et sur l'emplacement de laquelle fut établie la " Porte neuve " : c'est le porche qui est à l'entrée de la rue menant de la Fontaine à l'Hôtel de Ville.
En 1766, la municipalité vendit aux habitants les terrains qui s’appuyaient au mur de la ville allant de la Porte de la Place à la Porte neuve, afin d'ériger des maisons et des écuries, et se ménagea l'espace nécessaire pour relier le quartier aux chemins royaux de Béziers à Pézenas ; c'est l'origine de la Grand'Rue.
Un peu plus tard, exactement le 1er septembre 1793, la communauté aliène, pour bâtir des maisons, le terrain des caves et la muraille du " Tuadon ". C'était sans doute sur ce terrain que se trouvait la boucherie municipale.
Enfn, en 1805, la municipalité vendit, par lots, pour construire des maisons, les fossés de la Fontaine, au lieu dit " La Muraille ", et les fossés de la rue de Douille.
Cette vente, tout en augmentant les ressources de la communauté, répondait à un besoin d'hygiène et de salubrité, car les fossés étaient devenus des dépôts d'immondices.
Vers la même époque, la municipalité vendit également les promenades des Soleillers afin de se procurer les fonds nécessaires à la construction d'un égout.
Ces fonds étant devenus insuffisants, il fut créé un octroi municipal mis en ferme à un habitantEn deçà des terrains qui étaient devenus la Grand'Rue, se trouvait un terrain vague que la municipalité voulut utiliser en 1789 pour construire une glacière : elle emprunta à cet effet 1346 livres 5 sols à Jullian, marguillier de la fabrique de Bessan; mais cette glacière ne put jamais bien fonctionner et elle fut finalement abandonnée.
Nous devons mentionner également le jeu de ballon qui se trouvait placé depuis 1650, sur l'emplacement de 1a promenade actuelle, appuyé aux murs de la ville et qui était fréquenté par de nombreux joueurs de Bessan et des villes environnantes.
L'église Saint-Pierre de Bessan est vieille de 900 ans au moins, mais elle a subi de fréquentes et nombreuses variations, comme on peut le voir, de premier abord, en examinant sa structure.
Elle est mi-gothique et mi-romane et se singularise par un manque de symétrie entre le côté droit et le côté gauche.
L'abside est nettement romane : c'est la partie la plus ancienne qui doit remonter au XIème siècle, si l'on s'en rapporte à la superposition des pierres du mur, et à la forme des croisées. Vue du jardin du presbytère, elle présente un beau spécimen de l'art roman. avec ses trois ouvertures à plein cintre; malheureusement, deux ouvertures ont été masquées au cours des âges; par l'apposition des statues de Saint-Pierre et de Saint-Laurent. La troisième n'a été ajourée qu'en 1900, à la suite de l'enlèvement des orgues.
La nef est gothique, et doit dater par conséquent du XIIIème au XIVème siècle. Le passage du roman au gothique est marqué, d'une façon curieuse, par les fenêtres des deux bas-côtés du chœur, qui ont le plein cintre, vues de la rue, et l'ogive, vues du sanctuaire, et par la voûte qui sépare le chœur de la nef.
Si l'on se place successivement sur la place de l'église, dans la-rue qui descend à la Croix de la Mission et sous le clocher, l'on peut aisément distinguer les accroissements successifsde l'édifice: une tour au centre, surmontée d'un clocher plus récent, et complétée de constructions ayant formé les 7 chapelles des deux bas-côtés de la nef.
Au cours du récit des événements politiques intéressant Bessan, nous avons eu à parler du château de Bessan. Il en est fait mention pour la dernière fois en 1341.
Où se trouvait ce château?
Il existe bien un ténement à proximité, du village dénommé " Lou Castel " , mais l'on ne trouve là aucun vestige de construction. Une donation, datée de 1496, se rapporte à une maison située au lieu dit " Lou Castel " et possédée par des Agathois, mais à quoi correspondait cette désignation ?
II était dans les coutumes du. moyen âge que les villageois réunissent leurs maisons autour de la demeure du seigneur; cette considération rendrait assez plausible l'opinion de ceux qui prétendent que la tour de l'église de Bessan est l'ancienne tour du château et que l'église s'est agrandie aux dépens de la maison seigneuriale, le seigneur habitant de préférence le domaine de Touroulle.
Et, en effet, l'abside est bien petite pour l'ensemble de l'édifice. En rapprochant les dates, on peut donc admettre que le château fut détruit au XIVème· siècle-peut·être lors du sac de Bessan par le duc de Berry - qu'il ne resta debout que l'église primitive, c'est-à-dire. l'abside d'aujourd'hui et la tour du château, et que les habitants profitèrent de cette situation pour agrandir leur église.
Au début du XVIIIème siècle, 3 cimetières s'adossaient à l'église : le cimetière des pauvres, le cimetière clos et le cimetière Saint Jacques. Cet emplacement de cimetière était assez normal au moyen âge, et même de nos jours, it en est ainsi dans un certain nombre dc villages du Nord et de l'Est de la France.
Deux cimetières furent dans la suite supprimés " en raison du tort qu'ils faisaient aux murs de l'église et du mauvais air qu'on y respirait ".
Ce n'est que dans le courant du mois de janvier 1775 que la municipalité se décida à supprimer le troisième cimetière qui, évidemment présentait les mêmes inconvénients. II était en effet placé entre l'église et le presbytère actuel.
La municipalité projeta d'établir le cimetière derrière le mur de la ville entre l'hôpital et la Fontaine, c'est-à-dire en bordure du fossé " des Caves ".
Mais les-Bessanais, dont la demeure était â proximité de ce terrain firent la plus vive opposition au projet: les travaux étaient déjà commencés, lorsque, dans la nuit les fossés furent comblés. les murs des fondations détruits, et une pancarte laissée en évidence au milieu du terrain, avertissait la municipalité que cette opposition continuerait jusqu'à ce que l'on décidât de placer ailleurs le nouveau cimetière : c'est ce que fit la municipalité, pleine de sagesse ; son choix se porta sur un champ situé au ténement des Tuileries tout près du lieu de la " Mounédiero "; c'est le cimetière actuel.
Dès la construction du nouveau cimetière l'on cessa de faire des inhumations dans l'église ce qui, dès le XIème siècle,avait été très en usage pour certaines familles.
Parmi les monuments publics que contenait l'enceinte de Bessan, nous devons faire mention de l'Hôtel-de-Vllle.
Une inscription placée sur la clef de voûte de la fenêtre centrale de la mairie actuelle nous indique que ce bâtiment a été construit en 1777.
Dès 1775 les consuls de Bessan se préoccupèrent de réédifier la maison consulaire qui menaçait ruine.
La maison consulaire avait dû être installée au moyen âge dans une des tours qui défendaient la porte de la place.
Si l'on se réfère au tracé des remparts de la localité, il est facile de constater que l'immeuble n’était pas bien large et ne pouvait suffire à loger à la fois les institutions municipales, le tribunal de justice et les écoles.
Aussi, l'on saisit l'occasion de la vente des biens communaux faite vers la fln du XVIIIème siècle, pour reconstruire un bâtiment convenable, en ajoutant à la partie ancienne sise en dedans du rempart; une partie nouvelle placée en deçà des fortifications. La construction coûta 7.600 livres.
Dans Bessan se trouvait également, avant la révolution, une maison servant de casernes et pouvant loger la moitié d'une compagnie et 10 chevaux. Cette maison avait été louée par la municipalité à dame Gabrielle de Gaillac, veuve de Charles Pradines, seigneur de Popian.
D'après le registre des délibérations municipales de 1780 à 1789 ces casernes restèrent assez longtemps sans troupes.
Nous devons mentionner également l'ancien presbytère situé près de la Porte Saint-Pierre, en bordure du mur de la ville. Une délibération municipale du 17 juillet 1789 nous indique que le mur de la ville longeait Ie jardin du presbytère; le curé obtint de la municipalité de réparer à ses frais Ie mur qui menaçait ruine sous réserve de l'aligner jusqu'au coin du presbytère restauré.
De nos jours nous voyons encore des immeubles très anciens qui, en raison de la solidité de leurs constructions et de leur étendue relative, dénotent des maisons importantes du moyen âge.
L'un est situé dans une impasse dénomrnée " le trou clc l'Abeille " du nom de son ancien propriétaire, le sieur Abeille, négociant en draps à Béziers en 1760. La tradition voudrait que ce fut là le siège de la cour royale de justice, ce qui aurait eu pour conséquence de donner le nom de " Las Cours " au quartier qui l'environne.
A proximité du " trou de l'Abeille " l'on rencontre l'impasse des Mijoulanes, du nom d'une famille qui a donné plusieurs consuls à Bessan. C'est un cul-de-sac. également adossé aux remparts et sur lequel donne une maison aux larges escaliers qui fut, dit-on, une demeure seigneuriale.
Une autre demeure seigneuriale se trouvait la rue de l'hôpital faceà la petite rue " du Caza ". D'après la tradition, cette demeure était habitée par le seigneur Pons en 1382 lors du sac de Bessan. Aujourd'hui elle est divisée en plusieurs- petites maisons que domine un pigeonnier élevé.
Le Cazal, le trou de l'Abeille et l'impasse des Mijoulanes constituent vraiment l'ancien Bessan. II n'y a pas bien longtemps, au croisement des ruelles reliant ces emplacements, se trouvaient de très anciennes maisons, parmi lesquelles une maison appartenant à l'ordre des Templiers. Ces habitations ont été détruites lors de la construction de la place du Peyrou.
Pour donner une idée complète de la topographie de Bessan à la veille de la Révolution, nous ajoutons qu'en 1771 il y avait dans la localité trois places publiques : la place ou plan de l'église, la place de la Fontaine, de construction assez récente, et la place de l'Hôtel deVille ou du Champ-de-Bataille ou du Jeu-de-Ballon.
Nous pouvons maintenir reprendre l'étude des institutions féodales et municipales que nous avons laissée, au chapitre précédent, au début du XVIème siècle.
La seigneurie de Bessan faisait partie de la baronnie de Florensac (Bessan, Florensac, Vias, Pomérols et dépendances) et appartenait à un Crussol d'Uzès. Le dernier seigneur fut François-Emmanuel Bastet Crussol, duc d'Uzès.
Les consuls et les habitants de Bessan étaient tenus de prêter serment au duc d'Uzès, suivant une tradition très ancienne.
II était assez rare que le duc d'Uzès vienne à Bessan ou Touroulle : il se rendait de préférence à Florensac, siège de la baronnie, et c'est là que le serment lui était prêté par acte passé devant notaire.
Les consuls et autres notables, députés par la commune, juraient fidélité, promettaient d'être de " bons et loyals hommes " envers le seigneur, le reconnaissaient comme seigneur haut justicier de Bessan et le suppliaient d'accorder à la Communauté de continuer à jouir des privilèges dont ils étaient accoutumés à jouir " le tout, conformément à ladite prestation de serment du 4 mai 1346 effectuée envers Jean de Vendôme, un des ancêtres du duc d'Uzès et ancien seigneur de Bessan.
Représenté dans la baronnie par un viguier, le duc d'Uzès percevait à Bessan une quête annuelle (Cette quéte était servie au seigneur depuis fort longtemps. Suivant une délibération de la Communauté de l'année 1787, elle devait corrcspondre à certaines concessions faites par le Seigneur aux habitants, en particulier la jouissance du four.) de 63 livres, I5 sols, les censives, c'est-à-dire les druits de mutation sur les immeubles, diverses redevances en blé, froment, orge et argent d'une valeur de 225 setiers et demi par an, mesure de Béziers.
Le 2 novembre 1765 la Communauté lui proposa de remplacer tous ces droits par une rente annuelle de 2.425 livres, dont la moitié, payable à la Noël et l'autre moitié à Saint Jean. Nous n'avons pas trouvé trace que cette offre ait été·acceptée.
De plus, le seigneur recevait les revenus du greffe civil et criminel et les amendes au-dessus de 5 livres.
ll avait, par ailleurs, un certain nombre de fiefs nobles c'est-à-dire exempts d'impôts, sur le territoire de la Communauté, et en particulier le château et le domaine de Touroulle.
Le dernier fermier de ce domaine fut André Nicolas Canet qui à la date du 24 prairial an II (14 juin 1794) résidait en cette qualité à Touroulle depuis neuf ans sans interruption.
Les relations entre la Communauté (Commune de Bessan : Armoiries: Porte de gueule à un lion d'or tenant une fleur de lys de même et un chef d'argent chargé de trois fleurs de lys de sable. D'Hozier, t. XIV et XV, 1697 à 1704.) et le seigneur étaient des plus cordiales.
C'est ainsi que le 14 aoû 1763, le duc d'Uzès venant pour la première fois dans ses terres de la Baronnie, les consuls empruntèrent pour le fêter 100 livres " afin, disent-ils, dans leur délibération. de lui mieux faire connaïtre l'affection et l'amour dont nous sommes pénétrés pour lui ", et envoyèrent à Florensac, pour lui souhaiter la bienvenue, le maire, les consuls et les notables de Bessan, MM. de Bérard de Vestric Montalet, le chevalier de Vestric, Guinard de Cabreyrolles, le chevalier d'Alphonse et Sarret de Coussergues.
La mnunicipalité se composait, comme aux siècles précédents, de 3 consuls élus par la Communauté le jour de Pâques.
Chaque consul sortant présentait à l'élection deux candidats de son choix. Suivant les dispositions d’un édit du Roi, de mai 1766, ce choix devait porter, pour le premier consul, sur les habitants de première classe, taxés pour 30 livres au compoix, pour le deuxième consul, sur les habitants de deuxième classe taxés pour I5 livres et pour le troisième consul sur tes habitants de troisième classe taxés pour 10 livres.
Dès leur élection, les nouveaux consuls prêtaient serment, la main sur les évangiles, de " bien et dûment s’acquitter de leurs fonctions " ; à l’origine ce serment était prêté entre les mains du juge du seigneur (transaction du 12 avril 1464), dans la suite, par devant le viguier de la Baronnie.
Ils recevaient alors les insignes consulaires - un chapperon, une robe et un rabat d'une valeur de 60 livres - les clefs de la villc, sous réserve de les laisser à la disposition du duc d'Uzès et de ses oficiers, et, accompagnés des anciens consuls, ils se retiraient â l'église paroissiale, où ils entraient dans le bnac consulaire, et adoraient le Saint-Sacrement.
Le lendemain à la maison consulaire, ils élisaient les douze membres du conseil politique, le premier consul en choisissant 6, le deuxième 4, et le troisième 2.
Au milieu du XVIIIème siècle, un changement assez important fut apporté dans le mode d'élection des consuls.
I.es réunions de la Communauté, auxquelles assistaient de droit les chefs de famille, étaient devenues par trop bruyantes, aussi le conseil politique demanda-t-il à l'intendant de la province que, par analogie du reste, avec ce qui se faisait chez les Communautés environnantes, les consuls soient choisis par le conseil politique renforcé du double, c'est-à-dire par vingt-quatre membres.
Satisfaction lui fut accordée en 1766, et il y eut à côté des conseillers politiques, douze conseillers du conseil renforcé pris parmi les plus notables et les plus forts contribuables.
L’expérience démontra que cette réunion de vingt-quatre membres présentait encore des inconvénients, et il fut décidé qu'il n'y aurait plus que 6 conseillers politiques et 6 conseillers renforcés, renouvelables par moitié après deux ans d'exercice, et élus sur la présentation des consuls le Samedi-Saint, les premiers, parmi les habitants des trois classes, les autres. parmi les habitants de la première classe.
A côté des consuls placés à la tête de la municipalité, nous trouvons, par intermittence au cours du XVIIIème siècle un magistrat portant tantôt le titre de maire perpétuel, tantôt celui de maire ancien, tantôt celui de maire mitriennal alternatif ; il y a eu même des lieutenants de maire.
De 1694 à 1700, c’est Jean Gay (son blason portait de gueule à la face d’argent chargée de trois geais se sable) qui est conseiller du Roy et maire perpétuel de Bessan.
Par lettres de provision datées du 20 décembre 1737, le Roi confie à Antoine Delmas l'offïce de maire ancien mitriennal de Bessan. Antoine Delmas est remplacé à sa mort, en 1740, par Antoine Martin.
En 1747, Mathieu Jullian est également nommé, par le roi, maire alternatif mitriennal de Bessan aux gages de 50 livres par an à payer par la Communauté.
Mactin et Jullian, tous les deux maires alternatifs, président une année chacun, de 1748 à 1756, les séances du conseil politique.
En 1772 un édit du roi, nomme maire perpétuel à Bessan, Antoine ]ullian, un édit suivant nomme Balsan lieutenant de maire.
Ces titres, essentiellement honorifiques, étaient accordés directement par le roi moyennant le paiement d'une certaine redevance : tantôt perpétuels, tantôt temporaires (mitriennal, pour la moitié de 3 ans), ils permettaient à leur détenteur de présider les séances du conseil, les exemptaient de certaines charges gênantes, en particulier, celle de loger des soldats.
Mais les communautés très jalouses de leur indépendance s'efforçaient d'obtenir la suppression de ces fonctionnaires royaux, et la plupart du temps, elles rachetaient leurs charges au roi tout heureux de faire argent de tout.
Il en fut ainsi pour Bessan puisque successivement de 1775 à 1789, le premier consul porte le titre de consul-mai re.
Le premier consul-maire est alors élu pour quatre ans, et les deuxième et troisième consuls, pour deux ans.
Le conseil de la communauté, composé du maire- lorsqu'il y en avait un - des consuls et des conseillers politiques, se réunissait périodiquemcnt à peu près tous les quinze jours, pour s'occuper dcs affaires municipales.
Les procès-verbaux de ces réunions font régulièrement mention, à partir du XVIIIème siècle, d'un nouveau dignitaire. Le syndic des habitants forains, toujours convoqué mais toujours absent. La création de cette charge avait été décidée par le roi en vue de tenir compte des intérêts particuliers des propriétaires résidant en dehors du village, dans les nombreux domaines situés sur le territoire de Bessan.1482, mais leur nombre est considérablement augmenté
Le valet des consuls ou précon qui recevait un traitement annuel de 36 livres; et à qui les consuls achetaient, chaque année, un chapeau, des bas et des souliers.
Le greffier consulaire qui, moyennant un traitement de 60 livres, assurait son service ordinaire de secrétaire du Conseil municipal, et en outre, établissait le rôle de la taille, fournissait le papier,1e timbre du rôle et des registres des déclarations et autres actes de la communauté :
3 escapouliers.
3 pignoreurs, chargés de saisir les bestiaux en voie de contravention.
1 marguillier.
1 notaire.
1 procureur